Quid de la Renault Kwid ?

Le constructeur français Renault a dévoilé mercredi 20 mai la Kwid, un véhicule low-cost très disruptif en terme de conception. Conçu par le papa de la Logan, Gérard Detourbet, la Kwid préfigure une gamme de modèles low-cost de petite taille.

Partager

TESTEZ GRATUITEMENT L'ABONNEMENT À L'USINE NOUVELLE

15 jours gratuits et sans engagement

Quid de la Renault Kwid ?

Plus de huit ans après les premières études, Renault a dévoilé mercredi 20 mai la Kwid, sa citadine low-cost, à Chennai (Inde). Commercialisée en priorité sur ce marché, le petit véhicule de 3,68 mètres de long, aux faux airs de SUV et au soubassement surélevé, inaugure un nouveau chapitre de la stratégie de Renault dans les véhicules à bas coûts.

Un véhicule low-cost

Pour ce modèle, Renault a construit une nouvelle plateforme, baptisée CMF-A, un nouveau moteur trois cylindres et une nouvelle boîte de vitesses. Désormais, le français et son partenaire Nissan disposent donc d’une boîte à outils pour une gamme complète de véhicules low-cost de moins de 4 mètres, qui s’ajoute à la base des Logan et Duster, qui couvrent les modèles de 4 mètres à 4,70 mètres. Ces deux architectures dites "low-cost" (selon des critères européens) sont regroupées sous le vocable "Global Access" chez Renault, qui remplace le nom "Entry". "Ainsi nous couvrons plus de 80% du marché indien avec Global Access" soulignait ce mercredi 20 mai au matin à Chennai Jérôme Stoll, directeur délégué à la performance et directeur commercial de la marque.

VOS INDICES

source

logo indice & contations

Le contenu des indices est réservé aux abonnés à L’Usine Nouvelle

Je me connecte Je m'abonne

Car contrairement au projet initial développé par Carlos Ghosn, lors de l’association de Renault avec l’Indien Bajaj en 2008, la Kwid n’est pas une voiture ultra low-cost, mais bien un modèle low-cost. Le signe qui ne trompe pas, c’est le père de la Logan, Gérard Detourbet, qui a piloté tout le projet CMF-A. Sa concurrente directe n’est pas la première génération de la Tata Nano mais la Maruti-Suzuki Alto. Le segment des Alto représente plus de 25% du marché indien, pour des véhicules commercialisés entre 2,5 et 4 lakhs (entre 3500 et 5600 euros). Le prix catalogue de la Kwid sera lui compris entre 300 000 et 400 000 roupies, soit à partir de 4200 euros. Ce tarif s’adresse aux primo-accédants, qui gagnent plus de 400 euros par mois.

Un véhicule design

Or ces nouveaux consommateurs d’automobile en veulent pour leur argent lorsqu’ils passent d’un deux-roues à une voiture, ce qu’ils n’avaient pas trouvé avec la Nano, jugée trop "cheap". Laurens van den Acker et ses équipes ont donc soigné le design. "Tout l’enjeu était de faire une voiture qui fait rêver" rappelle le designer de Renault. Mais, donner un look sympa à la Kwid, vu son cahier des charges très exigeant, a nécessité beaucoup d’allers-retours et de négociations entre les propositions des bureaux de design de Chennai et Paris et les équipes de Gérard Detourbet.

"Les lignes sont celles d'un SUV, la Kwid reprend la signature stylistique de Renault, avec le large logo sur la calandre" explique le chef du design lors de la présentation du véhicule. "Cette citadine est une familiale, il fallait donnait beaucoup d’espace à l’intérieur, poursuit Laurens van den Acker. Nous avons fait des portes très fines, pour donner cette impression d’espace, et aussi beaucoup travaillé sur le poids. C’est un cercle vertueux : une pièce qui n’est pas là allège et reste la moins chère de toutes les pièces". La qualité perçue pour un véhicule à ce tarif est assez bluffante et Renault a misé sur des options qui augmentent la valeur du véhicule pour le client, comme son écran au centre de la planche de bord. "Elle dispose d'un système de navigation, une innovation dans ce segment", s’est félicité Carlos Ghosn lors de la présentation de la voiture avec danseuses de Bollywood et musique de boîte de nuit.

