Quand Ségolène Royal trébuche sur le gaz de schiste

En commission publique à l’Assemblée nationale, la ministre Ségolène Royal a jugé que "les Etats-Unis reviennent du gaz de schiste". Une affirmation qui est loin d’être confirmée par les faits.

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Quand Ségolène Royal trébuche sur le gaz de schiste

Le mardi 7 juillet en séance publique à l’Assemblée nationale, la ministre de l’Ecologie, du Développement durable et de l’Energie est interrogée par le député UMP du Vaucluse Julien Aubert. Ce dernier évoque l’intérêt qu’il y aurait pour la France à étudier le potentiel de gaz et de pétrole de schiste. L’ex-élue de Poitou-Charentes lui répond : "Le gaz de schiste, je ne pense pas que ce soit une bonne piste dans la mesure où les Etats-Unis en reviennent. Une bulle spéculative sur la question de la recherche et de la production des gaz de schiste est en train de montrer qu’il y a un déséquilibre profond entre la lourdeur des investissements financiers et la rentabilité". Une réponse qui n’a pas manqué de surprendre.

Une production en constante hausse

Les Etats-Unis sont en effet loin d’avoir tourné le dos au gaz de schiste et aux hydrocarbures non conventionnels en général. Les chiffres de l’Agence Internationale de l’énergie (AIE), de l’office parlementaire d’Evaluation des choix scientifiques et technologiques (OPCEST) et de l’Institut Montaigne en témoignent. En 2012, les Etats-Unis ont produit 274 gigamètres cubes (Gm3) de gaz de schiste, soit 40 % de leur consommation nationale de gaz, les Etats-Unis étant le premier consommateur au monde. Ce volume devrait atteindre 405 Gm3 en 2030 et 477 GM3 en 2040.

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Les Américains, au début des années 2000, pensaient devoir importer d’importantes quantités de gaz de schiste pour répondre à leur besoin. La construction de terminaux pour débarquer le gaz naturel liquéfié était même largement initiée. Au rythme actuel, les Etats-Unis seront exportateurs net de gaz dès 2020. Le pays construit déjà les premiers sites de liquéfaction de gaz pour alimenter les marchés asiatiques. Enfin, il y a eu un effet notable sur l’investissement et l’emploi dans l’industrie, chimique et pétrochimique en particulier. Selon une étude du cabinet IHS, plus de 600 000 emplois liés au gaz de schiste ont été créés en 2012. Plus d’un million pourraient l’être en 2020 et près de 1,4 million en 2040.

Des pétroliers en manque de rentabilité

Donc, non, les Etats-Unis ne sont pas en train de se détourner du gaz de schiste. Quand la ministre fait allusion aux questions de rentabilité face aux investissements, elle évoque un problème spécifique des pétroliers. A partir de 2008, l’arrivée massive de gaz de schiste sur le marché fermé nord-américain a provoqué un effondrement des cours du gaz. Les prix sont devenus trop faibles pour rembourser les coûteux investissements d’exploration et de forage. En 2012, le PDG d’ExxonMobil expliquait que sa compagnie "était en train de perdre sa chemise" avec le gaz de schiste. Le PDG de Total, Christophe de Margerie, évoquait début 2013 des pertes sur ses champs aux Etats-Unis.

Cette faiblesse des prix de marché a surtout poussé à diminuer les investissements sur les champs produisant uniquement du gaz pour les concentrer vers ceux produisant du gaz et du pétrole, beaucoup plus rentables. Par ailleurs, la remontée des cours observée depuis quelques mois et qui se confirmera avec les premières exportations en 2015 ou 2016 devrait redonner des marges aux pétroliers. Tout l’art de l’administration américaine va être d’autoriser des volumes d’exportation suffisamment élevés pour satisfaire les pétroliers qui veulent vendre sur les marchés où le gaz est cher, mais suffisamment faibles pour que les prix restent bas en Amérique du Nord au bénéfice des industries énergivores.

Ludovic Dupin

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