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Quatre clés pour investir

Publié le

Enquête Le royaume chérifien est une destination plutôt accueillante. Sous réserve du respect de certaines règles. Le recrutement et la formation sont des données essentielles.

1. CHOISIR UN POINT DE CHUTE

Fès, Tanger, Meknès, Casablanca... Mais où donc s'installer au Maroc ? Le business, longtemps concentré à Casablanca, Mohammedia et Rabat, se diversifie à la faveur de la régionalisation du royaume. Avec l'arrivée de Renault, Tanger, bien relié à la capitale, est devenu un pôle vibrant. Kénitra devrait suivre, mais les villes de l'intérieur ne sont pas au même niveau. Le foncier au Maroc a longtemps été un souci, en raison de son prix élevé, du défaut de zonage ou de terrains viabilisés, voire de la tendance des spéculateurs à geler les terrains. Dans le cadre du plan Émergence, l'État a décidé la création d'une vingtaine de plates-formes industrielles intégrées (P2i) aux normes internationales. Un succès, même si toutes ne sont pas achevées.

« Les règles y sont claires, juge Pascal Roche, un consultant industriel installé depuis dix ans dans le pays. Avec les opérateurs privés, il peut y avoir des surprises en matière de cadastre. » Sur ces P2i, l'accession se fait souvent en propriété. Certaines sont des zones franches d'exportation. Tanger Free Zone (TFZ) a été la première. Il en existe sept, la plupart sectorielles comme Kénitra et Tanger Automotive City pour l'automobile, ou le projet d'Oujda pour les énergies vertes. Pour l'exportation, le statut de zone franche prévoit la franchise de TVA et un taux d'impôt sur les sociétés nul pendant cinq ans puis de 8,75 % pendant vingt ans (30 % pour le droit commun). Le rapatriement des dividendes est réservé aux investissements réalisés en devises. De son côté, la Chambre française de commerce et d'industrie du Maroc (CFCIM) a monté deux zones près de Casablanca. Elle propose même des modules de bâtiments nus en location.

De nouvelles ambitions dans le phosphate

Le Maroc n'a pas de pétrole mais du phosphate. Il en est même l'un des principaux producteurs mondiaux. Ce minerai contribue pour près de 25 % à ses exportations, un chiffre variable suivant les cours. Après avoir plongé durant la crise de 2008, ils sont repartis à la hausse. L'Office chérifien des phosphates (OCP), un État dans l'État qui emploie 20 000 salariés, réalise ainsi un chiffre d'affaires de 5 milliards d'euros. Ce groupe public au statut de société anonyme a réalisé son premier placement obligataire privé en 2011. Il mène un lourd plan d'investissements dans ses mines, ses unités de transformation ou en logistique, pour doubler sa capacité à 50 millions de tonnes. L'OCP investit notamment dans un nouveau procédé mettant en oeuvre des laveries dans ses mines de Khouribga et un « pipe » de 235 km reliant ce gisement à Jorf Lasfar, au sud de Casablanca. Sur cette plate-forme, il co-investit avec certains clients (pakistanais, brésiliens...) dans des usines d'engrais. Le montant de ses projets, qui s'étalent jusqu'en 2020, atteint 10 milliards d'euros. Certains ont fait l'objet de financements bilatéraux. L'OCP, installé à Casablanca, dispose d'équipes d'ingénieristes au sein de Jesa, un joint-venture mis en place avec Jacobs, et même d'ateliers de mécanique. Il s'appuie aussi sur des fournisseurs marocains ou internationaux comme le turc Tekfen, Delattre Levivier, Air liquide, Nexans ou Schneider. Son portail fournisseur : esuppliers.ocpgroup.org

