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Quatrième réseau Ce qui attend Free

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Seul prétendant à la quatrième licence de téléphonie mobile, Free aura la lourde tâche de construire son réseau. Un déploiement promis aux embûches, en raison des oppositions aux antennes relais et de la rareté des sites.

Le fournisseur d'accès à internet Free, filiale du groupe Iliad, sera le seul prétendant à la quatrième licence de téléphonie mobile. Il assure que s'il est choisi, il lancera son offre commerciale dans les dix-huit mois suivant l'obtention de la licence, c'est-à-dire au deuxième semestre 2011. Il s'est surtout engagé à faire baisser les prix. « Notre offre sera simple et meilleure marché que ce qui se fait actuellement », assurait son directeur général, Maxime Lombardini, lors de la présentation des résultats semestriels du groupe en août dernier. Xavier Niel, le fondateur d'Iliad, a quant à lui affirmé sa volonté de diviser par deux la facture mobile moyenne des foyers français. Couvrir 25 % de la population dans les deux ans, puis 80 % dans les huit ans suivant la délivrance de l'autorisation. Fournir un service de téléphonie, l'accès à internet, à des services de messagerie (SMS...) et de transmission de données. Même s'ils n'osent pas le crier trop fort, de peur de s'attirer les foudres d'Orange, de SFR et de Bouygues Telecom, les fournisseurs d'équipements de réseaux attendent tous le marché d'un milliard d'euros généré par l'arrivée d'un opérateur. Pour l'heure, chacun cache son jeu. Même si elle lui offre l'occasion unique de s'imposer sur le marché français, le chinois Huawei a choisi de faire profil bas. « C'est une opportunité intéressante, mais ce n'est pas la seule. Nous ne vendons que les équipements et pas les prestations de service comme nos concurrents. Nous ne pouvons donc aspirer qu'à 15 % de ce futur marché », affirme Christian Paquet, le vice-président de Huawei France. Comme son compatriote ZTE, il dispose d'un argument de poids : une ligne de crédit bancaire des pouvoirs publics chinois, qui devrait lui permettre d'avancer au nouvel entrant les fonds nécessaires au déploiement de son réseau. Pour affronter ces redoutables concurrents chinois, Nokia-Siemens Networks, Motorola, Ericsson ou encore Alcatel miseront sur leur capacité à offrir des prestations de services clés en main (de la prospection de sites à la gestion du réseau). S'il ne se pratique quasiment pas en France, le partage des sites radioélectriques entre opérateurs est une réalité au Royaume-Uni. « La concurrence est si féroce que les cinq opérateurs doivent trouver des sources d'économies. Ils mutualisent donc les infrastructures », souligne Henri Tcheng, un associé responsable des télécoms au sein du cabinet Bearing Point. T-Mobile et Three en 2007, Vodafone avec Orange, puis O2 (Telefonica) en 2008... Les opérateurs enchaînent les accords visant à se partager les infrastructures de sites 3G (les pylônes, les boîtiers, les antennes, les contrôleurs de réseau radio, voire les fréquences radio).

Ce sera Free ou personne. Les dirigeants du fournisseur d'accès internet (groupe Iliad) ont finalement été les seuls à déposer un dossier de candidature auprès de l'Arcep, le régulateur des télécoms. Ils devront désormais patienter jusqu'à Noël pour savoir si leur entreprise devient le quatrième opérateur français de téléphonie mobile, aux côtés de France Télécom (Orange), SFR et Bouygues Telecom.

S'il obtient le précieux ticket d'entrée pour le marché français, ce nouvel arrivant devra relever un défi de taille : construire son propre réseau. Dans les deux ans suivant la délivrance de la licence 3G, il devra avoir couvert 25 % de la population avec ses propres infrastructures, avant de pouvoir louer celui de ses concurrents. « Nous sommes capables d'installer un réseau en deux mois. Le goulet d'étranglement n'est ni la fabrication ni la livraison des équipements, mais la difficulté de trouver des sites », avance Christian Paquet, le vice-président pour la France de l'équipementier chinois Huawei, le fournisseur potentiel d'un quatrième opérateur. Une tâche si ardue qu'elle a découragé bon nombre de candidats. Les opérateurs mobiles virtuels Kertel et Virgin Mobile, Numericable, le conglomérat Bolloré ou encore l'opérateur égyptien Orascom... ont, pour la plupart d'entre eux, jeté l'éponge devant les incertitudes.

RISQUE D'ALLONGEMENT DE LA DURÉE DES PROCÉDURES

La première d'entre elles est liée aux conditions d'installation des antennes relais. La controverse publique autour des risques sanitaires des radiofréquences fait rage. « Le déploiement de nouveaux sites va surtout être compliqué, non pas parce que les bons sites sont sécurisés par les opérateurs existants, mais en raison d'une véritable résistance locale », annonce Henri Tcheng, un associé responsable des télécoms et médias au sein du cabinet Bearing Point. Actions en justice contre les opérateurs, démontage d'antennes... des associations de citoyens montent au créneau pour faire appliquer le principe de précaution. Ainsi, 140 communes françaises ont gelé l'implantation des antennes relais. Le dernier exemple en date est le moratoire pris par la ville de Stains (Seine-Saint-Denis), à la fin octobre, suspendant leur implantation dans l'attente d'un engagement écrit des opérateurs sur des seuils d'émissions plus bas.

