Quatre questions-clés sur la campagne vaccinale française anti-Covid-19, deux mois après son lancement

La vaccination contre le Covid-19 par les médecins de ville ou du travail des personnes de 50 à 64 ans présentant des comorbidités est officiellement lancée ce 25 février. Une étape importante pour la campagne vaccinale française accusée de lenteur deux mois après son lancement. Le point sur les principaux enjeux qui demeurent.

 

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Quatre questions-clés sur la campagne vaccinale française anti-Covid-19, deux mois après son lancement
Le gouvernement maintient son objectif de vacciner tous les adultes volontaires d'ici la fin de l'été, même si les doutes son permis face aux multiples retards de livraison.

Le 27 décembre 2020, Mauricette M. était la première patiente à recevoir le vaccin Pfizer/BioNTech contre le Covid-19 en France, à l'hôpital René-Muret en Seine-Saint-Denis. Deux mois plus tard, après les hôpitaux, c'est au tour des médecins de ville ou du travail de disposer de doses de vaccins anti-Covid, marquant le départ d'une nouvelle étape dans la campagne vaccinale. Depuis le 25 février, les praticiens ont l'autorisation de vacciner à leur cabinet avec le produit d'AstraZeneca les personnes de 50 à 64 ans présentant des risques de comorbidités. Ces médecins volontaires, au nombre de 29 000 selon le ministère de la Santé, se fourniront auprès d'une pharmacie-officine. Qu'est-ce que cette ouverture aux vaccinations de ville va changer et où en est la campagne vaccinale deux mois après des débuts difficiles ? L'Usine Nouvelle fait le point en quatre questions.

1. Quels sont les objectifs de l'ouverture à la vaccination par les médecins ?

En s'appuyant sur les médecins (à 90 % des médecins généralistes), l'Etat espère que la majorité de la population à risque âgée de 50 ans à 64 ans (estimée à 2 millions de personne) aura reçu une première dose du vaccin d'AstraZeneca d'ici la mi-mars. Le produit de la firme anglo-suédoise a été autorisé le 2 février pour les patients de moins de 65 ans, faute de résultats probants pour les tranches d'âge supérieures. "Chaque praticien souhaitant vacciner recevra un flacon de 10 doses. Deux flacons supplémentaires seront distribués aux 11 000 officines ayant déclaré des médecins volontaires, lesquels seront redistribués au cas par cas", détaille le ministère de la Santé. 510 000 doses devraient être mis entre les mains des médecins cette semaine. "Les médecins traitants connaissent très bien les antécédents médicaux de leur patient, ce qui doit permettre de cibler rapidement les personnes prioritaires", justifient les autorités.

"L'enjeu est énorme", estime le ministère de la Santé. Le vaccin d'AstraZeneca était jusque-là administré aux personnels de soin volontaires de moins de 65 ans (médecins, personnels hospitaliers, aides-soignants, pompiers,…), mais peinait à trouver sa cible avec seulement 700 000 injections. "Les chiffres ne sont pas bons, le vaccin est disponible depuis le début du mois, mais on a une question de déficit d'image qu'on s'emploie à combler, reconnaît-on au sein du ministère. On a encore un effort qui est très important à faire pour pousser les professionnels à demander la vaccination, car ce n'est pas obligatoire à l'heure où l'on se parle". Le cap est clair : "Il faut écouler en priorité les doses d'AstraZeneca disponibles et qu'il rencontre sa cible prioritaire".

2. Combien de doses ont été livrées et quelles sont celles attendues en mars ?

"Au moins jusque juin, le vaccin de Pfizer/BioNTech sera largement le plus présent sur le territoire", estime-t-on au ministère de la Santé. Après un démarrage timide et des retards, le laboratoire américain semble désormais respecter son calendrier de livraisons hebdomadaires. "Nous recevrons 1 million de doses du vaccin Pfizer/BioNTech par semaine au mois de mars, après les 3,2 millions de février", prévoit le ministère. Avec une montée en puissance au mois d'avril, où 10 millions de doses sont attendues. Côté Moderna, fabricant du deuxième vaccin autorisé, les volumes sont nettement plus modestes et la biotech américaine a elle aussi connu des difficultés pour le fournir. Seulement 10 millions de doses ont été distribuées en Europe au premier trimestre, alors que le continent a commandé plus de 160 millions d'ici la fin de l'année. En France, moins d'un million de doses ont pour l'instant été importées depuis son autorisation le 8 janvier. 900 000 doses supplémentaires doivent être livrées en mars, si Moderna respecte ses engagements. Un rythme ralenti qui devrait continuer jusque juin, avec un décollage des livraisons attendu seulement au second semestre 2021.