2. SE FAIRE AIDER

Pour une première approche, l'Agence marocaine de développement des investissements (Amdi), représentée à Paris, est le bon interlocuteur. Mais elle dispose de moyens limités. Sur place, les centres régionaux d'investissement (CRI) jouent un rôle très important. Autre institution clé : la CFCIM, la plus importante chambre de commerce française à l'étranger, qui assure en délégation les missions d'Ubifrance. « Nous avons une longue expérience de l'accueil et du soutien des PME, lance Philippe Confais,le directeur général de la CFCIM. Et nous menons de nombreuses missions sectorielles. » Outre son offre foncière, celle-ci, entre autres missions, anime un réseau de médiation et propose une pépinière à partir de 480 euros mensuels. Pour les gros dossiers, les grands cabinets conseils ou d'avocats, comme Ernst et Young, McKinsey ou Gide, disposent de bureaux dans le royaume. Sans compter les consultants indépendants. Utile lors des montages juridiques, le recours à un conseil facilite l'obtention des autorisations nécessaires à l'installation.

« L'administration peut être lente, mais je n'ai jamais rencontré de corruption. Il faut respecter les règles pour éviter tout souci », affirme Pascal Roche. Un bon conseil a aussi de l'importance pour les demandes de subventions. Le cadre général est celui du Fonds de promotion des investissements (FPI), qui prévoit pour les opérations d'un montant supérieur à 200 millions de dirhams (plus de 18 millions d'euros) des aides allant jusqu'à 20 % du foncier ou 5 % du total. Des subventions en matière de formation ou d'investissement peuvent être accordées par le Fonds Hassan II pour le développement économique et social. Snop recevra ainsi 2,5 millions d'euros pour son projet [lire aussi page 54]. Yazaki, qui a installé à Kénitra un site comptant 2 800 salariés, a aussi bénéficié de l'aide du fonds. Ces dossiers font l'objet de conventions de gré à gré. Renault a reçu gratuitement son terrain à Tanger. Et Bombardier négocie ferme son atterrissage.

3. BIEN RECRUTER

La disponibilité de la main-d'oeuvre varie selon les bassins d'emploi. Ainsi, l'arrivé de Renault a suscité beaucoup de craintes pour les sociétés installées à Tanger. Le constructeur s'était engagé à ne pas débaucher. « Mais son arrivée n'a pas été sans effet sur les salaires », note un industriel. Pour leurs usines récentes, Yazaki, Delphi, Faurecia ou Zodiac ont choisi Kénitra, Khémisset ou Fès, plus calmes. L'installation prévue de Bombardier et de ses 800 emplois près de l'aéroport de Casablanca angoisse déjà les directeurs des ressources humaines des usines proches, qui vivent sur un « gentlemen's agreement » bannissant débauchages et surenchères salariales. Reste que le chômage urbain atteint près de 17 %.Le turn-over - de 2 % à 5 % - est donc faible comparé à celui d'autres pays émergents, mais il augmente avec le niveau de qualification. Les recrutements s'effectuent par la presse et internet, sur des sites comme rekrute.com. Certains gros recruteurs passent des conventions avec l'Agence nationale de promotion de l'emploi et des compétences (Anapec), comme Yazaki à Kénitra. « L'Anapec a présélectionné des candidats selon nos critères. Cela nous a beaucoup aidés car nous avons dû recruter plus de 3 000 personnes en un an », explique Abdeslam Benjelloun, le directeur général du site Yazaki.

Le niveau d'enseignement général est perçu comme médiocre par les sociétés étrangères tout comme celui du technique. La plupart des recrutements d'opérateurs s'effectuent au niveau bac ou bac + 2. Le smig approche l'équivalent de 220 euros, mais les opérateurs avec expérience sont vite payés 25 % à 30 % de plus. Et pour les profils qualifiés, les salaires montent vite ! « Les cadres supérieurs sont bien formés et les salaires proches des niveaux européens », lance Gilles Abensour, de Saint-Gobain. Les disparités vont parfois de 1 à 30 dans une usine. Les salaires sont toujours exprimés en « net salarié », auquel s'ajoutent 10 % à 40 % de charges. Il faut compter aussi avec le transport, souvent payé par l'entreprise et qui peut représenter 10 % à 15 % de la masse salariale.

