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L'Usine de l'Energie

Quel avenir pour Fessenheim?

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Publié le , mis à jour le 28/11/2018 À 12H10

Enquête [ACTUALISE] La centrale de Fessenheim fait à nouveau parler d'elle: le président de la République, Emmanuel Macron, a annoncé le 27 novembre que 14 réacteurs seront arrêtés d'ici à 2035. Le 13 avril déjà, le secrétaire d'Etat Sébastien Lecornu se rendait dans le Haut-Rhin pour présider le deuxième comité de pilotage pour l’avenir du territoire de Fessenheim et de ses salariés.

Quel avenir pour Fessenheim?
Les milieux économiques et politiques alsaciens réfléchissent à l’avenir du site de la centrale nucléaire et à celui de ses salariés.

Les entreprises citées

En partenariat avec Industrie Explorer

Lors de son discours du 27 novembre portant sur le Haut conseil pour le Climat, Emmanuel Macron en a profité pour réaliser plusieurs annonces concernant la transition énergétique. Le Président de la République s'est notamment prononcé sur le sort de la centrale de Fessenheim (Haut-Rhin). 

La part du nucléaire dans le mix de production électrique passera à 50% à l'échéance 2035, a-t-il promis. 14 réacteurs seront arrêtés d'ici à 2035, à partir de l'été 2020, en commençant par ceux de Fessenheim, puis quatre à six d'ici 2030. Mais à une condition : "aucune fermeture complète de site". Des contrats de transition énergétique seront signés avec chacun des territoires concernés, impliquant les entreprises. "Je demande aussi à EDF de travailler à l'élaboration d'un programme de nouveau nucléaire, en prenant des engagements sur le prix, pour qu'ils soient plus compétitifs". Il n'y aura pas de décision sur la construction de nouveaux EPR avant 2021.

La présidente du Conseil départemental du Haut-Rhin, Brigitte Klinkert salue cette décision : "Ce nouveau report de la fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim laisse un peu plus de temps aux acteurs locaux pour construire un projet de territoire abouti et partagé par tous. Ce report doit permettre de conforter le dialogue franc et direct avec l’Etat pour que d’ici la fermeture, un vrai pacte avec des engagements réciproques, notamment budgétaires, soit conclu", indique-t-elle dans un communiqué.

"L'annonce ne nous surprend pas outre mesure pour la tranche N°1, mais pour la tranche N°2 c'est un peu différent", relève Jean-Luc Cardoso, délégué CGT. Contacté par L'Usine Nouvelle, le syndicat précise que la fermeture des deux réacteurs de Fessenheim est prévue par l'Elysée pour la même année, 2020, alors que le second dispose d'une autorisation de fonctionnement jusqu'à 2022. Selon la CGT, il serait logique de continuer d'exploiter un réacteur encore en bon état jusqu'à son année de révision.

A Fessenheim, la préparation au démantèlement devait durer cinq ans et être suivie d’une phase de déconstruction de quinze ans. L’assainissement du site et son déclassement officiel lui permettront d’accueillir de nouvelles activités. Au pied du mur, élus et acteurs économiques locaux préparent l’avenir.

Un contexte tendu 

Implantée en contrebas du grand canal d’Alsace, la plus ancienne centrale du parc nucléaire français en activité est emblématique depuis sa mise en service en 1977. Avec ses deux réacteurs de 800 MW, elle devait être la première d’une succession de sites nucléaires sur la rive gauche du Rhin, projet abandonné. Evoquée dans un premier temps pour la période de 2021 à 2022, sa fermeture a été avancée, assurance de l’engagement du gouvernement en faveur de la transition énergétique. "La logique a disparu, dans ce débat, confisqué par les anti et les pro-nucléaire, les syndicats et des élus locaux clientélistes", constate un dirigeant d’entreprise, qui préfère conserver l’anonymat.

Le contexte reste très tendu. Les élus qui ont martelé pendant des années que "Fessenheim ne fermera jamais" ont du mal à entrer dans un schéma constructif. Le changement à la tête du conseil départemental du Haut-Rhin, en octobre 2017, a contribué au retour du pragmatisme. Brigitte Klinkert, la nouvelle présidente (LR) de la collectivité, fait feu de tout bois pour réussir la reconversion du site et apprécie la volonté de Jean-Bernard Lévy, le PDG d’EDF, de "mener cette fermeture de façon exemplaire". La CGT locale l’a elle aussi reconnu début mars : "Nous avons tous intérêt à ce que cela se passe le mieux possible."

