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Quatre questions autour de l'affaire Renault

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L'affaire Renault passe du volet espionnage à celui des polémiques. Le manque de professionnalisme de la direction dans la gestion de ce dossier, les excuses un peu piteuses de Carlos Ghosn, et l'absence de démission, laissent un goût bizarre. L'affaire n'est pas terminée et pose encore beaucoup de questions. Revue sur quatre d'entre elles.

Quatre questions autour de l'affaire Renault © Jean-Pierre Lamarque - Renault

Carlos Ghosn doit-il partir ?
L'homme incarne à lui seul le groupe Renault-Nissan et jouit de ce fait d'un capital d'estime et de respect indéniable. Mais son engagement en première ligne dans l'affaire, notamment dans les grands médias, puis son revirement complet, commence à attiser les critiques. Plusieurs membres du gouvernement, dont Christine Lagarde, sans appeler à sa démission, vont lui demander des comptes. Seul le syndicat FO réclame son départ. Pour l'instant…

Les reproches qui lui sont faits sont de différents ordres : il a jeté en pâture trois cadres-dirigeants sans preuve, agitant la menace, jamais vraiment étayée, d'un pillage technologique du projet phare de Renault, le véhicule électrique. Il a accordé plus de confiance à son chef de la sécurité, Rémi Pagnie, un ex de la DGSE qu'il a connu au Japon, plutôt qu'à  Michel Balthazard, pourtant membre du comité de direction du groupe. Pas vraiment de quoi entraîner l'adhésion et la confiance des troupes.

Et puis, d'autres considérations vont peut-être remonter à la surface. Notamment le reproche récurrent sur le manque d'intérêt que porte Carlos Ghosn aux usines françaises de Renault, et plus généralement à la marque Renault. C'est ce qu'une enquête de l'Usine Nouvelle révélait en décembre dernier.

Pour autant, le patron du groupe garde quelques cartes en main. Son poste de PDG de Nissan, qu'il cumule avec celui de Renault, le rend moins vulnérable aux attaques. Après tout, Nissan va bien et fournit du cash à Renault. Et s'il part, par qui le remplacer ?, s'interroge-t-on déjà dans les milieux financiers.

Fin politique, Carlos Ghosn a –encore- la confiance du conseil d'administration, où, rappelons-le, siègent trois représentants des salariés… qui ont voté comme un seul homme pour le plan évoqué par Carlos Ghosn au 20 heures de TF1, le 14 mars. Sans doute la peur du vide. Mais quoi qu'il en soit, la position de Carlos Ghosn est fortement fragilisée par l'affaire. Les prochaines semaines monteront si le sauveur de Nissan est plus un boulet pour le groupe qu'un atout.

A quoi joue l'Etat ?
Une fois encore, force est de constater que le rôle joué par l'Etat-actionnaire dans l'affaire Renault, a été aussi peu concluant que lors de l'affaire EADS (retards de l'A380 et scandale des stock-options). Rappelons que l'Etat est l'un des actionnaires de référence de Renault avec 15 % du capital, soit une participation légèrement supérieure à celle de Nissan.

Alors que le tandem Ghosn-Pelata est critiqué de toute part, le lundi 14 mars au soir, les deux représentants de l'Etat au conseil d'administration de Renault ont voté pour Carlos Ghosn. Etonnant… L'abstention était une voie possible pour marquer un certain mécontentement, que le gouvernement n'a visiblement pas choisie.

Cela laisse penser que Carlos Ghosn mène la danse sans vrai contre-pouvoir. Or l'action Renault chute, l'impact de l'affaire en termes d'image et ses répercussions possibles sur le moral des salariés, ne seront pas neutres.

L'Etat-actionnaire a donc son mot à dire, mais on ne l'entend pas. C'est devenu une habitude. Si l'on remonte trois à quatre ans en arrière, il avait fait preuve d'une grande inertie chez EADS (où il détient 15%) quand le scandale des stock-options exercées par des dirigeants a éclaté alors que l'A380 affichait près de trois ans de retard.

Cet enchaînement avait entrainé d'importants surcoûts, mais surtout, l'action EADS avait plongé durablement, amoindrissant par voie de conséquence le patrimoine de l'Etat. L'affaire Renault est une nouvelle preuve que le rôle de l'Etat-actionnaire reste à redéfinir.

Les dénonciations anonymes sont-elles vraiment éthiques ?
Largement répandu aux Etats-Unis, le « whistleblowing »  devient à la mode en France. Cette pratique qui consiste à dénoncer anonymement certains de ses collègues peut pourtant se reveler plus que limite. Les entreprises cotées en bourse ont certes l'obligation de mettre en place un système d'alerte éthique. Mais la lettre calomnieuse du corbeau à l'origine de l'affaire Renault, et le fait qu'elle ait été prise autant au sérieux, est la preuve que quelquechose n'a sans doute pas bien fonctionné dans la chaîne de commandement du groupe Renault.

Depuis octobre 2010, un règlement de la Cnil interdit de mettre en cause anonymement un des ses collègues pour harcèlement, discrimination, ou inégalité. La loi ne limite, en  revanche, aucunement les possibilités de dénonciation liées aux « domaines financier, comptable, bancaire et lutte contre la corruption. » Matthieu Tenenbaum, Bertrand Rochette et Michel Balthazard pourraient donc être à nouveau accusés demain…

Désormais au pied du mur, Renault a annoncé  la réorganisation de sa direction de la sécurité et le lancement d'un audit dont les conclusions devront être rendues le 28 avril.

Qui doit payer les indemnités aux trois accusés ?
Selon le journal Le Parisien, Renault pourrait provisionner 12 millions d'euros pour le paiement des indemnités promises par Carlos Ghosn. En off, les avocats des trois accusés parlent , eux, d'une moyenne de 5 millions par personne … Grand seigneur, le PDG de Renault propose de financer ces sommes en abandonnant le bonus qu'il devait percevoir en 2011. Pour un montant de 1,6 million d'euros. Et le reste ?

En toute logique, le solde sera financé sur les fonds propres de l'entreprise. Malgré les résultats records qu'elle affiche cette année, ce sera donc autant qui tombera dans la poche des salariés. Et eux, ont de quoi rire jaune. D'autant que leurs collègues allemands de chez Audi viennent de toucher une prime de 6 513 euros, en remerciement de leur participation aux bons résultats du constructeur.

A se demander s'il ne faudrait pas que les indemnités soient prélevées sur le dividende versé aux actionnaires. Après tout, ces derniers ont soutenu Carlos Ghosn "à l'unanimité".

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