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L'Usine de l'Energie

Que vaut le plan de sauvetage d’EDF proposé par WWF France

Aurélie Barbaux ,

Publié le

Analyse WWF France publie un plan pour "Sauver d’EDF par la transition" qui propose la fermeture de 23 réacteurs d’ici à 2030 et la cession d’actifs. Un cadeau empoisonné sur le bureau de François de Rugy, le nouveau ministre de la Transition écologique et solidaire.

Que vaut le plan de sauvetage d’EDF proposé par WWF France
Le plan de WWF pour sauver EDF prévoit la fermeture de 23 réacteurs nucléaires (photo centrale de Belleville-sur-Oise) d'ici à 2030.
© DR

Après la SNCF, le gouvernement pourra-t-il faire l’économie d’une réforme d’EDF? Comme le géant du transport ferroviaire, l’électricien français est trop gros pour que l’État le laisse faire faillite. Pour Edouard Philippe, qui mentionne 2035 pour revenir à 50% de nucléaire dans le mix électrique français, la question n’est pas forcément d’actualité.

Mais "EDF est une entreprise qui va mal", écrit WWF France dans un document proposant un plan de réforme pour "Sauver EDF par la transition" rendu public ce 6 septembre. "EDF vendrait des carottes ou des choux-fleurs, elle aurait fait faillite depuis longtemps, a déclaré Pascal Canfin, directeur général du WWF, dans un entretien au Parisien. Mais comme c’est une entreprise stratégique, l’État vient régulièrement remettre au pot. Résultat, EDF est en permanence sous perfusion de l’État. Et sa situation financière se trouve aujourd’hui dans une impasse".

Fermer 23 réacteurs

Avec 43 milliards de dettes, un free cash-flow (quantité d’argent réellement disponible) négatif depuis onze ans, un mur d’investissements entre 140 et 150 milliards d’euros dans les dix prochaines années devant lui, et un marché de l’électricité totalement chamboulé par les renouvelables, il ne pourrait pas continuer ainsi, avancent les équipes de WWF France qui ont mené l’enquête.

Et de manière contre-intuitive, WWF France cherche dans cette étude à démontrer que le salut d’EDF passera par la fermeture de 23 réacteurs nucléaires (16 de 900 MW et 7 de 1300 MW) d’ici à 2030. Elles seraient choisies en fonction de leur âge - pour limiter les investissements de grand carénage nécessaires pour les prolonger à 50 ans qui atteindraient un milliard d'euros par réacteur -, des recommandations de l’Autorité de sûreté du nucléaire et de leur résistance aux périodes de canicule.

Augmenter le prix de l'électricité

Le retrait de 23,5 GW de capacité de production d’électricité nucléaire du parc français permettrait de remontrer le prix de gros du MWh à 51,4 euros, selon un modèle élaboré par Artelys, soit une augmentation de 40 % sur dix ans. Certes, les Français verront leur facture légèrement augmenter (de 0,2 % par an entre 2021 et 2030, évalue l’étude), mais les entreprises payeront leur électricité plus cher de 1,5 % par an sur la même période. EDF se verrait par ailleurs libéré de la contrainte de vendre 25 % de sa production au prix Arenh (42 €/MWh). L'électricien retrouverait ainsi un taux de rentabilité suffisant pour affronter ses dettes et dégager des bénéfices.

Pour que l’électricité française reste compétitive sur le marché européen et qu'il y ait un équilibrage avec l’électricité produite par les Allemands, le plan table sur un prix de carbone à 30 euros. C’est peut-être le point le plus hasardeux du plan de WWF, tant les mécanismes des marchés de l’énergie sont complexes et la révolution des énergies renouvelables change toutes les logiques.

Céder tout ou partie d'Enedis

Le plan de l’association de défense de la nature prévoit aussi environ 15 milliards de cession d’actifs, comme les services énergétiques Dalkia ou EDF trading, les participations au nucléaire britannique (environ 2.7 milliards), à l’exploration et production d’Edison (filiale italienne) valorisé 2 à 3 milliards. Mais WWF préconise surtout de céder partiellement Enedis (ex ERDF) sur le modèle de RTE. Soit d’opérer une scission et d’imputer sur Enedis une partie des dettes d’EDF. Des options qui pèseraient très lourd sur le bilan d’EDF, Enedis représentant aujourd’hui 25 % du chiffre d’affaires !

30 000 suppressions de postes

Pour accompagner EDF dans cette réforme de fond de son périmètre, le plan de WWF prévoit des aides de l’État, notamment un accompagnement pour le reclassement des salariés de la filière. L’étude estime l’impact social entre 9 000 et 10 000 suppressions de postes chez EDF, que l’opérateur pourrait gérer, et entre 18 000 et 20 000 chez les sous-traitants, dont la moitié chez ceux de rang 2 et 3, qui coûteraient 750 millions d‘euros à la collectivité.

"Si EDF met en route sa propre transition vers le renouvelable, cela permettrait de rediriger ces mêmes personnes vers de nouveaux emplois", croit Pascal Canfin. Le plan de WWF évoque en effet des reclassements dans le démantèlement ou grâce au plan solaire d’EDF. Là, il fait peut-être preuve de grande naïveté.

Si le plan de WWF pour sauver EDF paraît un peu simpliste, il a le mérite de pointer les points clés d’une nécessaire réforme d’EDF. Et c’est déjà beaucoup.

