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Que sont devenus les "Conti" ?

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La fermeture de l'usine Continental de Clairoix est le symbole de la déroute industrielle de 2009 et de l'âpreté des luttes sociales qu'elle a générée. Les "Conti" ne voulaient pas payer pour la crise. Ils ont obtenu de bonnes conditions de départ. Un an après, ils cherchent toujours du travail. Reportage.

- Mars 2009 Annonce de la fermeture de l'usine de Clairoix. Les 1 000 salariés sont mis en suspension d'activité. - Avril 2009 Les Continental partent à Hanovre protester devant les actionnaires réunis en assem-blée générale. - Juillet 2009 La cellule de reclassement ouvre. Les forma-tions et bilans de compétences débutent. - Novembre 2009 Le PSE est signé avec les organisations syndicales. - Janvier 2010 A l'exception des salariés protégés et d'une quarantaine de personnes affectées au bâtiment et aux RH, les salariés entrent dans leur congé de mobilité de vingt-quatre mois. Du plan de sauvegarde de l'emploi (PSE) de Continental, on a surtout retenu les 50 000 euros d'indemnités extralégales mais l'accord comprend d'autres acquis : un congé de mobilité payé 78 % du salaire net pendant deux ans, une prime à la création d'entreprise (10 000 euros), des primes à la reprise rapide de l'emploi (de 6 000 à 2 000 euros), un budget de formation de 3 millions, un rattrapage de salaire de 200 euros par mois pendant deux ans en cas de CDI moins avantageux, un versement de 50 % au nouvel employeur de la rémunération pendant trois mois pour les salariés « fragiles ». Au global, le coût du PSE pourrait s'élever à 200 millions d'euros. . "Le congé de mobilité de deux ans, c'est un piège qui risque de se refermer sur les gens en les sortant du marché de l'emploi. Mais comment leur demander de gagner moins d'argent en travaillant qu'en restant chez eux ?"

Sous un morne soleil de mars, le poste de garde maçonné à l'entrée de l'usine Continental de Clairoix (Oise) est toujours là. Mais le millier de salariés qui s'y massait quotidiennement lors des bruyantes AG du printemps dernier l'a déserté. Pour débusquer des Conti, il faut se rendre à une dizaine de kilomètres de là, jusqu'à la ZAC de Mercières, dans la banlieue de Compiègne. Dans un bâtiment anonyme, situé entre un centre de lavage de citernes et un hangar dédié aux fêtes de communions et de mariages, la direction de l'usine a installé la cellule de reclassement, confiée au cabinet spécialisé Altedia. Dès 9 heures du matin, les Conti s'y rendent un à un. Ils étaient opérateurs, ouvriers de maintenance, techniciens et pour quelques-uns ingénieurs. La lutte s'était nourrie du collectif jusqu'à l'exaltation, c'est désormais le temps de la solitude pour trouver un emploi. Le congé de mobilité payé par Continental leur donne vingt-quatre mois.

Les ex-salariés arrivent seuls mais ne le restent pas. La communauté de collègues a été remplacée par une équipe de consultants. Ils sont une dizaine à les accueillir tous les jours dans leurs petits bureaux individuels à l'étage. Au rez-de-chaussée, une immense salle aligne des ordinateurs pour la recherche d'emploi et d'autres plus petites servent aux ateliers de groupe. Derrière une vitre dépolie se cache aussi un bureau d'écoute psychologique. La mission des consultants : amener les salariés à découvrir leurs compétences cachées, les secteurs porteurs, les formations qualifiantes mais avant tout à faire le deuil de leur ancien job. « La probabilité de retrouver un emploi en fabrication dans le pneumatique est proche de zéro », constate Philippe Bleurvacq, le DRH toujours en poste.