Les opérateurs estiment qu'il leur faut désormais deux ans pour poser une antenne, contre six mois il y a quelques années. Dans ce contexte, pas simple pour le prétendant d'aller déployer les 2 000 à 5 000 émetteurs requis, nécessaires à la couverture de 25 % de la population (entre 12 000 et 15 000 pour toucher l'ensemble des Français). « Si le lancement commercial est prévu pour la mi-2011, ces délais peuvent vite devenir gênants », prévient Frédéric Pujol, le responsable des activités technologie, radio et spectre de l'Idate. Sans compter que si le Grenelle des ondes, lancé en avril dernier, aboutit à une réduction des seuils d'exposition à 0,6 volt par mètre, comme le souhaitent plusieurs associations de riverains, (la réglementation française définit un seuil maximal d'émissions de 41 v/m) les coûts pourraient s'envoler. Selon une étude publiée par le cabinet Sia Conseil, les opérateurs seraient tenus dans ce cas d'investir entre 3,6 et 7 milliards d'euros pour implanter d'autres antennes, afin d'obtenir la même couverture.

Deuxième point noir : avant d'installer des antennes, encore faudra-t-il que Free trouve des emplacements ! Les sites se font rares. Même si, selon les règles définies par l'Arcep, les trois opérateurs doivent assurer l'accès à leurs sites et à leurs pylônes, afin que le nouvel fournisseur y implante ses propres équipements 3G, l'opération risque d'être compliquée. Car les opérateurs ne sont pas propriétaires des points hauts (comme les pylônes, mais aussi les toits...). Selon l'Association française des opérateurs mobiles (AFOM), la majorité des sites sont loués à des institutions publiques (essentiellement des mairies), des entreprises et à quelques propriétaires particuliers. L'arrivée d'un nouvel opérateur impliquera donc de renégocier les baux avec les syndics d'immeubles. « Les opérateurs craignent un allongement de la durée des procédures et une explosion des coûts lors de la renégociation des contrats », avance Henri Tcheng de Bearing Point. C'est d'ailleurs ce point qu'a mis en avant Pierre Danon, le PDG de Numericable pour expliquer l'abandon du câblo-opérateur : « Il faut déployer 12 000 antennes, dont le prix unitaire varie entre 5 000 et 70 000 euros en fonction de la facilité d'installation. L'économie du projet peut être remise en cause selon ces variations. D'autant que chaque implantation nécessite une négociation avec les copropriétés, un processus prenant jusqu'à 36 mois. » La construction d'un site revient, en moyenne, à 100 000 euros. Sans compter les coûts d'intégration des antennes au paysage qui, selon Bouygues Telecom, seraient compris entre 150 000 et 300 000 euros par antenne.

Pour contourner cette difficulté, plusieurs solutions s'offrent à l'arrivant. « Il pourrait nouer des accords avec des acteurs comme l'opérateur de réseaux hertziens TDF ou le gestionnaire du réseau de transport de l'électricité RTE, qui disposent tous deux d'un grand nombre d'emplacements », avance Frédéric Pujol de l'Idate. Free pourrait également avoir recours à la technologie des femtocell. A usage résidentiel, ces petites stations de base - raccordées ou intégrées à une box ADSL - se branchent sur le réseau 3G, via une connexion internet haut débit. Si la technologie est prometteuse, elle reste cependant circonscrite aux zones urbaines. Et ne dispensera pas Free d'installer des antennes relais.

NÉGOCIATIONS DIFFICILES À PRÉVOIR ENTRE OPÉRATEURS

Enfin, la dernière étape du périple sera de conclure un accord d'itinérance avec l'un des opérateurs en place. Cet accord commercial lui permettra de louer une partie du réseau d'un de ses concurrents, afin d'acheminer les appels sur tout le territoire, pendant qu'il achève de construire son réseau. « Cette prestation est essentielle pour que le nouvel entrant puisse rapidement proposer des offres sur le marché de détail, y compris pendant la phase de déploiement de son réseau 3G », écrit l'Arcep. Seulement, les opérateurs historiques, Orange, SFR et Bouygues Telecom - hostiles depuis le départ à l'attribution d'une quatrième licence - devraient s'employer à ne pas lui faciliter la tâche. Ce qui laisse présager des négociations longues et difficiles. En cas d'échec, le quatrième opérateur pourra saisir l'Arcep, qui se chargera alors de trancher.

S'il est retenu, Free pourra tout de même compter sur l'avantage technologique que lui offre sa position de petit dernier. Il aura ainsi la possibilité d'installer la dernière technologie 3G (HSPDA), là où ses concurrents ont dû essuyer les plâtres et gérer la coexistence de réseaux de différentes générations. De la même manière, il pourra, s'il le souhaite, mettre en place des solutions techniques pour préparer son réseau à recevoir la future technologie LTE (4G). Cette dernière fera cependant l'objet d'une prochaine licence, propre à la technologie en question. Reste que s'il n'arrive pas à remplir ses obligations de couverture, le nouveau venu s'expose à des amendes, voire à un retrait de sa licence. Orange et SFR en savent quelque chose. Ils risquent chacun d'écoper d'une amende comprise entre 600 et 700 millions d'euros pour ne pas avoir suffisamment déployé leur réseau 3G.

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