Un véhicule disruptif

Au-delà du design, Renault a retravaillé sa manière de faire des véhicules low-cost. "La philosophie a été de prendre la Logan, son enveloppe de départ, tous ses points de développement et de se dire : comment peut-on faire moins cher?", résume Arnaud Deboeuf, ancien patron de la gamme Entry et tout nouveau directeur de Renault-Nissan BV & directeur délégué à la présidence de l'Alliance Renault-Nissan. Les prix entre l'Europe de l'Est, cible de la Logan, et l'Inde sont en effet très éloignés. Le mot qui caractérise le développement de la Kwid, c'est le "design to cost". "Nous avons travaillé avec nos fournisseurs pour reprendre le meilleur de ce qu'ils savent faire, réduire au maximum les impacts d'investissements et partager leur mode de travail", souligne Gérard Detourbet en charge du projet CMF-A pour l'Alliance.

La logique est donc loin du "carry-over", la reconduction de pièces de la Logan. "Les pièces existantes étaient de toute façon trop chères", résume Laurens van den Acker. "La plateforme est nouvelle, le moteur aussi, mais nous avons travaillé sur des éléments simples, par exemple sur la chambre de combustion du moteur pour faire non pas une révolution technique mais au contraire quelque chose de très simple", poursuit Gérard Detourbet. Résultat : le Kwid affiche un taux de localisation de 97% et au total (plateforme, boîte, moteur, ligne de production, etc.), l'Alliance n’a investi que 30 milliards de roupies, soit 420 millions d'euros, partagés à 50/50 entre Renault et Nissan. "Un coût 50% inférieur à un projet normal", conclut Gérard Detourbet.

Un véhicule mondial

Cette facture initiale très basse devrait permettre à Renault de gagner de l'argent sur le véhicule, selon les dires de tous les responsables présents à Chennai, avec dans un deuxième temps, le lancement de véhicules sur base CMF-A dans d’autres pays. "Le raisonnement de la gamme Entry vaut pour ce modèle, explique un fin connaisseur de l’automobile. Si on admet une dérive de coûts pour un modèle de type européen, il y a par exemple en France un gisement de marché très important pour des véhicules à moins de 6000 euros, occupés aujourd’hui par le véhicule d’occasion. La seule question aujourd’hui : Renault a-t-il décidé dès le départ de concevoir une version européenne ?"

De fait, Carlos Ghosn semble déjà avoir tranché : "Nous n'avions pas prévu de commercialiser la Logan en Europe, mais nous avons vu son succès depuis. Rien n’est décidé, c’est le marché qui décide." Le directeur de l’usine de Tanger (Maroc) se déclarait il y a quelques semaines candidat pour accueillir la fabrication d’un véhicule sur base CMF-A, le site a été conçu dès le départ pour des extensions et le monospace Lodgy comme l’utilitaire Dokker sont déjà produits sur place à destination de l’Europe. Plusieurs journalistes marocains étaient d’ailleurs présents mercredi 20 mai pour la présentation de la Kwid.

Sur place, Jérôme Stoll tempère les ardeurs. "Rien n’est prévu, au Brésil ou au Maroc", martèle le directeur commercial. En attendant, la prochaine utilisation de la plateforme CMF-A sera faite l’année prochaine par Datsun, la marque low-cost de Nissan, pour un véhicule indien produit dans l’usine de Chennai, sur la même ligne que la Kwid. Sans attendre un éventuel succès commercial, ce projet indien a déjà marqué la carrière de Carlos Ghosn comme le premier exemple de coopération approfondie sur une plateforme commune entre Renault et Nissan, même s’il ne faut pas se leurrer : CMF-A est avant tout un projet estampillé Renault.

Pauline Ducamp, à Chennai (Inde)

Partager

PARCOURIR LE DOSSIER
SUJETS ASSOCIÉS
NEWSLETTER Auto et Mobilités
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.

Votre demande d’inscription a bien été prise en compte.

Votre email est traité par notre titre de presse qui selon le titre appartient, à une des sociétés suivantes... Lire la suite

Votre email est traité par notre titre de presse qui selon le titre appartient, à une des sociétés suivantes du : Groupe Moniteur Nanterre B 403 080 823, IPD Nanterre 490 727 633, Groupe Industrie Service Info (GISI) Nanterre 442 233 417. Cette société ou toutes sociétés du Groupe Infopro Digital pourront l'utiliser afin de vous proposer pour leur compte ou celui de leurs clients, des produits et/ou services utiles à vos activités professionnelles. Pour exercer vos droits, vous y opposer ou pour en savoir plus : Charte des données personnelles.

Fermer
LES ÉVÉNEMENTS L'USINE NOUVELLE

LES SERVICES DE L'USINE NOUVELLE

ARTICLES LES PLUS LUS