Quatre points à retenir des Etats Généraux de l’Alimentation

Alors que les Etats Généraux de l’Alimentation se clôturent ce jeudi, que retenir de ces quatre mois de travail - non sans dissensions - entre agriculteurs, industriels et distributeurs ? L’Usine Nouvelle dresse le bilan avec plusieurs acteurs de la filière.

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Quatre points à retenir des Etats Généraux de l’Alimentation

Réunir tous les acteurs, une grande première

Durant quatre mois, industriels de l’agroalimentaire, distributeurs, agriculteurs, ONG et pouvoirs publics se sont réunis, à l’appel d’Emmanuel Macron, dans le cadre des Etats Généraux de l’Alimentation. Ce jeudi, le clap de fin sera donné après la tenue d’un dernier atelier, consacré à la recherche et l’innovation dans le secteur.

"Je trouve particulièrement encourageant les engagements pris conjointement [ces acteurs] sur le fait de relancer la création de valeur, un objectif mis à mal ces dernières années", estime Bruno Thévenin, le directeur général de l'industriel PepsiCo France. Lors de ces ateliers, des pistes ont en effet pu être dégagées pour tenter de sortir de la guerre des prix qui plombe le revenu des agriculteurs et la croissance des industriels. Non sans désaccord entre certains...

Des négociations commerciales pas encore réinventées

En attendant une éventuelle loi, une "Charte d’engagement pour une relance de la création de valeur et pour son équitable répartition au sein des filières agroalimentaires françaises" a été signée le 14 novembre. Un texte a minima, mais qui a rassemblé tous les acteurs. Elle "nous donne l’occasion de partir sur des bases saines", assure Bruno Thévenin, qui appelle à "préserver la très grande qualité du tissu agroalimentaire français en répartissant de façon plus équitable la valeur entre les acteurs, tout en assurant les conditions de notre compétitivité sur le marché européen et international".

Lors de son discours prononcé à Rungis le 11 octobre, à mi-parcours des Etats Généraux, Emmanuel Macron avait réclamé un "changement de philosophie" dans les négociations commerciales, un exercice annuel lors duquel les industriels se disent maltraités par la grande distribution. Alors qu’elles viennent de reprendre, le changement n’est pas au rendez-vous, selon Jean-Philippe Puig, directeur général du groupe agro-industriel Avril, spécialiste des huiles et du carburant vert. "On nous demande de descendre les prix alors que le coût des matières premières flambe, nous sommes face aux mêmes acheteurs dont les bonus ne sont pas indexés sur cette philosophie…"

Des ordonnances très attendues

Pour Coop de France, qui représente les coopératives agricoles, "les déclarations de bonnes intentions ne suffisent pas, il faut un cadre législatif et réglementaire". Des ordonnances devraient être prises d’ici février 2018, visant à renverser la construction des prix dans les contrats. Ils devront désormais être calculés en fonction du coût de revient de l’agriculteur, réclame Emmanuel Macron.

La loi devrait également inclure un encadrement des promotions, ainsi qu’une hausse du seuil de revente à perte "pour les produits alimentaires" (et non tous les produits de grande consommation, ce que regrette l’Ilec, qui représente les industriels des grandes marques qui "subissent depuis quatre ans une dégradation de leurs tarifs"). Une mesure très attendue par la grande distribution, le principal syndicat de l’agroalimentaire Ania.

Mais elle est contestée par Michel-Edouard Leclerc, les associations de consommateurs, et la FEEF Pour son président Dominique Amirault, qui défend les PME fournissant la grande distribution, il faut surtout obliger les distributeurs à appliquer le tarif des transformateurs, afin de mieux répartir la valeur vers l’amont. Pour s’assurer que ce soit bien le cas, la FEEF s’apprête donc à passer ses propres accords avec la fédération de la grande distribution (FCD) et les principales enseignes.

Des plans pour améliorer la qualité de chaque filière

Mi-décembre, chaque filière agricole devra présenter au ministre de l’Agriculture, avec l’aide des industriels et distributeurs, un plan sur ses objectifs à cinq ans pour se restructurer, aller vers du bio ou de l’agroécologie, monter en gamme ou exporter, identifier les maillons manquants (transformation, logistique…). Avec l’ambition de parvenir à un impact moindre pour l’environnement, et une meilleure qualité pour les consommateurs. "Nous en sommes très heureux, car nous sommes sans doute la filière qui marche le mieux en France : notre plan filière sur les huiles et les protéines, il est déjà là !", assure Jean-Philippe Puig.

Pour Dominique Amirault, répondre à ces nouvelles attentes du consommateur représente aussi "des opportunités énormes en terme de création de valeur" pour les PME capables de proposer des solutions innovantes et plus customisées.

Mais Pascal Viné, le délégué général de Coop De France, a deux regrets à l’heure de clore ces Etats Généraux. "Notre production agricole est multiple. Or, on y a essentiellement parlé de la grande distribution, alors que la restauration hors domicile ou l’international sont des marchés de valorisation de nos produits. Ainsi, l’export est aujourd’hui réellement créateur de valeur ! Enfin, du côté de l’innovation, nous sommes mobilisés sur l’évolution des itinéraires techniques afin de réduire l’utilisation des intrants. Cependant nous sommes inquiets quant à l’utilisation des nouvelles technologies que certains voudraient fortement limiter. Attention à ne pas réintroduire de la pénibilité dans le monde agricole ! Il ne faudrait pas que les Français se trompent et projettent un modèle nostalgique des années 1950’..."

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