Quatre ans après Fukushima, un monde nucléaire à deux vitesses

De colossaux travaux sont en cours sur le site de la centrale nucléaire de Fukushima, quatre ans après qu'un puissant tsunami a détruit le site. Pendant ce temps, les autres pays ont fait l'inventaire de leur propre programme nucléaire. Certains ont arrêté, d'autres ont confirmé continuer dans cette voie. La France, elle, s'est mise à discuter...

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Quatre ans après Fukushima, un monde nucléaire à deux vitesses

Le 11 mars 2011, le Japon subissait un terrible accident à la centrale de Fukushima-Daiichi. Il irradiait une large partie de la province de Fukushima et poussait des dizaines de milliers de personnes à l'exil. Quatre ans plus tard, 6 000 salariés continuent à se relayer pour démanteler le site. Ils sont parvenus à déblayer les installation, à refroidir les coriums (les coeurs fondus) et sont en train de vider les piscines de combustibles usés. Mais beaucoup reste à faire.

Premièrement, ils doivent maîtriser la production d'eau contaminée, plus de 350 tonnes par jour, utilisée pour refroidir les coeurs. Tepco, l'opérateur, stocke déjà 600 000 mètres cubes d'eau sur place, ce qui n'empêche pas une large partie de se répandre dans l'environnement. Deuxièmement, les ingénieurs doivent localiser les trois coriums des réacteurs endommagés. Quelle masse a quitté la cuve ? Ont-ils traversé le bas du réacteur ? Se sont-ils enfoncés dans le radier de béton ? Le Japon a encore des décennies de travail. Dans le reste de l'archipel, tous les réacteurs sont à l'arrêt et les décisions de redémarrages peinent à venir.

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Ceux qui ont tout stoppé

Depuis l'accident, le monde a pris deux voies. D'une part, il y a les pays qui s'éloignent de l'atome comme l'Allemagne, la Suisse et l'Italie. Les deux premiers ont décidé de sortir du nucléaire à plus ou moins courte échéance. Le troisième a mis fin à son projet de relance d'un programme nucléaire prévu en collaboration avec EDF. Un autre pays a abandonné ses ambitions de renouvellement de son parc : les Etats-Unis, un marché que l'industrie française lorgnait avec appétit. L'accident japonais n'est pas seul responsable de ce choix américain, l'émergence des gaz et huiles de schiste y a rendu l'atome moins compétitif.

D'autre part, un grand nombre de pays continue à compter sur le nucléaire. L'anniversaire de Fukushima coïncide ainsi avec la première autorisation de construction nucléaire en Chine depuis 2011. Elle concerne deux réacteurs de 1000 MW de troisième génération, appelés ACPR1000. La Chine a pris le temps de revoir tous ses projets après l'accident mais n'a pas dévié sa trajectoire. Elle compte toujours tripler sa puissance installée en 20 ans pour passer d'environ 20 à 60 GW. D'autre pays lancent de nouvelles constructions comme la Russie, le Royaume-Uni (où EDF va bâtir deux EPR), la Turquie (où GDF Suez va opérer quatre réacteurs franco-japonais Atmea), etc.

Des pays pétroliers intéressés

De nouveaux pays veulent également intégrer le nucléaire à leur mix énergétique. Il s'agit en particulier des grands pays producteurs de pétrole. Ces derniers désirent limiter la consommation domestique de l'or noir (vendue à perte), en développant de vastes programmes nucléaires et renouvelables. Abu Dhabi s'est déjà lancé avec le constructeur coréen Kepco. L'Arabie Saoudite, quant à elle, prévoit un projet de 100 milliards de dollars pour bâtir 16 réacteurs. L'Algérie s'est, pour sa part, rapprochée de la Russie sur le sujet.

Où se situe dans la France dans ce panorama ? Les quatre années passées ont changé le paysage français. Il y a bien sûr le cas Areva qui, handicapé par des marchés atones et des difficultés à livrer ses grands contrats, se retrouve en très grandes difficultés financières, ébranlant toute l'équipe de France de l'atome. Mais au-delà des enjeux industriels, Fukushima a surtout permis à la France de délier les langues. Les deux ans de débat sur la transition énergétique, ainsi que les discussions à l'Assemblée Nationale et au Sénat ont prouvé que le nucléaire n'est plus un tabou. Le consensus est loin d'exister entre les différents bords mais la discussion existe.

La loi de transition énergétique, en partie fille de Fukushima, va acter la diminution de la part du nucléaire dans la production d'électricité de 75 à 50 % d'ici 2025... Dans le même temps, la ministre de l'Ecologie, du développement durable et de l'Energie, Ségolène Royal assure être en faveur de la prolongation de la durée du parc existant et favorable à la construction de nouveaux réacteurs. Les pro comme les anti-nucléaires, ne manquent pas de souligner l'antagonisme de ces deux volontés. Quatre ans après Fukushima, la France hésite encore...

Ludovic Dupin

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