Economie

Quand les salariés jugent leurs DRH, ils ne sont pas tendres

Christophe Bys , ,

Publié le

Une étude réalisée par Qapa sur la façon dont les salariés perçoivent leurs DRH a tout du réquisitoire. Les salariés trouvent les RH trop lointains et peu en prise avec leurs préoccupations. Les DRH, en devenant des business partners écoutés des Codir, ont-ils rejoint pour autant le côté obscur de la force ? Les salariés français le pensent.

Quand les salariés jugent leurs DRH, ils ne sont pas tendres © Fotolia

Va-t-il falloir refaire les cartes de visite et revoir la signalétique des bureaux, pour remplacer la "direction des ressources humaines" par une "direction des ressources humaines pas très humaine" ? On serait tenté de le croire à la lecture de l'étude réalisée (*) par le site d'emplois Qapa.fr. En effet, 84 % des femmes et 79 % y répondent que, selon eux, les RH ne sont plus humaines dans leur entreprise. 

Les pourcentages sont de la même ampleur pour ce qui concerne la satisfaction des salariés vis-à-vis des DRH. 78 % des femmes et 71 % des hommes répondent que le DRH de leur entreprise ne répond pas à leurs attentes. Quasiment la même proportion (79 % et 78 %) répond qu'elle n'est pas satisfaite de la politique de ressources humaines menées par les entrepises. 

Le DRH ce fantôme dont on parle mais qu'on ne voit jamais

C'est que les salariés considèrent que les RH ne s'intéressent pas assez à eux.  Ainsi, 84 % des personnes interrogées pensent que leur DRH est davantage au service de la direction que des salariés (seulement 16 % font cette réponse). 

Ce sentiment d'abandon, semble s'expliquer par leur expérience personnelle. 78 % des femmes et 73 % des hommes estiment que leur DRH manque d'écoute et 76 % des femmes et 79 % des hommes considèrent que les DRH ne sont pas assez disponibles pour suivre leur carrière. 

Et moi et moi et moi  ?

Une autre preuve de la désaffection des DRH pour les salariés vient de leur relative invisibilité. 49 % des salariés déclarent ne jamais voir leur DRH et 43 % le voient une à trois fois par an. Or, ils aimeraient le voir beaucoup plus. Si 5 % des femmes et 14 % disent qu'ils voudraient ne le voir jamais, 59 % des premières et 36 % des seconds répondent qu'ils aimeraient le voir 1 à 3 fois par an. 16 et 29 % des mêmes groupes voudraient le voir 4 à 6 fois. Ainsi, il semblerait que les salariés français reprochent à leur DRH de ne pas assez s'occuper d'eux, de ne pas être assez disponible, un peu comme des amoureux qui attendaient beaucoup de l'autre et qui réalisent qu'il n'est pas à la hauteur. 

Alors qu'en est-il de la vision des salariés à propos de la place occupée par le DRH dans l'entreprise ? L'enquête montre qu'ils semblent conscients du rôle important joué par le DRH.  Ainsi, 52 % des hommes (mais seulement 32 % des femmes) pensent que la fonction RH est de plus en plus importante. 46 % des femmes jugent que cette influence n'évolue pas du tout "ni en bien ni en mal" (sic). Surtout 78 % des femmes et 71 % des hommes répondent que la fonction RH contribue au succès d'une entreprise. 

les DRH ont-ils perdu le lien avec le terrrain ? 

L'image des RH est mise à mal par cette étude qui rappelle surtout toutes les ambiguités de la fonction RH. Très attendue des salariés, elle est considérée comme trop proche de la direction.

Comme le rappellent les études régulières menées par la Cegos à ce sujet, les RH qui répondent avoir choisi cette voie en raison de la dimension humaine, pour faire du développement humain, se retrouvent comme piégées par le mouvement parallèle opéré par les DRH pour devenir des business partners, présents au Codir et traités à l'égal des autres grandes fonctions de l'entreprise.

Récemment, l'étude de rémunération annuelle de Robert Walters indiquait que la direction RH était celle qui avait obtenu la plus forte augmentation ces dix dernières années rejoignant ses homologues. Si la DRH a gagné en influence dans les étages directoriaux, l'a-t-elle dès lors fait en perdant la confiance de la base ?   Cela pourrait poser un problème majeur aux entreprises dans les années à venir, qui vont se retrouver sans interlocuteur avec leurs salariés, qui, par ailleurs, répètent, sondage après sondage, leur peu de confiance pour les organisations syndicales ? Peut-il y avoir un dialogue de qualité dans les entreprises dans ces conditions ? 

(*) Sondage effectué auprès de 19.300 personnes sur Facebook représentatives de la population nationale française entre le 6 et 15 février 2017. profils des personnes interrogées : 50% non-cadres et 50% cadres. Toutes les informations mises en avant sont déclaratives.

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