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Quand les salariés prennent le pouvoir

Arnaud Dumas ,

Publié le

Les employés sont parfois les mieux placés pour racheter leur société. À condition de bien préparer la transmission et de veiller à un montage financier sain.

Quand les salariés prennent le pouvoir
Encouragés par leur ancien patron, les salariés de Setco ont repris leur entreprise.
© setco

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En partenariat avec Industrie Explorer

Les salariés sont-ils les meilleurs gestionnaires des entreprises ? C’est ce que semble penser le gouvernement, qui multiplie les initiatives en faveur de leur reprise par les employés. Une disposition de la loi sur l’économie sociale et solidaire, adoptée en première lecture par l’Assemblée nationale le 20 mai, prévoit un droit d’information des salariés de PME, au moins deux mois avant la cession. Un moyen de les encourager à prendre le pouvoir.

C’est l’option choisie par Bernard Rio, l’ex-propriétaire de 95 % du capital de Setco, un fabricant de menuiseries en aluminium situé en Seine-Maritime et affichant un chiffre d’affaires de 3,2 millions d’euros. « Je voulais céder la société aux salariés par conviction personnelle, affirme-t-il. Je trouve légitime qu’ils tirent les fruits de leur entreprise et participent à sa destinée. » Une initiative qui lui a pris deux ans : un an de réflexion pour trouver la bonne méthode, puis une année de mise en oeuvre de la transmission. Bernard Rio a d’abord proposé aux managers de racheter l’entreprise. Bertrand Challoy, le responsable de la production, avait alors décliné. « Je ne me voyais pas prendre la responsabilité seul et assumer tout le poids financier », explique-t-il. C’est donc le statut de société coopérative et participative (Scop) qui a été choisi. Cette forme juridique, dans laquelle les salariés doivent détenir la majorité du capital et des droits de vote, se distingue par sa gouvernance, chaque actionnaire salarié disposant d’une voix, et par l’affectation des résultats. Ceux-ci sont divisés en trois parts : 44 % sont reversés sous forme de participation aux salariés, 44 % sont placés en réserve pour consolider l’entreprise, le reste est distribué en dividendes.

Les salariés ne sont cependant pas des repreneurs comme les autres, ils doivent bénéficier d’une information particulière pour éclairer leur décision. Chez Setco, avant la cession, quatre réunions par groupes de cinq se sont tenues le soir, de 17 heures à 20 heures, pour expliquer en quoi consistait la transformation en Scop, quels étaient les risques, et pour donner quelques notions de comptabilité. « À l’issue, j’ai demandé qui était d’accord pour participer, déclare Bernard Rio. Sur les 28 salariés, 25 ont suivi ! » Bertrand Challoy, désigné pour assurer la gérance, suit une formation spécifique auprès de l’École supérieure des jeunes dirigeants du bâtiment. Bernard Rio demeurera, lui, deux ans dans l’entreprise en tant que cogérant, le temps de passer le relais.

Fixer un prix de reprise raisonnable

Déterminer la valeur de la société est un point délicat de la négociation entre les salariés et leur patron. « Il ne faut pas que le prix soit le premier motif pour le cédant, avance prudemment Patricia Lexcellent, la déléguée générale de la Confédération générale des Scop. Il faut fixer un prix raisonnable pour que cela soit atteignable. » Dans le cas de Setco, l’union régionale des Scop a servi d’intermédiaire pour estimer le prix et aider au montage financier. La partie financière est en effet cruciale dans le cas d’une cession aux salariés. « Il faut veiller à ce que l’endettement de la société reste normal au vu de ses capacités, pour que les remboursements ne contrarient pas les projets de l’entreprise », souligne Patrice Klug, associé fondateur du cabinet In Extenso finance & transmission. Pour les entreprises nécessitant trop de capitaux, la Scop ne sera pas la bonne solution : trop cher pour les salariés.

Pour Setco, la moitié de la somme est financée par un crédit vendeur, dont le délai de remboursement variera selon les résultats de l’entreprise. Par ailleurs, l’apport des salariés de 81 400 euros a été complété par un abondement presque à somme égale de la région, de quoi réduire le risque pour les employés. Enfin, le cash des salariés est apporté aux fonds propres de l’entreprise, qui a contracté un crédit d’acquisition pour rembourser le cédant. Un moyen de conserver de l’argent frais pour pérenniser l’activité.

Bpifrance prépare un fonds dédié aux Scop

La Banque publique d’investissement devrait lancer un fonds dédié à l’économie sociale et solidaire dans le courant de l’année. L’objectif est d’atteindre 100 millions d’euros, en faisant appel à d’autres investisseurs institutionnels. La Confédération générale des Scop (CG Scop) a déjà donné son accord et quelques banques mutualistes devraient suivre. Selon la CG Scop, ce fonds interviendrait en quasi fonds propres, pour des tickets pouvant atteindre 1 million d’euros.

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