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L'Usine Agro

Qui fabriquait le chlordécone, pesticide coupable d’un "scandale environnemental" aux Antilles selon Emmanuel Macron

Gaëlle Fleitour , , , ,

Publié le , mis à jour le 28/09/2018 À 10H18

Durant son déplacement aux Antilles, le Président de la République a reconnu le scandale généré par le chlordécone, longtemps utilisé dans les plantations de banane, et la responsabilité de l'Etat. Retour sur le parcours de ce pesticide très controversé, connu sous le nom de "Kepone".

Qui fabriquait le chlordécone, pesticide coupable d’un scandale environnemental aux Antilles selon Emmanuel Macron
Le chlordécone a longtemps été utilisé dans les plantations de bananes aux Antilles.
© Eric Fabet/Flickr

Depuis le 25 juin, une campagne nationale lancée par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES) mesure la présence dans l’air de 80 pesticides dont le glyphosate, le fipronil, et le chlordécone. Ce dernier figure depuis huit ans sur la liste rouge européenne des produits chimiques, car considéré comme un polluant organique persistant (POP), selon la définition donnée par la Convention de Stockholm.

Aux Antilles, où se trouve Emmanuel Macron depuis le jeudi 27 septembre, il est accusé d’avoir généré un désastre environnemental et sanitaire. Le chlordécone, un organochloré commercialisé dans le monde à partir de 1958 mais interdit en 1976 aux États-Unis, fut déconseillé en France dès 1968 mais maintenu sur le marché via des autorisations provisoires, avant d'être banni en 1990. Mais il resta utilisé malgré tout, grâce à des dérogations, jusqu'en 1993 aux Antilles par les producteurs de bananes pour lutter contre le charançon dans les plantations. Il y est toujours présent dans les sols, voire dans certains denrées végétales ou animales et captages d'eau.

Le parcours tumultueux du "Kepone"

Au premier jour de son déplacement, alors qu'il visitait l’exploitation d'un agriculteur concerné par la pollution de ses terres, le Président de la République  a reconnu que l’Etat doit "avancer sur le chemin de la réparation" de ses ravages. "La pollution à la chlordécone est un scandale environnemental dont souffrent la Martinique et la Guadeloupe depuis quarante ans. (...) Le fruit d'un aveuglement collectif". "L'Etat, les élus locaux ont accepté cette situation, pour ne pas dire l'ont accompagnée, en considérant qu'arrêter le chlordécone c'était menacer une partie des exploitations", accuse le Président.

Initialement breveté en 1952 et produit par Allied Chemical, une filiale du chimiste américain DuPont, le "Kepone" est vendu en France par le chimiste français Seppic (devenu depuis une filiale du groupe Air Liquide), selon le parcours tumultueux du chlordécone en France retracé par l'Anses. Il est fabriqué dans trois usines aux Etats-Unis, jusqu’à ce que l’insecticide y soit interdit de production et de commercialisation suite à un accident industriel et de graves pollutions (voir le rapport du Sénat sur l'utilisation de ce pesticide).

Entre 1972 et 1976, le Kepone est importé aux Antilles par un producteur béké de la Martinique, la société Vincent de Lagarrigue, mais acheté à DuPont. Puis nouveau changement de fabricant : devenu "Curlone" en 1981, le chlordécone est importé par Vincent de Lagarrigue mais fabriqué au Brésil par la société AgroKimicos, jusqu’à son interdiction définitive aux Antilles.

Un impact sur la santé humaine

"Plus de 90% de la population adulte" en Guadeloupe et Martinique serait contaminée par le chlordécone, selon l'agence Santé publique France. Considéré comme "cancérigène possible" par l’Organisation Mondiale de la Santé, le produit est soupçonné notamment d'être responsable d'une explosion des cancers de la prostate aux Antilles.

Mais aux yeux Emmanuel Macron, "l'état des connaissances scientifiques (...) ne permet pas de certifier" sa dangerosité pour la santé humaine, bien que l'on "présume le lien avec les naissances prématurées, les retards de développement cérébral et d'autres pathologies". Y aura-t-il réparation ? Il "ne serait pas responsable de dire qu'il y a une réparation individuelle pour tous", estime Emmanuel Macron, qui préconise "d'avancer davantage sur la question des maladies professionnelles pour les personnes particulièrement exposées à la molécule."

Le gouvernement promet donc d'engager en octobre une "procédure d'ouverture du registre des maladies professionnelles" pour le régime général de l'Assurance Maladie et le régime agricole.

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1 commentaire

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28/09/2018 - 10h05 -

"l'état des connaissances scientifiques (...) ne permet pas de certifier" sa dangerosité" ? Mais si la science n'est pas capable de dire si ces produits sont nocifs chlordécone, fipronil, glyphosate, Boscalid,etc..alors pourquoi les utilisons-nous ? Et à quoi servent toutes les lois et les institutions de contrôle si elles ne sont pas capables d'expertiser et de refaire avec les moyens des firmes, des expériences de contrôle ? Détruire l'objet même de notre vie sur terre (l'eau et la terre) pour augmenter les rendements qui enrichissent certains et fait vivre les autres sur des territoires incultes n'a,aucun sens ? Et du sens, c'est ce que nous demandons à nos politiques !
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