Pour certains, penser le changement demande un véritable effort. Même au bout d'un an d'inactivité. Ce matin, Laurent, qui travaillait au service contrôle qualité, lit les petites annonces en attendant un rendez-vous pour son bilan de compétences. Son objectif : « Trouver un boulot en horaire de week-end dans une usine. » L'exacte réplique de son rythme de travail chez Continental. Ce n'est pas gagné. En Picardie, l'emploi industriel a chuté de 7 % en 2009, la crise de l'automobile a été dévastatrice. Le taux de chômage de la région était de 11 % en janvier, et même de 13 % pour le département de la Somme. A cela s'ajoute une difficulté : l'image peu flatteuse de « Conti-casseurs » que le conflit a véhiculée auprès des petits patrons de la région. Pour la redorer, Altedia a envoyé à toutes les entreprises un mailing répertoriant les savoir-faire des salariés. Avec son équipe, Marie-José Payan, la responsable de la cellule, tente de tenir les deux bouts de la chaîne : ouvrir les employeurs potentiels aux compétences des Conti, ouvrir les Conti à de nouveaux types d'employeurs dans les services, le BTP, la logistique, l'aide à la personne...

Sur les 946 salariés (dont seulement 50 cadres) inscrits en congé de mobilité, seuls 60 ont trouvé un CDI et 130 suivent une formation longue. Pour les 150 à 200 salariés qui ont entre 58 et 59 ans, ce congé permet de tenir jusqu'à la retraite mais pour la majorité, ces conditions avantageuses sont un cadeau empoisonné car elles favorisent l'attentisme.

CERTAINS ONT LEVÉ LE PIED

Des ouvriers qui travaillaient en intérim pendant leur période de préavis au cours duquel ils pouvaient cumuler leur salaire et celui d'une mission ont levé le pied. « Je veux bien quitter le congé mobilité mais seulement pour un CDI et un salaire correct », lance Richard, un ancien chef d'équipe. En janvier, le Pôle emploi de Picardie a collecté deux offres d'emplois durables pour six emplois courts. Hors intérim, Richard a, pour l'instant, deux pistes. L'une comme jardinier au domaine de l'Agha Khan à Chantilly (Oise) sur lequel « l'a tuyauté le président de son association de jardins » et l'autre chez ArcelorMittal à Creil. Ce dernier emploi implique des concessions. « C'est du 5 x 8, pas facile de repartir sur ce type d'horaire », confie-t-il. Richard fait partie des mieux lotis. Encore jeune, avec une expérience de l'encadrement, il est plus confiant sur son avenir que Marianne, ex-opératrice en fabrication, croisée à la sortie du local du comité d'entreprise. « J'ai 52 ans, qui voudra de moi ? Dans l'industrie ici, il n'y a plus grand-chose. Se former ? Les stages d'adultes sont à Beauvais ou à Amiens, loin de chez moi. On essaie de me pousser vers l'aide à la personne. Si c'est pour faire quelques heures par-ci par-là ... » Son large sourire cache des nuits d'insomnie. Confrontés à l'atonie du marché de l'emploi, de nombreux Conti se tournent vers la création d'entreprise. « Nous avons déjà reçu plus de 80 dossiers. Cela va du salon de toilettage canin à la société d'élagage », affirme Marie-José Payan. Six se sont déjà lancés, le premier a été Jérôme Capron. L'ancien ouvrier posté a ouvert une boutique de « cordonnerie-clés minute » dans la galerie de l'Intermarché de Margny, à cinq minutes de l'ancienne usine. Il a pris sa décision en une nuit. Il est ravi de sa reconversion et ne tarit pas d'éloges sur l'accompagnement d'Altedia. Il a mis 20 000 euros d'apport et est confiant sur le potentiel de sa zone de chalandise. Le nouvel entrepreneur est plus mitigé au sujet des projets de ses anciens collègues sur les petits travaux de maison : « Ils sont trop nombreux, le marché va saturer sur ce créneau. » Car, pour beaucoup, il n'est pas question de quitter la région. Pour s'évader du quotidien, restent les voyages d'un riche comité d'entreprise encore en activité. A l'automne, une quarantaine de Conti sont partis aux Maldives, bientôt ce sera l'Espagne. Il reste vingt-deux mois avant l'inscription à Pôle emploi.

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