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7 commentaires

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11/09/2018 - 16h49 -

L'Usine Nouvellle semble avoir "pris parti" sur la question du nucléaire, en somme avoir "choisi son camp" si l'on veut employer une métaphore militaire. Cette prise de position est manifeste à la lecture de vos articles et tranche avec les habitudes de ce magazine destiné aux professionnels de l'industrie. Sur un débat aussi passionnant que la question énergétique, je plaçais de grands espoirs dans ce journal qui pouvait se saisir de cette opportunité pour rationaliser les discussions et une fois pour toutes réfléchir en termes de risques. J'entends par là mettre de côté les approches partisanes et discuter des risques associés à chaque mode de production (risque en terme environnemental, social, économique et stratégique-géopolitique). Une fois cette quantification objective du risque faite pour chaque mode de production, la société peut alors faire un choix d'adulte d'acceptation collective et consentie des risques. Cette démarche est la seule raisonnable.
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10/09/2018 - 15h23 -

Pascal Canfin, qui avait été nominé pour succéder à Nicolas Hulot, oublie l’impact de l’ARENH, l’ardoise de l’état vis-à-vis de la CSPE envers EDF et ne semble pas au courant des dividendes ponctionnées par les différents gouvernements depuis des dizaines années.
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08/09/2018 - 22h14 -

Proposer, parmi les mesures pour "sauver" EDF, de supprimer l'Arenh… qui oblige EDF à vendre un quart de sa production nucléaire (100 TWh) à ses concurrents à un prix plafond (42€) quelque soit le contexte, c'est peut être par cela qu'il faut commencer avant de penser à la démanteler, non ? Une entreprise à laquelle on met volontairement des boulets aux pieds ne peut pas être rentable. Obligé de vendre à 42€ son MWh quand les prix du marché de l'électricité sont au delà de 52€, pour 100 TWh ça fait….. plus d' 1 MILLIARD d'€ de recettes en moins !!! Et Pascal Canfin d'affirmer : «Si le nucléaire était une si bonne affaire, EDF aurait gagné des milliards…». C'est de la manipulation. Voilà de quoi décrédibiliser cet article et son auteur. On est en droit d'attendre plus de regard critique et de connaissance des sujets de la part des journalistes de l'Usine Nouvelle.
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10/09/2018 - 12h58 -

@ GREG : Le souci principal est que EDF est lui même partie prenante de ce tarif à 42€ et qu'ils vendent de l'électricité au tarif ARENH à leurs propres clients. Supprimer ce tarif reviendrait à dire, désolé, EDF était le premier sur le marché, que la concurrence dégage car les centrales de EDF ont été payée avec l'argent de la collectivité. Si les français donnaient autant aux autres qu'ils ont donné à EDF durant 55 ans, je pense que l'on pourrait se passer en effet des tarifs ARENH mais là vous vous aventurez dans une concurrence déloyale. Pourquoi EDF vendrait son électricité à 60€ en bourse alors qu'ils le vendent à 44 à leurs clients ?
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08/09/2018 - 17h30 -

Que WWF continue a s'occuper de ses pandas et le monde tournera aussi bien !!!! Ce texte est rempli de fausse information et totalement incohérent. C'est mettre à genou notre système énergétique au profit des multinationales. Quand la moitié de la France sera couverte de panneaux solaires et l'autre moité d’éolienne, oui on pourra se passer des centrales nucléaires, puis on fera nuit jour nuit jour !!!
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08/09/2018 - 09h22 -

L'avenir est aux renouvelables et au stockage de masse parce que sans fournisseur, il est possible de contrôler le prix de l'énergie et le développement des besoins.Parce que nous raconter que l'atome est l'énergie la moins chère, tout en oubliant d'inclure la déconstruction et le stockage des déchets dans le temps, revient à dire "qu'après nous le déluge !"
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07/09/2018 - 16h55 -

Comment peut on s'appeler WWF et écrite de telles inepties ? Encore une fois, ces chers écolos ne proposent aucune solution. Quelle autre énergie decarbonée avec une puissance et un rendement identique ? Ou alors la solution Allemande, réouvrir des centrales à charbon pour absorber le pic énergétique du à la charge rapide des voitures dites écolo...
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07/09/2018 - 13h25 -

Reprendre dans l'Usine nouvelle les propositions d'une ONG en matière industrielle, c'est lui donner une crédibilité qui n'a pourtant aucun fondement objectivement. A quelle fin ?
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10/09/2018 - 22h09 -

Je constate avec une grande tristesse que ce magazine technique et scientifique prend définitivement une posture politique sur le nucléaire. Un article scientifique devrait s'en tenir à décrypter et contextualiser les faits techniques afin d'offrir aux lecteurs une information crédible et non partisane. Il ne s'agit pas d'occulter les débats qui agitent notre société contemporaine mais justement de les alimenter dans la sérénité. Il est également curieux de constater que tous les articles sur le nucléaire sont rédigés par une seule et même personne. Comment dans ces conditions garantir la pluralité des points de vue ? Enfin, après lecture des nombreux articles sur l'énergie au sens large j'ai la désagréable impression qu'Engie bénéficie d'un curieux traitement de faveur.
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14/09/2018 - 14h45 -

Chers lecteurs, merci de vos commentaires et de votre lecture attentive de nos articles sur le nucléaire et l’énergie sur usinenouvelle.com. L’Usine Nouvelle n’est pas uniquement un magazine technique mais aussi économique, dont la mission est d’informer les acteurs des écosystèmes industriels sur l’évolution des marchés, des politiques publiques, des filières et des stratégies des différents acteurs. Il est normal que les articles sur l’énergie soient majoritairement signés par la journaliste couvrant le secteur. Vous remarquerez néanmoins que nos pages sont ouvertes à d’autres contributions, via, notamment les Experts de l'Energie. Cordialement.
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