Quel avenir pour Lactalis sur le marché des laits pour bébé ?

Sur le marché très concurrentiel de la nutrition infantile, Lactalis était parvenu depuis dix ans, à coup d’acquisitions et d’innovation, à se faire un nom, malgré la prédominance de Danone et Nestlé. Mais le site de Craon, à l’arrêt depuis vendredi, était le cœur du réacteur. Analyse.

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Quel avenir pour Lactalis sur le marché des laits pour bébé ?
Un retrait massif de laits infantiles du groupe Lactalis, en raison d'un risque de contamination par des salmonelles, est en cours.

Lorsqu’on se rend à la Cité du Lait qui retrace, à Laval, en Mayenne, l’histoire de Lactalis, on ne peut qu’être impressionné par le chemin parcouru depuis 1933 par ce groupe toujours familial, inventeur du premier lait conditionné en brique, devenu le leader mondial du lait et du fromage avec 17,3 milliards d’euros de chiffre d’affaires. Ses marques - Président, Coeur de Lion, Lactel, Bridel, Chaussée aux Moines, Galbani, ou encore La Laitière – sont iconiques. D’ordinaire discret, Lactalis est sous les feux de l’actualité, à cause d’un gigantesque rappel de 600 références de ses laits infantiles, y compris bios, soit 7 000 tonnes de produits, exigé par Bercy suite à des salmonelloses contractées par une vingtaine de bébés.

L’usine de Craon, d’où provenaient tous les lots suspects des marques Picot, Milumel et de la marque de distributeur Carrefour, est à l’arrêt depuis le week-end dernier, afin de procéder à des mesures draconiennes de décontamination et de nouvelles analyses. Lactalis et les autorités poursuivent leurs investigations pour comprendre où et comment a pu se produire la contamination. Les bébés, qui ont connu des symptômes proches d’une violente gastro-entérite, se portent heureusement mieux. Mais l’activité de nutrition infantile de Lactalis parviendra-t-elle à survivre à cette crise ?

Sur ce marché, le groupe vendéen a avancé ses pions progressivement depuis 2006. En s’emparant de Celia, fondée en 1927, il s’est fait un nom à l’international dans le lait infantile en poudre et les céréales, et a mis la main sur la laiterie de Craon, aujourd’hui vaisseau amiral pour la production de sa division nutrition infantile. En 2007, Lactalis croquait Picot, situé à Calais, dans le Nord, qui possédait déjà une gamme d’aliments bio pour enfant et des laits infantiles répondant aux besoins spécifiques des nourrissons : anti diarrhées, coliques, facilitant le transit… Désormais intégrée dans la filiale Nutrition et Santé (LNS) du groupe, Picot est vendue uniquement en pharmacies et fabriquée sur le site de Craon. Lactalis dispose aussi de Milumel, la marque de lait infantile de Lactel, vendue en grandes surfaces.

Un des marchés "les plus dynamiques pour Lactalis"

Le groupe ne communique pas sur les ventes de cette division. Le marché de la nutrition spécialisée "figure parmi les plus dynamiques pour Lactalis, décrit-il seulement sur son site internet. L’entreprise n’a de cesse de renforcer ses positions, tant sur le segment de la nutrition infantile, que sur celui de la nutrition clinique. Son développement international est une des clés de la croissance continue de ses marques Picot et Celia notamment."

Malgré l’arrêt de Craon, l’activité industrielle de LNS se poursuit sur quatre autres usines hexagonales du groupe, et toutes les références de lait infantile n’ont pas été touchées par la crise. Mais le site mayennais, qui produisait 45 000 tonnes de poudre de lait, est le réacteur de la division. C’est là-bas que Lactalis a développé son expertise dans la formulation, mais aussi le séchage – avec deux tours de production - et l’assemblage de lait infantile. "Nous y ajoutons des vitamines, des probiotiques qui ne supportent pas la chaleur : cela nécessite un véritable savoir-faire technologique, notamment pour les bébés allergiques au lait de vache, et un énorme suivi bactériologique", nous confiait une responsable de l’entreprise cet été.

Lactalis, champion des "laits fonctionnels"

Avec ses marques Milumel et Picot, l’industriel était parvenu à la place de numéro trois des laits infantiles vendus en grandes surfaces et numéro deux en pharmacie sur un marché pourtant très bataillé en France, car les volumes ne progressent plus, et dominé à 80% par Danone et Nestlé. Surfant sur sa notoriété dans les produits laitiers de grande consommation avec Lactel, Lactalis avait donc ouvert un nouveau segment avec ses laits bios et fonctionnels (anti-allergies, riches en nutriments, spécial intolérances).

"Une opportunité de croissance aux frontières de la nutrition médicale" notait Deloitte en 2013 dans un rapport sur ce secteur, qui nécessitera désormais un gros travail de Lactalis pour retrouver la confiance des prescripteurs et des parents, dont certains ont déjà annoncé leur intention de porter plainte… Malgré les "profonds regrets à l’ensemble des parents dont les enfants auraient pu tomber malades suite à la consommation de certains laits infantiles issus de son unité, et ses souhaits de prompt rétablissement aux jeunes enfants", exprimés par le groupe, qui a mis un numéro vert à leur disposition. A l’issue de cette affaire, parviendra-t-il à renouer également avec Carrefour ?

"La hantise de tout industriel"

Dans le secteur agroalimentaire, même si les bactéries présentes dans le lait cru sont normalement tuées lors des phases de pasteurisation et de stérilisation, des cas de contaminations à la salmonelle se produisent pourtant ponctuellement. "Chaque année, en Europe et en France, des produits sont retirés de la vente en raison de contaminations microbiologiques, notamment dans les produits sensibles comme l'ultrafrais, même s’il s’agit d’épiphénomènes rapportés aux volumes produits, confirme Mathieu Dublanchy, responsable de missions au sein de la BU Agroalimentaire du cabinet Alcimed. Ce type de risques est la hantise de tout industriel. Les entreprises investissent donc des dizaines de millions d’euros pour mettre à niveau leurs laboratoires d’analyses, s’entourer d’experts, dans une logique de prévention."

Fonterra, condamné à dédommager Danone pour une fausse alerte à l'étranger

Encore plus dans le domaine de la nutrition infantile, un secteur particulièrement sensible et réglementé, avec des seuils de tolérance très bas pour éviter toute contamination microbienne ou présence de pesticides, métaux… en raison de la fragilité des jeunes consommateurs. "Chacun a en tête l’incident qu’avait connu sur le lait infantile Danone en Chine il y a quelques années, à cause d’un sous-traitant, qui l'avait fortement pénalisé sur ce marché. Car lorsque l’on touche à la santé d’un enfant, c’est compliqué de retrouver la confiance dans la marque", observe Mathieu Dublanchy.

Le 1er décembre dernier, un autre géant des produits laitiers, Fonterra, a d’ailleurs été condamné à dédommager à hauteur de 105 millions d'euros Danone, auquel il fournissait du lait en poudre. Car en 2013, ce dernier (numéro deux mondial de l’alimentation infantile, avec 5 milliards d’euros de ventes, à 80% dans les laits) avait dû procéder au rappel, dans neuf pays, de produits pour nourrissons après que Fonterra y ait suspecté la présence d’une bactérie susceptible de déclencher le botulisme. Une fausse alerte, finalement, mais qui avait contraint Danone à réviser à la baisse ses objectifs de résultats 2013.

Gaëlle Fleitour

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