Qui est Nicolas Decayeux, le repreneur de Whirlpool ?

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Portrait L'ex PDG du groupe Decayeux a repris le site Whirlpool à Amiens pour y appliquer sa conception de l'entreprise libérée et agile. 

Qui est Nicolas Decayeux, le repreneur de Whirlpool ?
Nicolas Decayeux
© CC Twitter @ndecayeux

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Nicolas Decayeux veut voler de ses propres ailes. Hier à la tête d’un groupe familial pesant plus de 70 millions d’euros de chiffre d’affaires et employant quelque 600 salariés, le voilà propulsé – à la surprise générale – repreneur de l’usine Whirlpool d’Amiens (Somme). Un choix que ce patron atypique de 47 ans, bien connu du patronat local pour présider le Medef de la Somme, reconnaît volontiers « difficile ». Sa décision n’a en effet pas été sans créer de tensions avec ses frères, Antoine et Stéphane, avec lesquels il codirigeait le groupe, fondé par un aïeul en 1872.

Lui a embrassé la carrière en avril 1996, après avoir décroché un bachelor of business administration en finance à l’Ifam Paris, puis un master in business administration à HEC. Après un bref passage par le département fusions acquisitions du Crédit du Nord, il rejoint l’entreprise en tant que directeur et DRH de l’usine de Feuquières-en-Vimeu, (Somme). Quatre ans plus tard, son père lui demande de prendre la direction financière de l’entreprise. Il accepte le poste sans grand enthousiasme. « Je me retrouvais dans un service avec 8 personnes, contre 400 auparavant. À vrai dire, je me suis vite ennuyé », s’amuse le dirigeant. Pour assouvir son besoin d’action, le jeune homme demande l’autorisation de racheter une première entreprise. Le patriarche acquiesce, l’opération est une réussite. Dix-sept autres suivront.

UN DÉFI INDUSTRIEL

Le dirigeant fait ainsi tomber dans le giron de Decayeux, le leader polonais de la production de verrous ou la filiale boîtes aux lettres de Brabantia, alors leader du marché hollandais. Il opère sans doute sa plus belle prise en mettant la main sur JU, le numéro deux allemand des boîtes aux lettres. Typique du fameux Mittelstand, cette PME emploie 200 salariés et détient un quart du marché allemand. Durant cette période, les effectifs de Decayeux doublent. Le chiffre d’affaires dépasse les 70 millions d’euros, réalisés dans ses quatre métiers principaux : le courrier, la sécurité (portes blindées), la signalétique (PLV, affichages) et la serrurerie. Cette stratégie lui vaut de prendre la présidence du groupe en 2011, poste qu’il quittera quatre ans plus tard pour s’occuper exclusivement de la filiale d’outre-Rhin. C’est alors que germe l’idée de la création d’une open factory. Son concept ? Rendre son entreprise ultra agile en l’ouvrant à d’autres professionnels, capables d’adosser de nouveaux services aux traditionnels produits industriels. « Après la crise de 2007, je sentais qu’il fallait faire évoluer notre business model », explique Nicolas Decayeux.

Le PDG mène quelques expérimentations au sein de son groupe. En 2014, il lance MyColisbox, un concept innovant de boîtes aux lettres connectée, adaptée au développement de l’e-commerce. « Je voulais aller encore plus loin. J’avais une certaine vision stratégique. Malheureusement, je ne la partageais pas avec ma famille », déplore le chef d’entreprise. Son salut viendra finalement de l’un des pires épisodes de l’histoire industrielle d’Amiens. En janvier 2017, le groupe américain Whirlpool annonce la fermeture définitive de son usine. Et la délocalisation de sa production à Lodz, en Pologne. Malgré les investissements menés par la firme et les tentatives de relance de l’activité via de nouvelles générations de produits, la compétitivité du site est jugée trop faible. Le scénario n’a malheureusement rien d’original. Si ce n’est qu’à quelques mois de l’élection présidentielle, le dossier Whirlpool cristallise les oppositions politiques. Au point que durant l’entre-deux tours, le parking de l’usine deviendra le théâtre d’un incroyable affrontement, par caméras interposées, entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron.

Cette agitation médiatique ne décourage pas Nicolas Decayeux. À force de conviction, il convainc direction et salariés qu’il est possible de développer une activité industrielle sur l’immense site. En septembre, le contrat est officiellement conclu. La société WN, spécialement créée pour l’occasion par Nicolas Decayeux, est retenue… W pour Whirlpool, N pour Nicolas ! Son activité sera scindée en deux. D’une part, la création de casiers réfrigérés et de bornes de recharges, intégrées dans du mobilier urbain, pour voitures et vélos électriques. D’autre part, le lancement d’une open factory [voir encadré], un centre de développement et d’industrialisation de projets innovants. « Je ne suis pas un technicien. J’avais besoin d’un véhicule tel que celui de Whirlpool pour mettre en œuvre mon ambition », poursuit le PDG de WN.

600 SALARIÉS D’ICI À CINQ ANS

Le projet est ambitieux. Dès 2019, quelque 1 200 casiers, 2 000 chargeurs de batterie et 31 000 armoires, dotées de condensateurs destinés à redistribuer de l’énergie verte, doivent sortir des lignes de production. « Nous devons oublier ce que nous pouvons perdre pour regarder ce que nous pouvons gagner. Le monde change et nous devons accompagner ces changements. Notre objectif est ni plus ni moins que de changer le monde ! », s’amuse, rieur, le repreneur. Le business plan de WN prévoit d’atteindre les 27 millions d’euros de chiffre d’affaires d’ici à 2020. Le souhait de Nicolas Decayeux est d’atteindre les 600 salariés d’ici cinq ans.  

Une open factory pour quoi faire ?

Le concept d’open factory conçu par Nicolas Decayeux se situe à mi-chemin entre le cluster industriel et le centre d’innovation et de transfert de technologie. Il s’agit de faciliter le passage de l’innovation, et donc du prototype, au stade préindustriel, voire à la production de grandes séries. Pour y parvenir, les services de l’open factory proposent d’accompagner les porteurs de projets tout au long du processus de création du produit, comme dans un incubateur. « Une fois les projets retenus, ils doivent être portés en cocréation », explique Nicolas Decayeux, le PDG de WN. Les porteurs de projet pourront bénéficier de conseils, d’expertise sur les marchés, mais également de la mise à disposition des différents outils industriels du centre, dans lesquels WN va investir pas moins de 10?millions d’euros.  

 

 

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1 commentaire

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22/11/2019 - 13h04 -

Quel l’enthousiasme ! Décidément vous vous étiez aussi fait mener en bateau, à moins que ce ne soit de la complaisance. Je me demande s il existe des moyens de droit pour engager sa responsabilité pécuniaire vu le désastre
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