4. FORMER ET MANAGER

Le management recèle sa touche orientale. « La société reste patriarcale et on attend beaucoup de son chef, note un industriel. Cela ne favorise pas l'initiative. » Les responsables d'entreprises étrangères se plaignent du déficit de profils de middle management. « En général, l'exécution est bonne si l'on fixe bien les règles », note un patron d'usine.

Pour pallier ces handicaps, les professionnels mettent en place des instituts appliqués avec l'aide de l'État. À Boskoura, près de Casablanca, l'Initiative marocaine d'amélioration (Inmaa), une usine modèle axée sur le lean manufacturing, a ouvert en juin 2011. L'Institut des métiers de l'aéronautique (IMA), inauguré l'an dernier en mai à Casablanca et monté en coopération avec l'Union des industries et des métiers de la métallurgie (UIMM) et le Groupement des industries marocaines aéronautiques et spatiales (Gimas), propose des modules techniques en usinage, câblage, composites... « L'outil prend en charge la formation et son financement. Les opérateurs sont bien formés», relate Laurent Guth, le directeur du site Casablanca Aéronautique-Slicom. Un institut pour l'automobile est en construction à Kénitra. Renault, lui, dispose de son Institut de formation aux métiers de l'industrie automobile (Ifmia) qui a été financé par l'État. Sur 5 600 m2, il comprend 22 écoles de dextérité et huit ateliers de formation en maintenance. « Pour l'instant, note Moulay-Youssef Sbai, le directeur adjoint, il est réservé à nos besoins qui sont très importants puisque tous les salariés du site y font un passage, soit 2 300 personnes en 2011 et 2 800 cette année. À partir de la mi-2013, il doit s'ouvrir à l'extérieur. ». À noter enfin que certains doivent former... leurs clients. C'est le cas de Nexans [lire aussi page 55], qui dispose à Casablanca d'un petit centre dédié aux électriciens du bâtiment.

Projets fous dans les énergies vertes

« En matière électrique, il y a peu de ruptures, car le Maroc est bien interconnecté. Mais la demande bondit de 7 % à 8 % par an », expose Jean-Charles Vanier, le président de Schneider Electric Maroc. Un des projets majeurs est l'extension de la centrale à charbon géante (2,1 GW) du groupe Taqa, de Jorf Lasfar, près de Casablanca. L'État a aussi lancé deux plans dans l'électricité renouvelable éolienne et solaire. Un programme un peu fou, qui ouvre les appétits. L'objectif pour 2020 est d'atteindre un taux d'électricité verte de 42 % (25 % aujourd'hui). Le plan solaire se chiffrerait à lui seul à 9 milliards de dollars sur cinq sites. À Ouarzazate, des technologies seront comparées en plusieurs phases (500 MW au total). Un projet piloté, comme le plan solaire, par Masen, l'agence marocaine de l'énergie solaire, et son patron Mustapha Bakkoury, une figure de l'économie. On attend sous peu le nom du consortium choisit pour la phase I (sans doute 160 MW). Masen en détiendra 25 %. Le vainqueur l'exploitera durant vingt-cinq ans. Il s'agirait du saoudien Acwa avec les espagnols Aries et TKK. Ce projet bénéficiera de financements multilatéraux. Schneider et Soitec, eux, ont signé avec Masen un mémorandum pour un, voire deux projets pilotes de photovoltaïque à concentration (5 MW).Saint-Gobain négocie. Dans l'éolien, le parc est d'environ 300 MW, auxquels il faut ajouter 720 MW en développement et 1 000 MW en projet. Exemple : EDF Énergies renouvelables, avec Mitsui, a été choisi par l'Office national d'électricité pour le projet de Taza (150 MW) avec des turbines Alstom, qui fournit aussi un parc Nareva (ONA) de 100 MW à Akhfenir, près de Tanger. L'enjeu pour le pays sera de constituer des filières industrielles éolienne et solaire. Delattre Levivier Maroc a saisi l'opportunité. Dans ses ateliers géants de mécanosoudure près de Casablanca, il a fabriqué des dizaines de mâts d'éoliennes.

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