Quels polytechniciens pour le monde de demain?La nouvelle équipe dirigeante de l'école affirme vouloir donner le coup d'envoi de ce qui sera peut-être une véritable réforme de l'X. Avec quelles chances de succès?

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Quels polytechniciens pour le monde de demain?

La nouvelle équipe dirigeante de l'école affirme vouloir donner le coup d'envoi de ce qui sera peut-être une véritable réforme de l'X. Avec quelles chances de succès?



Les discours vont affirmer l'adaptation nécessaire de l'école aux réalités de l'époque. Pendant ce temps, les défilés d'élèves en bicorne et les réceptions réunissant les autorités de la République et le "Gotha" de l'industrie donneront d'elle l'image la plus conforme à la tradition. Duplicité? Non. Mais un assez bon résumé du défi auquel est confrontée l'X: comment une école aussi marquée par l'esprit de la technocratie à la française peut-elle former des dirigeants évoluant dans une économie qui se libéralise et se mondialise? L'école, il est vrai, a l'habitude des missions compliquées. A commencer par celle qui correspond à sa vocation: former à la fois des scientifiques de haut niveau, des cadres pour la fonction publique et des capitaines d'industrie. D'où la complexité du cursus. A l'issue des trois années d'école, la première comptant pour le service militaire, les jeunes diplômés font un choix, déterminé par leur rang de sortie. Soit en intégrant les grands corps de l'Etat, soit en choisissant une formation complémentaire de deux ans dans une école d'application qui admet aussi des élèves "civils", soit en optant pour la recherche par le biais d'un DEA. L'Ecole polytechnique est donc soumise aux impératifs parfois contradictoires de chacune de ses filières. Eternel débat: Polytechnique doit-elle dispenser un enseignement généraliste de haut niveau ou offrir plus de spécialisations? D'un côté, on craint le papillonnage; de l'autre, l'alourdissement d'un cursus déjà très chargé. "A vouloir aborder beaucoup de matières à des niveaux très élevés, le programme convient à 100 élèves sur 400. Beaucoup parmi ceux qui ne courent pas pour le classement décrochent", constate Amy Dahan, professeur à Polytechnique. Président du conseil d'administration de l'école de 1985 à 1993, Bernard Esambert voulait réaliser des réformes audacieuses, mais il s'est heurté à de fortes oppositions. "L'X est verrouillée par son histoire, sa réputation et ses règlements", affirme Jacques Lévy, le directeur de l'Ecole des mines. Le bicentenaire donne justement à l'école une belle occasion de se remettre en question. Le concept de "projet professionnel" devrait être institué dès la prochaine rentrée.Ceux qui ne font pas du classement une priorité pourraient peaufiner leur choix dans des enseignements complémentaires. La direction est au moins unanime sur ce point: "Faire l'X, ce n'est plus suivre une voie toute tracée." Une façon pour les polytechniciens de comprendre à quel point leur élitisme agace et n'est plus de mise aujourd'hui. Le souhait de l'école est également d'inciter plus de polytechniciens à suivre la voie de la recherche. Comme toute grande institution, l'X reste partagée. La tentation peut être forte de ne pas toucher à "un produit qui se vend bien". Mais la concurrence est telle qu'elle peut difficilement survivre sans s'ouvrir à l'extérieur. Sur ce point, les industriels sont décidés à exporter Polytechnique.

En finir avec la tradition

Les étudiants étrangers recrutés par le concours traditionnel représentent actuellement 8% des promotions. "L'objectif est de multiplier par trois leur nombre et de mettre en place une voie appropriée pour recruter des jeunes qui ne sont pas de culture française", indique Pierre Faurre, président du conseil d'administration, président de la Sagem. L'ambition d'un tel projet va de soi: porter loin les couleurs de la France. La partie n'est pas gagnée pour autant. A l'étranger, qui connaît la renommée de l'X? "Les Anglo-Saxons ne saisissent pas toujours la différence qui existe entre les "polytecnics" anglaises et l'Ecole polytechnique parisienne", explique Antoine Picon, jeune polytechnicien. L'enjeu auquel se trouve confrontée Polytechnique pourrait bien être de faire mentir le général Leroy, ancien commandant de l'école, qui en a résumé l'histoire dans une formule fameuse:"On commence par une erreur, on continue par une habitude, on finit par une tradition." Réponse lors des manifestations du bicentenaire.





LA FONDATION POUR INTERNATIONALISER L'X

C'est vers les entreprises que Polytechnique s'est tournée pour lancer sa fondation. Objectif: aider l'école à préparer les nouvelles promotions à une meilleure intégration professionnelle. Créée en 1987 sous l'impulsion de Bernard Esambert et de Raymond Lévy, la fondation s'est d'emblée attaquée à l'ouverture internationale des élèves de l'école. Elle rassemble une centaine d'entreprises. Première action: envoi des élèves à l'étranger pour faire leurs stages d'option. Cent trente-neuf sont partis dans divers pays en 1993. Le programme Jean-Monnet permet, lui, à une quinzaine d'étudiants américains et japonais de suivre quelques enseignements à l'X et de réaliser des voyages d'études en Europe. En 1991 a également été créé un "programme européen": des élèves invités (seize en 1993) font un semestre de cours à l'X dans une "majeure" de leur choix.











USINE NOUVELLE - N°2447 -

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