L'Usine Energie

Qui est derrière le virage numérique de Siemens dans l’énergie ?

Aurélie Barbaux ,

Publié le , mis à jour le 25/01/2018 À 12H14

Confronté au retournement des marchés de l’énergie, Siemens est allé chercher chez Cisco un homme capable de piloter à la fois la transition énergétique et le numérique. Depuis avril 2017 Cedrik Neike, membre du directoire du groupe Siemens, est en charge de l’Asie et de la division management de l’énergie. L’Usine Nouvelle l’a rencontré.

Qui est derrière le virage numérique de Siemens dans l’énergie ?
Siemens est allé chercher un dirigeant de Cisco, Cedrik Neike pour négocier son virage numérique et sa division management de l'énergie.
© CC Siemens

Face à la transition énergétique, les grands équipementiers de l’énergie sont à la peine. Pris de court pas la déferlante des énergies renouvelables, Siemens et GE ont annoncé de vastes plans de restructuration pour leur division énergie, celles qui fabriquent les turbines des grandes centrales électriques, notamment à gaz. Chez Siemens, la division energy management et ses 55 000 collaborateurs n’est pas concernée par le plan social. Elle n’en est pas moins bousculée par la transition énergétique et son cortège de décentralisations des réseaux électriques et de réappropriations de la gestion de l’énergie par les territoires et les citoyens. Sans parler de la révolution numérique en cours. Pour ne pas se laisser surprendre encore une fois, Siemens est allé chercher un homme du numérique, chez Cisco. Depuis avril 2017, Cedrik Neike, 44 ans, est membre du directoire du groupe, responsable de l’Asie et l’Australie et de la division management de l’énergie. Il vient aussi pour bousculer les habitudes.

Un ex de Cisco

"J’ai trois missions, rendre digital tout ce qui est management de l’énergie, développer toute l’Asie et l’Australie et aider au changement culturel chez Siemens", a expliqué Cedrik Neike à l’Usine Nouvelle lors d’une rencontre à Paris en décembre dernier. Basé à Berlin et Pékin, le nouvel homme fort de Siemens n’est pas complétement nouveau dans l’entreprise. Même s’il a réalisé jusque-là toute sa carrière chez Cisco, où il est resté 16 ans, c’est chez Siemens qu’il a décroché son premier poste, en 1997, comme responsable de l’activité internet sans fil. Diplômé de l’University College London and London School of Economics, il a décroché son MBA à l’Insead Business School en France. Allemand et de mère française, Cedrik Neike n’a pas oublié son français, sauf pour les termes techniques… qui ne viennent qu’en anglais. Et ils sont nombreux pour décrire sa mission.

Qui rêve d’internet de l’énergie…

"J’ai été rappelé par Siemens pour travailler sur l’internet des objets et le réseau intelligent, raconte-t-il. En 1990, en Allemagne, il y avait 1000 centrales énergétiques et quelques experts pour calculer les besoins. Aujourd’hui, on compte entre 1,5 et 1,7 million de producteurs d’énergie. Face à cette décentralisation des réseaux énergétiques et à l’intermittence des énergies renouvelables, il faut mettre de plus en plus d’intelligence dans le réseau. J’ai envie de faire l’internet de l’énergie." Vaste chantier, car on en est encore loin. "Aujourd’hui dans les réseaux électriques, le temps réel c’est 15 minutes ! Et en Allemagne, seuls 10% des sous-stations sont connectées et à peine 1% des données sont utilisées, principalement en cas d’un problème de fonctionnement. Le réseau est encore une boite noire", reconnait l’expert numérique. 

…mise sur les microgrid…

Si la numérisation des grands réseaux n’est pas pour demain, l’heure est aux microgrid. Cet été, Siemens a investi dans une start-up new-yorkaise, LO3 (local microgrid), qui s’est créée après le passage de l’ouragan Sandy pour produire localement de l’énergie verte sur place et l’échanger entre voisins en utilisant la blockchain pour certifier à l’électron près la provenance de l’électricité. "LO3 a une dizaine de projets en Australie, en Inde et aux Etats-Unis. Avec eux, on veut apporter des solutions complètes d’autoconsommation et de microgrid. C’est un immense changement par rapport à l'installation de transformateurs", analyse Cedrik Neike.

Le groupe allemand a aussi participé en Finlande à la connexion au réseau du microgrid d’un centre commercial, qui dispose de panneaux solaire et de batteries pour produire et stocker son énergie, mais aussi pour participer à l’équilibrage du réseau. Siemens investit également dans la connexion hors réseau, des îles notamment. Il vient de lancer des systèmes de moyenne tension à courant continu pour des connexions de 150 à 200 km. "On travaille sur le concept d’îles vertes, en Italie, aux Galápagos et en Indonésie, pour les rendre plus autonomes en énergie, explique Cedrik Neike. En Indonésie, on construit aussi des centrales à gaz mobile sur des barges, pour alimenter des îles."

… sur l’Australie

Pour Cedrik Neike, c’est en effet du côté de l’Asie et de l’Océanie que le monde de l’énergie doit regarder. "Il y a beaucoup d’innovations et d’opportunités qui viennent d'Asie", observe-t-il. Mais aussi d’Australie, "un des pays où il y a tout, de l’uranium, du gaz, du charbon en grande quantité et pas cher, beaucoup de vent et le meilleur solaire au monde, mais qui en même temps a les prix de l’électricité les plus chers au monde, observe le dirigeant de Siemens. Ils ont un problème de planification économique".  L’hydrogène pourrait être une solution, pour la mobilité et le stockage, avec le power-to-gas. Siemens, qui a sa propre technologie d’Electrolyse PEM, a mis en place de quoi transformer 1,25 MW d’électricité en hydrogène. "On est  en train de construire une installation de 10 MW et on va aller jusqu’à 100 MW, en Australie du sud. Là, un des projets est de créer une ville complément basée sur l’hydrogène."

… et sur les pépites françaises

Mais Cedrik Neik regarde aussi ce qui se passe en Europe, notamment en France, ou Siemens a des équipes de recherche et développement à Grenoble (Isère). "Je suis un grand fan des start-up françaises car elles sont très techniques", précise-t-il. Il en a d’ailleurs repéré une avec laquelle il aimerait bien travailler. Il s'agit d'Actility, qui est spécialisée dans les réseaux d’objets connectés bas débit et basse consommation LoRa, et qui développe des concepts originaux pour l’équilibrage des réseaux d’électricité en utilisant les climatiseurs, les châteaux d’eau... Mais qu’il se dépêche. Les Chinois sont déjà sur les rangs.

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1 commentaire

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29/01/2018 - 18h46 -

Et nous avec l'atome, nous avons l'électricité la moins chère d'Europe ?.............Jusqu'à quand ? Quand on voit les tarifs des renouvelables dans le monde et ce qu'ils pourraient être avec le stockage de masse ? Mais c'est sûr qu'avec le digital nos gouvernants ont déjà beaucoup à faire ? Pas étonnant qu'ensuite on ai toujours un train de retard !
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