Selon les chiffres prévisionnels de Bercy, le vaccin d'AstraZeneca doit devenir dès le mois de mars le second vaccin le plus distribué, avec 4,8 millions de doses livrées. D'où le coup d'accélérateur des autorités pour booster l'adhésion à ce produit. Si les délais sont respectés, la France bénéficiera de 16,9 millions de doses des trois vaccins d'ici la fin du mois prochain, contre 7,2 millions en février.

3. Quelles sont les prochaines grandes étapes de la campagne vaccinale ?

Fidèle à la stratégie vaccinale préconisée par la Haute autorité de santé (HAS), le gouvernement souhaite continuer à ouvrir progressivement la vaccination à des groupes de population cibles, en privilégiant l'administration des deux doses, plutôt qu'une seule, comme c'est le cas au Royaume-Uni, en Israël ou au Danemark. Pour le mois de mars, la priorité reste l'immunisation des personnes de plus de 75 ans, alors que 80% des résidents d'EPHAD ont déjà reçu une première dose, selon les données du ministère. "D'ici la fin mars, notre objectif est d'avoir vacciné 60% de cette tranche d'âge."

En fonction des premières remontées de terrain, la campagne devrait intégrer "dans les prochaines semaines" les personnes de 65 à 75 ans. Sur ce point, le gouvernement observe avec attention les résultats préliminaires d'une étude menée en Ecosse sur le vaccin AstraZeneca. Selon les chercheurs, il serait efficace dès la première injection et diminuerait très significativement les hospitalisations, et ce pour toutes les tranches d'âge. "Une étude de la HAS est actuellement menée sur le sujet", assurent les services du ministère. De quoi retirer une belle épine du pied aux autorités. Dernier objectif, la mise en place des équipes mobiles pour aller vacciner sur le terrain. "Des travaux sont en cours avec les autorités régionales sur le sujet".

4. L'objectif d'avoir vacciné tous les Français volontaires d'ici la fin de l'été est-il tenable ?

"D’ici à la fin de l’été, nous aurons proposé, en France, à tous les Français adultes qui le souhaitent, un vaccin", avait promis Emmanuel Macron début février. "Pour l'instant, c'est un objectif qui tient", affirme le ministère de la Santé interrogé par L'Usine Nouvelle. Un point sur lequel plane pourtant de nombreux doutes, tant la vision sur les approvisionnements à plus d'un mois reste floue. Selon les projections les plus optimistes de Bercy, 77,5 millions de vaccins auront été livrés d'ici juin, en comptant deux nouveaux venus : les produits de l'américain Janssen et de l'allemand CureVac. De quoi vacciner un peu plus de 38 millions de personnes.

Sur le papier, le contrat serait rempli. Mais depuis le début de la campagne, les livraisons ne cessent d'être revues à la baisse. Pour tenir son engagement, le gouvernement fait un pari double : la capacité des industriels à optimiser les processus de production pour augmenter les volumes et l'arrivée rapide des autorisations de mise sur le marché pour les vaccins de CureVac et Janssen. Sur le premier point, le feu vert de l'Agence nationale du médicament devrait avoir lieu au plus tôt en avril pour une livraison de 8 millions de doses cumulées en mai. Sur le second point, le gouvernement mise sur les usines françaises déjà impliquées dans la production ou qui le seront prochainement. Celle de Recipharm à Monts (Indre-et-Loire), qui remplit et conditionne d'ores-et-déjà le vaccin de Moderna. Celle de Delpharm à Saint-Rémy-sur-Avre (Eure-et-Loir), qui endossera ce rôle pour le vaccin Pfizer/BioNTech. Et surtout sur Sanofi, qui se chargera de mettre en flacon 100 millions de doses du vaccin de Pfizer/BioNTech à partir de juillet dans son usine de Francfort (Allemagne), puis celui de Janssen, sur son site de Marcy-l’Etoile, près de Lyon. Un pari ambitieux, "mais il faut être ambitieux dans la vie", répond-on au ministère.

Hubert Mary Journaliste web
Hubert Mary

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