Abonnez-vous Identifiez-vous

Identifiez-vous

Vos codes d'accès sont erronés, Veuillez les saisir à nouveau. Mot de passe oublié ?

Quotidien des Usines

Quatre obstacles pour fermer Fessenheim

Ludovic Dupin ,

Publié le

Enquête Le président de la République a promis d'arrêter la centrale nucléaire à la fin 2016. Mais la procédure de fermeture n'a pas encore démarré. Le chantier est complexe et risque de coûter cher.

Quatre obstacles pour fermer Fessenheim © L'Usine Nouvelle

Au début 2017, la campagne présidentielle bat son plein. Le président de la République sortant, François Hollande, capitalise sur la réalisation d'une de ses promesses de 2012 : la fermeture des deux réacteurs de la centrale de Fessenheim (Haut-Rhin). Ce scénario de politique-fiction pourrait ne jamais voir le jour ! La procédure pour arrêter les réacteurs prendra cinq ans, selon André-Claude Lacoste, l'ancien président de l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN), qui vient de céder sa place à Pierre-Franck Chevet. Un timing difficile à tenir, quand on sait qu'EDF affirme « ne pas travailler à cette question ».

« Aujourd'hui, nous n'avons reçu aucun dossier de demande d'arrêt des deux réacteurs de la part d'EDF », témoigne Lydie Évrard, la directrice des déchets, des installations de recherche et du cycle à l'ASN. Du côté du gouvernement, la nomination d'un « monsieur Fessenheim », chargé des aspects financiers, techniques et sociaux de la fermeture de la centrale alsacienne, est imminente. Outre le peu d'empressement de son président, Henri Proglio, des cadres et des syndicats d'EDF, la fermeture de la centrale risque, aussi, d'être ralentie par quatre obstacles majeurs.

1. UN VIDE LÉGISLATIF

« Nous ne sommes pas dans une dictature. Il ne suffit pas que le chef de l'État dise "Ça s'arrête" pour que ça s'arrête », avait prévenu en octobre André-Claude Lacoste, dans le « Journal du dimanche ». La centrale peut être arrêtée si l'exploitant, EDF, en fait la demande. Une éventualité qu'Henri Proglio n'envisage pas. L'autre option est l'arrêt pour motif de sûreté. Or l'ASN a autorisé, après la visite décennale du réacteur numéro un et les évaluations post-Fukushima, la poursuite de l'exploitation sous couvert de réaliser d'importants travaux. Le gouvernement ne peut pas invoquer un motif de sûreté sans décrédibiliser l'ASN. L'État et EDF parviendront-ils à un accord ? « Les travaux d'épaississement du radier [prévus d'ici à la fin 2013, ndlr] ne seront peut-être pas réalisés dans les temps », appuie Marie Frachisse, la coordinatrice juridique du réseau Sortir du nucléaire. L'ASN pourrait alors mettre en demeure EDF, puis arrêter le site. « C'est une procédure qui peut être rapide », confirme l'autorité. Enfin, d'aucuns imaginent que le gouvernement fasse voter une loi autorisant le président de la République à fermer la centrale. Ce texte pourrait parasiter la future loi de programmation énergétique, annoncée par le gouvernement pour 2013, déplorent déjà certains députés.

2. UNE FERMETURE QUI VAUT DES MILLIARDS

Pour EDF, la fermeture et le démantèlement se traduiront par une perte sèche. « Fessenheim a été construite avec l'allemand EnBW pour 17,5% et des compagnies suisses pour 15%, rappelle Francis Sorin, le porte-parole de la Société française de l'énergie nucléaire. Il faudra les indemniser. » Les deux réacteurs de Fessenheim sont très rentables : ils dégagent un bénéfice annuel de 400 millions d'euros, dont 130 millions sont reversés aux partenaires étrangers. Une négociation devra s'engager sur la base de la durée de vie des réacteurs : quarante ans selon les Français, soixante selon leurs partenaires étrangers. Les indemnités oscilleraient entre 1 et 3 milliards d'euros. La somme de 2,5 milliards est le plus souvent évoquée. L'idée de débloquer une telle ligne de crédit effraye les services de Bercy. Il faudra ajouter des demandes d'indemnités des collectivités locales. « Elles vont pâtir de la fermeture de la centrale », rappelle Michel Sordi, député (UMP) du Haut-Rhin. La filiale d'EDF, Réseau de transport électrique (RTE), devra en outre investir 50 millions d'euros pour renforcer le réseau électrique alsacien.

3. UN DÉMANTÈLEMENT PAS TRÈS FRANÇAIS

Pour François Hollande, l'arrêt de Fessenheim est une chance : « Nous devons en faire un exemple de démantèlement réussi, de façon à ce que les centrales qui viendront à expiration dans de nombreux pays [...] puissent être une opportunité pour l'industrie nucléaire française. » Areva identifie une cinquantaine de réacteurs à démanteler dans les années à venir aux États-Unis, en Grande-Bretagne, en Belgique, au Canada, en Allemagne, au Japon et en Italie. Arnaud Gay, le directeur de la division valorisation chez Areva, parle d'un « marché hyper concurrentiel réparti entre de nombreux acteurs ». À Chooz (Ardennes), les premières phases de déconstruction du réacteur A, de même technologie que ceux de Fessenheim, ont été confiées à l'américain Westinghouse.

Pour le démantèlement de Fessenheim, Areva pourrait être en pointe, aux côtés de français comme Bouygues et Onet... à condition de remporter les appels d'offres à venir. Pour ce qui est de l'acquisition de compétences, Henri Proglio est sceptique. « Nous démantelons déjà des centrales en France [...], nous n'avons pas besoin d'outils pilotes », a-t-il expliqué devant les députés de la Commission des finances, le 10 octobre. Thierry Charles, le directeur général adjoint de l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), chargé de la sûreté nucléaire, explique que « Fessenheim ressemble au réacteur de Chooz [en cours de] démantèlement, mais il faut s'adapter à la taille du réacteur ». Chooz A était prévu pour 305 MW, à comparer aux 900 MW de Fessenheim.

4. LE FREIN SOCIAL

« Il faudra prendre en compte la totalité des conséquences de cette fermeture : l'emploi bien sûr, la création de nouvelles activités... », a assuré le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault. La centrale emploie 900 salariés en fonctionnement normal et 2 000 en période de maintenance. Dans les zones de Colmar et de Mulhouse, elle induit 2 200 emplois indirects. Le chantier du démantèlement requerra cinq à dix fois moins de main-d'oeuvre. Des reclassements sont possibles. « Beaucoup de postes se créent dans le nucléaire avec des nombreux départs à la retraite. EDF recrute dans l'ingénierie et pour sa force d'action rapide nucléaire », juge Nicolas Goldberg, analyste chez Colombus consulting.

Pour Charlotte Mijeon, la porte-parole de Sortir du nucléaire, la question de l'emploi est temporaire : « Les salariés d'EDF ont une garantie d'emploi. Chez les sous-traitants, le personnel est souvent nomade. Si fermer Fessenheim signifie bien supprimer des emplois, la transition énergétique en créera davantage. » Encore faudra-t-il développer ces nouvelles filières en Alsace !

Réagir à cet article

Testez L'Usine Nouvelle en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte
Suivez-nous Suivre Usine Nouvelle sur Facebook Suivre Usine Nouvelle sur Twitter RSS Usine Nouvelle