Quel avenir pour Philippe Coste, la nouvelle usine d’Orano qui valait un milliard

Orano a inauguré le 10 septembre sa nouvelle usine de conversion d’uranium, Comurhex II sur le site du Tricastin (Drôme). Elle a été baptisée Philippe Coste, du nom d’un pionnier français du nucléaire. Le projet a coûté au total 1 150 millions d’euros. Un investissement qui interroge.

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Quel avenir pour Philippe Coste, la nouvelle usine d’Orano qui valait un milliard
La nouvelle usine Philippe Coste de conversion d'uranium d'Orano au Tricastion a été inaugurée le 10 septembre.

Si le marché de la construction de centrales nucléaires se rétracte, notamment sous la pression des énergies renouvelables, celui du combustible nucléaire aurait plus d’avenir. Les carnets de commande d’Orano (ex. Areva) sont pleins pour les dix à douze ans à venir.

C’est donc avec sérénité que Philippe Knoche, directeur général d’Orano, et Philippe Varin, président du groupe, ont inauguré le 10 septembre une nouvelle usine de conversion d’uranium sur le site du Tricastin (Drôme). Baptisée Philippe Coste, du nom d’un pionnier du nucléaire à l’origine d’avancées technologiques sur le procédé d’électrolyse du fluor, indispensable à la conversion de l’uranium avant son enrichissement, cette nouvelle usine est l’aboutissement du projet Comurhex II, lancé par Areva en 2006.

Evalué à 650 millions d’euros au départ, il s’agissait de moderniser la plateforme chimique d’Orano dédiée à la conversion des

minerais d’uranium en hexafluorure d’uranium (UF6), par la rénovation de trois ateliers sur le site de Malvési (Narbone) et la construction d’une nouvelle usine au Tricastin. Mais après Fuckushima, Orano a dû renforcer la sûreté des installations. Au final, le projet Comurhex II représentera un investissement de 1 150 millions d’euros, dont 850 millions pour l’usine Philippe Coste.

Pleines capacités en 2021

Mais l’usine, qui doit prendre le relais de Comurhex I fermée en décembre 2017, n’est pas encore totalement achevée. Sa mise en service industrielle n’aura lieu que fin 2018, avec une montée en capacité pour passer de 7 500 tonnes par an sur une ligne en 2019 à 15 000 tonnes de capacités installées sur deux lignes d’ici à 2021, date de la mise en service d’une nouvelle unité de production de fluor.

D’ici là, c’est la ligne de l’ancienne usine, Comurhex I, remise à niveau et fiabilisée, qui est utilisée et continuera à l’être par la suite. Les 200 salariés de l’ancienne usine ont bénéficié d’un plan de formation de 23 000 heures. Plus de 240 entreprises ont été associées à la conversion du site du Tricastin, à 99% françaises et implantées dans la région pour 70% d’entre elles. Au total, le site du Tricastin a bénéficié de 5 milliards d'euros d’investissement d’Oreno depuis dix ans.

Soutien timide du gouvernement

En pleine discussion autour de la Programmation pluriannuelle de l’énergie dont dépend l’avenir de la filière nucléaire française, cette inauguration anticipée par rapport au réel lancement industriel fait figure de piqûre de rappel au gouvernement de l’importance de la filière industrielle du nucléaire en France.

Le message est-il passé ? Delphine Gény-Stephann, secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Economie et des Finances, a rappelé lors de l’inauguration "la confiance" du gouvernement en la filière, une confiance prouvée par "des actes" comme "la recapitalisation du groupe Areva à hauteur de 4,5 milliards d’euros en 2017, dont 2,5 milliards d’euros pour Orano". Mais elle a aussi rappelé que si la France n’avait pas "fait le choix d’une sortie brutale du nucléaire", optant pour une approche équilibrée, il était possible d’être "volontariste en développant les nouveaux usages et les énergies renouvelables", tout en étant "fiers des compétences de la filière nucléaire". A la filière de se débrouiller seule maintenant, donc.

Dix ans de commandes

Or justement, la rentabilité de cet investissement de plus d’un milliard d’euros pour Orano pose question. Certes, le carnet de commandes de l’usine Philippe Coste est plein pour les dix années à venir. "Un tiers [est rempli] par EDF, et deux tiers par une soixantaine de clients internationaux, dont une bonne partie fidèle et de long terme", précise Philippe Knoche, directeur général d’Orano. Mais après ? "Dix ans ne suffiront pas [pour un retour sur investissement] compte tenu des prix du marché actuel, mais nos clients sont là pour plus longtemps", rassure Philippe Knoche.

De fait, même si EDF réduit la voilure et que des pays ont entamé leur sortie du nucléaire, il va falloir alimenter les centrales existantes ou en construction pendant encore des dizaines d’années. Et si Orano n’est pas seul sur le marché du combustible nucléaire, ses usines du Tricastin seraient les plus modernes au monde. En la rendant plus économe en eau (-90%) et en réactifs chimiques (jusqu’à -75%), les améliorations apportées à l’usine Philippe Coste permettraient de "réduire les coûts de production d’environ 15%", selon Jean-Luc Vincent, le directeur du projet chez Orano. Certes, mais outre les concurrents historiques au Canada et en Russie, la Chine arrive sur le marché. Et on a déjà vu sa capacité à transformer un marché technologique en simple commodité !

Aurélie Barbaux Grand reporter Énergie & industrie durable

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