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L'Usine de l'Energie

"Quand un économiste vous dit que tout va bien, sortez votre parapluie", rappelle Philippe Chalmin en présentant le Cyclope 2018

Myrtille Delamarche , , , ,

Publié le

Le président du Cercle Cyclope présentait le 16 mai à Paris la nouvelle édition du rapport sur les marchés de matières premières et commodités.

Quand un économiste vous dit que tout va bien, sortez votre parapluie, rappelle Philippe Chalmin (Cyclope)
L'équipe du Cercle Cyclope présentait le 16 mai à Paris la nouvelle édition du rapport sur les marchés de matières premières et commodités.
© Myrtille Delamarche

"Der Himmel lacht ! Die Erde jubilieret" (Le ciel rayonne, la Terre jubile). Le sous-titre du Cyclope 2018, en référence à la sonate éponyme de Jean-Sébastien Bach, célèbre le retour à la croissance économique mondiale et le rebond des marchés de commodités en 2017. Pourtant, "quand un économiste affirme que tout va bien, c’est le moment d’ouvrir votre parapluie", tempère Philippe Chalmin en référence à Irving Fisher, cet économiste américain resté dans l’histoire pour avoir prédit que les marchés actions américains avaient atteint un "plateau haut permanent" juste avant la crise de 1929. Le rapport Cyclope affiche donc, en contrepoint à ce sous-titre enthousiaste, un sous-bois entre ombre et lumière.

Plein soleil sur le pétrole et les métaux

"Une croissance économique mondiale qui frise les 4%", un "incroyable rebond des matières en 2017", oui la Terre jubile, décline Philippe Chalmin, "avant même les décisions de Donald Trump". Celles-ci et les autres désordres géopolitiques en cours constituant, rappelle le fondateur du Cercle Cyclope, le côté obscur de ce rebond. "L’an dernier, nous avions sous-titré le Cyclope ‘Vent d’est, Vent d’Ouest’. Les vents d’Est qui soufflaient sur les marchés sont venus de Chine, où Xi Jinping a levé les dernières barrières au pouvoir personnel érigées par Deng Xiaoping en repoussant la limite de durée au pouvoir, et de Russie, où Vladimir Poutine entame un nouveau mandat". L’élection de Donald Trump aux Etats-Unis constituant, quant à elle, plus une tempête qu’un vent d’Ouest.

Le Cyclope était bouclé en février, mais l’actualité du président américain continue à secouer les marchés. Entre la sortie des négociations sur l’accord Trans-pacifique et de l’accord de Paris, la renégociation de l’Alena dont la deadline est fixée au 17 mai, la guerre commerciale contre la Chine - d’abord sur l’aluminium et l’acier, qui a fait des victimes collatérales y compris parmi ses alliés, avant de s’étendre à la technologie chinoise -, et les mesures de rétorsion qui touchent les agriculteurs américains. La Chine a notamment annoncé sa volonté de réduire ses importations de soja américain.

Puis sont venues les sanctions contre les oligarques russes comme Oleg Deripaska, à la tête de Rusal, ce qui a fait flamber les cours de l’aluminium en mars. Et, enfin, la sortie de l’accord sur le nucléaire iranien, même si "je trouve les prévisions de retrait d’un million de barils par jour de pétrole iranien un peu hautes". Philippe Chalmin a donc choisi de titre "Trump unbound" (Trump déchaîné) son article sur le sujet.

Un nouveau marché de commodité, le gaz naturel liquéfié

Philippe Chalmin a également reconnu, dans son propos introductif, la pertinence des prévisions de Francis Perrin, auteur de la partie pétrole du Cyclope, qui l’encourageait à aller au-delà des 60 dollars le baril de Brent, auxquels il s’est accroché. La tendance actuelle se situant entre une moyenne de 70 dollars et des cours récents plus proches des 80 dollars.

Au chapitre énergétique, il salue l’apparition d’un nouveau marché de commodité, le gaz naturel liquéfié. Longtemps contraint par des contrats long-terme en raison du recours à des chaînes de transformation lourdes (liquéfaction, gazéification) sur des marchés immenses, le gaz s’est libéré avec l’apparition de petites unités de regazéification pour des marchés locaux. Ce qui lui redonne de la compétitivité face au charbon. Lequel a connu une très belle année 2017, et "mettra longtemps à décliner", sauf aux Etats-Unis où il est concurrencé par le gaz et en Europe, où ses acteurs "ont l’impression de travailler pour l’industrie du tabac" tant il est décrié, résume l’experte Sylvie Cornot-Gandolphe.

Les matières agricoles dans l’ombre de la mondialisation

"En 2017, nous avons enterré la Politique agricole commune". La formule de Philippe Chalmin est aussi lapidaire que provocatrice, et pourtant elle est juste, sur le fond. Il s’explique : "La philosophie de la PAC de ma génération était l’organisation des marchés agricoles, avec des prix régulés et stabilisés, à l’abri des tempêtes mondiales. " La fin des quotas sucriers en a fait disparaître le dernier pan. Aujourd’hui, les politiques agricoles sont délaissées par Bruxelles sans que les Etats s’en emparent forcément. Certains, comme la Chine, le font. En France, il va falloir concéder que "le modèle européen ne permet plus aux agriculteurs de gérer les risques de prix et de production."

Les bulles, enfin

Philippe Chalmin l’a nommée la "bulle du véhicule électrique". Elle fait référence aux hausses successives des prix du lithium - sans réelles raisons derrière au vu de la hausse prévue des capacités - et du cobalt, avec de bonnes raisons de criticité puisque celui-ci est produit pour plus de moitié en République démocratique du Congo. Mais elle concerne aussi le cuivre et le nickel, éminemment stratégique pour la France en vue du prochain réferendum en Nouvelle-Calédonie. "Il ne faut pas sous-estimer le rôle de la spéculation", enjoignent Philippe Chalmin et Yves Jégourel, désormais co-responsable éditorial du Cyclope.

Ils rappellent également l’extension de l’influence des marchés dérivés chinois sur les métaux. Ceux-ci étaient pourtant considérés comme exotiques, à leur fondation. Ils traitent désormais les plus gros volumes mondiaux et se sont ouverts à l’intervention d’étrangers.

Appelant à s’appuyer sur l’histoire, Philippe Chalmin conclut sur cette mise en garde. La fin du contre-choc est certes derrière nous, mais les phases de digestion précédentes des chocs avaient été beaucoup plus longues. Même si le numérique a accéléré les échanges et que les retournements géopolitiques sont plus rapides, "il ne faut pas oublier que dans la jubilation, il y a toujours un peu de folie".

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1 commentaire

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18/05/2018 - 22h24 -

Quand est ce que les princes qui nous gouvernent vont-ils comprendre que notre avenir dépend plus de notre capacité d'invention que de nos fournisseurs pour sortir définitivement des crises mondiales ? Ne plus dépendre des pays exportateurs c'est développer le stockage de masse énergétique qui renforcera l'action des renouvelables tout en supprimant l'intermittence et ainsi nous défaire définitivement de l'atome et des fossiles.
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