Une multitude de projets énergétiques

"Nous ne réussirons l’après-Fessenheim qu’en partenariat avec les Allemands, assène Brigitte Klinkert. Nous sentons sur ce point une vraie volonté de la part du gouvernement. Le conseil départemental du Haut-Rhin travaille étroitement avec ses voisins de la région de Fribourg-en-Brisgau, véritable capitale en énergies renouvelables de l’Allemagne. Nous bénéficions d’un environnement favorable, avec l’université de Strasbourg, pour devenir un territoire pilote dans ce domaine et proposer des projets allant de l’agriculture de demain à l’habitat et aux transports innovants."

Des terrains voisins du centre de production nucléaire pourraient être transformés en parc d’activités consacré aux énergies renouvelables, en partenariat avec les Allemands, qui manquent de foncier et de main-d’œuvre. Des rencontres ont déjà eu lieu entre le patronat allemand et le conseil départemental du Haut-Rhin, mais les projets souffrent d’un manque de concret. "Si nous avions démarré le travail de reconversion plus tôt, nous aurions aujourd’hui des solutions avérées", s’emporte un dirigeant du patronat alsacien.

Pour déployer ce projet d’éco-parc, "il faudra un accord comparable à celui de la zone française de l’aéroport de Bâle, où les entreprises bénéficient d’un droit social plus favorable que le droit français", estime l’élue. Le 13 mars, elle s’est rendue à Fribourg pour présenter aux élus allemands les projets de reconversion. Français et Allemands, "tous ont appelé de leurs vœux un projet raisonné, alliant recherche, installation d’entreprises, formations et énergies renouvelables dans un cadre juridique franco-allemand et donc européen innovant", indique un communiqué du conseil départemental.

Le projet d’un éco-parc rhénan figure parmi les propositions que les groupes de travail, montés sous l’égide du préfet du Haut-Rhin, vont soumettre mi-avril à Sébastien Lecornu, secrétaire d’état auprès du ministre de la Transition écologique venu à Fessenheim en janvier mettre en place un comité de pilotage. Parmi les autres propositions qui lui seront présentées figurent la remise en service de la ligne ferroviaire Colmar-Fribourg, également soutenue côté allemand, avec l’édification d’un pont sur le Rhin ; la construction d’une centrale de stockage d’énergie par méthanisation ; un projet de centrale photovoltaïque de 300 MW, "nécessitant un coup de pouce de l’état, le rendement d’une telle installation restant plus faible dans l’est de la France que dans le sud", selon un spécialiste des questions énergétiques ; et un projet de centrale au gaz de 600 MW.

Compenser les pertes d’emploi dans le bassin économique

"La reconversion de Fessenheim doit être pensée à l’échelle du bassin d’emploi, des portes de Bâle jusqu’à Colmar", estime un élu. Autrement dit, l’essentiel est de compenser les pertes d’emploi à l’échelle du bassin économique, sans se focaliser sur la seule zone de la centrale. Enclavée et peu peuplée, elle risque de ne pas bénéficier directement des effets de la reconversion. "Pas sûr, nuance Vincent Froehlicher, le directeur général de l’Adira, l’agence de développement économique d’Alsace. Nous savons que Tesla cherche une surface de 80 à 100 hectares pour implanter une usine en Europe dans le cadre d’un partenariat franco-allemand. Le site de Fessenheim serait bien placé dans cette perspective." Vue de l’esprit ? Elon Musk, le patron de Tesla, a lui-même évoqué une possible implantation en Alsace. Or les terrains de la centrale nucléaire comptent parmi les rares opportunités foncières d’une telle taille dans la région.

Les milieux économiques et politiques locaux sont désormais investis dans le projet de reconversion. A charge, pour l’Etat, de ne décevoir personne. Surtout pas les quelque 1 000 salariés concernés par la perte de leur emploi, ni les collectivités affectées par la disparition de recettes fiscales. 

Des salariés à accompagner

EDF emploie aujourd’hui 757 salariés sur son site nucléaire, charge à l’entreprise de les réemployer. L’effectif fondra rapidement. Deux ans après l’arrêt de la production, il restera 331 salariés, a annoncé la direction, de nombreux départs étant prévus dès septembre 2019. Au bout de cinq ans, ils ne seront plus que 60. Le 13 mars, à Paris, la direction d’EDF a détaillé les mesures d’accompagnement des salariés mutés ou qui devront changer de métier, des mesures qui conviennent à la plupart des syndicats. Quant aux 330 salariés travaillant à temps plein sur le site et employés par une trentaine d’entreprises sous-traitantes, dont l’ETI Clemessy, ils font l’objet d’une attention particulière. Le 18 janvier, une convention a été signée par cinq partenaires afin d’étudier le cas de chacun, en vue d’un reclassement dans le tissu économique régional. Une cartographie précise de leurs compétences et souhaits doit être effectuée d’ici à la fin mars. Début 2018, la CCI Eurométropole Alsace évaluait à environ 150 le nombre de postes dans les métiers électrotechniques à pourvoir dans le Sud Alsace. 

 

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