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L'Usine Matières premières

Que viennent chercher les CEO du monde entier au World Materials Forum à Nancy ?

Myrtille Delamarche ,

Publié le

Le « Davos des matériaux » réunit les 9 et 10 juin à Nancy des présidents, des directeurs généraux, des techniciens et des chercheurs en quête de solutions concrètes pour allier croissance économique et sobriété en matières premières. Et pour une fois, ce n’est pas qu’un vœu pieux.

Que viennent chercher les CEO du monde entier au World Materials Forum à Nancy ?
Robert Friedland, ancien associé de Steve Jobs chez Apple et PDG d'Ivanhoe Mines, lie l'avenir de la mine à celui de la technologie.
© Myrtille Delamarche - L'Usine Nouvelle

Ils ne sont pas très nombreux, sous les dorures de la grande salle de l’hôtel de ville de Nancy qui borde la place Stanislas. Mais il ne faut pas se fier à cette première impression. Aux tables des accréditations, on retire son badge entre Vincent Laflèche, président du Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) et Jean-Pierre Clamadieu, PDG de Solvay.

Happy few

A la tribune que vient de quitter le président du World Materials Forum Philippe Varin (également président d'Areva), le PDG le Rio Tinto Diamonds & Minerals Alan Davies détaille la situation du secteur minier, "revenu à un new normal depuis que la croissance à deux chiffres est bel et bien terminée". Avec ce retour à la normale, il est devenu urgent de mener une veille commune sur la technologie, qui sera l’un des fondamentaux majeurs de la demande de matériaux. "La demande de titane va augmenter considérablement, tirée par les usages dans le médical, la défense. Il a aussi un potentiel dans l’impression 3D, qui est la quatrième révolution industrielle. Le besoin en lithium a plus que doublé dans l’année, notamment pour alimenter l’émergence des véhicules électriques." Rio Tinto est très enthousiaste sur sa découverte d’un gisement de lithium à Jadar en Serbie, qui pourrait selon ses estimations fournir 10% de la demande mondiale. Dans la salle, cet enthousiasme réjouit Philippe Gundermann, directeur de la stratégie d'Eramet. Le groupe minier français a lui aussi un important projet en développement sur ce métal.

Présentations de haut vol

Aux côtés d'Alan Davies, on voit sourire Robert Friedland, ancien associé de Steve Jobs à la fondation d’Apple, parti dix ans plus tard avec une fortune qu’il décide d’investir dans les mines. Ce sera Ivanhoe Mines, découvreur du fantastique gisement de cuivre d’Oyou Tolgoi en Mongolie que le représentant de Rio Tinto décrit à cet instant comme l’un de ses plus beaux actifs. Victoire de Margerie, vice-présidente du WMF, dit de Robert Friedland qu’il est "le seul entrepreneur mondial de la mine. Tous les autres sont des grands groupes dirigés par des patrons salariés".

Le patron d’Ivanhoe Mines (deuxième version, après transformation de la première société éponyme en Turquoise Hill après sa prise de contrôle par Rio Tinto), est arrivé à Nancy sur invitation de l’un de ses partenaires français, Laurent Frescaline, dirigeant d’i-Pulse. Cette start-up française "a la capacité de diffuser, sur une fraction de seconde, la même quantité d’électricité qu’une centrale nucléaire. Cela permet de déformer durablement le métal, ou de faciliter le forage de champs (de pétrole par exemple)", détaille Victoire de Margerie.

Quelques minutes plus tard, Robert Friedland va électriser la salle avec une présentation longuement préparée. Sur fond de menace liée à la pollution et de disruption technologique "bien plus rapide qu’on ne l’imagine", il explique son engagement à aller chercher "tous les matériaux de demain":

  • Le platine, qui permet de réduire la pollution atmosphérique par le diesel. En bon minier doté d’actifs dans les platinoïdes – Platreef en Afrique du Sud pourrait devenir la première mine de platinoïdes au monde -, Robert Friedland se fait l’avocat de la pile à hydrogène plutôt que de la voiture électrique, citant le soutien japonais à la Honda Clarity ou à la Toyota Mirai, le rachat de brevets au canadien Ballard par Audi et Volkswagen en 2015, ou le tram à hydrogène chinois "qui n’émet que de l’eau". Car si l’efficacité énergétique de la voiture électrique (33,15%) dépasse largement celle de la voiture à hydrogène (16,38), cette analyse n’est plus valable si on tient compte de l’ensemble du cycle de vie de l’énergie, comme le démontrent deux études récentes menées par Toyota et Daimler.
  • Le cuivre, car "si vous arrêtez le charbon, alors bienvenue chez nous : vous aurez besoin de cuivre, d’or, d’argent. Car les énergies renouvelables consomment jusqu’à 37 fois plus de cuivre que les énergies conventionnelles".
  • Le scandium, cette terre rare légère dont le monde ne produit annuellement que quelques tonnes mais qui rend l’aluminium soudable et permet de fabriquer des alliages d’aluminium compétitifs contre le Titane. C’est avec un alliage de ce type, le Scalmalloy, qu’Airbus vient d’imprimer en 3D une moto de seulement 35 kilogrammes capable de rouler 60 kilomètres en autonomie.

Réseautage de haut niveau

Un café et quelques échanges de cartes de visites plus tard, c’est le numéro deux d’Airbus, Klaus Richter, qui développe l’évolution des matériaux utilisés par son groupe. Puis se succèderont le PDG de Mitsubishi Shunichi Miyanaga, celui de Solvay Jean-Pierre Clamadieu, et tant d'autres.

C’est aussi pour se rencontrer que ces derniers viennent ou reviennent au World Materials Forum. Après la première édition en 2015, "Christian Collette, qui est le patron de la R&D du groupe Arkema, est sorti en me disant ‘en 2 jours, j’ai discuté et travaillé avec des gens que j’aurais mis 1 an à rencontrer, en voyageant dans le monde entier’. Sa rencontre avec le Pr Sung Ha, patron du département de mechanical engineering de l’Université de Hanyang à Séoul en Corée, a permis à Arkema de renforcer sa coopération avec le groupe Hyundai. Christian Collette y a aussi recruté 1 patron de start up et monté avec ma petite start-up, Rondol, un projet européen dans le recyclage des composites qu’on va déposer d’ici un mois. Arkema a aussi renforcé ses contacts avec le responsable des achats d’Airbus, qui est le plus gros acheteur du monde avec 14 milliards d’euros de matériaux achetés chaque année.", raconte Victoire de Margerie. "Un autre exemple, c’est McKinsey et le BRGM, qui ne s’étaient jamais rencontrés au plus haut niveau. Résultat, on a travaillé toute l’année ensemble sur une étude présentée le 9 juin sur la criticité des matériaux."

Les discussions se poursuivent le 10 juin sur le rôle de la digitalisation et de l’internet des objets dans la réduction de l'intensité-matière des produits, le rôle de la fabrication additive dans l’allongement de leur durée de vie et l'importance des nouveaux matériaux dans la construction.

Myrtille Delamarche

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