Quand les pouvoirs publics misent sur une entreprise chinoise pour rénover l'éclairage urbain

Le lancement du chantier d'une usine de LED par le chinois Inesa-Shenan en présence de Manuel Valls suscite la colère d'une PME voisine, qui s'indigne du "soutien démesurée" des pouvoirs publics à ce concurrent. Derrière la polémique, un marché prometteur mais gourmand en capitaux : la rénovation de l'éclairage public.

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Manuel Valls lors de la pose de la première pierre - CC Twitter

Que penser de la pose de la première pierre de l'usine d'ampoules LED du chinois Inesa (Shenan Group) hier, lundi 21 mars, près de Verdun (Meuse), en présence du Premier ministre en personne ? On peut se féliciter, alors que François Hollande réunit, ce 22 mars, 26 grands patrons étrangers pour un Conseil stratégique de l'attractivité, d'un investissement de 100 millions d'euros qui promet 200 à 300 emplois et témoigne de l'attractivité de la France.

On peut aussi louer l'activisme des pouvoirs publics, qui, de François Hollande au président du conseil départemental de la Meuse, en passant par Manuel Valls et Ségolène Royal, ont multiplié rencontres et visites avec les dirigeants de Shenan et de sa maison mère, le groupe Shanghai Feilo Acoustics, dont le premier actionnaire est la municipalité de Shanghaï.

On peut enfin s'indigner avec la PME Eclatec, voisine de la future usine d'Inesa, "du soutien démesuré des autorités à un entreprise chinoise", qui, en outre, "vend des produits largement inspirés des nôtres et de ceux d'autres industriels occidentaux", s'irrite un porte-parole de l'entreprise. Et de dénoncer "le rôle de représentant de commerce joué par les pouvoirs publics au bénéfice d'Inesa".

Conventions et rencontres grâce aux autorités

La lecture de l'Est Républicain permet d'apprécier l'efficacité de l'action publique : signature d'une convention entre Shenan et la Fuclem - qui gère le réseau électrique meusien –, rencontre avec le dirigeant de Citelum, filiale d'EDF spécialiste de l'éclairage des villes, visite de la ministre de l'Environnement Ségolène Royal sur le stand de Shennan lors de la COP21, jusqu'à la venue Manuel Valls hier...

La rénovation de l'éclairage public est le moteur affiché de cet activisme. Selon le Syndicat de l'éclairage, les trois quarts des 9 millions de points lumineux qui éclairent les villes françaises auraient besoin d'être renouvelés. Cela représente des investissements conséquents, mais "la très faible consommation énergétique des LED et leur longue durée de vie permettent d'espérer des retours sur investissement de 6-7 ans", explique un porte-parole du syndicat.

Alors que la moitié de la facture d'électricité des communes est due à l'éclairage et qu'un montant équivalent est dépensé pour la maintenance des vieux lampadaires, passer aux LED générerait des économies appréciables pour les villes. Reste qu'il faut être capable d'investir au départ. "Nous essayons depuis longtemps de sensibiliser le gouvernement à cette question, pour mettre en place des aides financières pour les communes, mais nous n'avons guère été entendus", déplore le porte-parole du syndicat.

Fonds de 3 milliards d'euros promis par le chinois

Le chinois Shenan a été, lui, entendu. Peut-être parce qu'il a notamment promis lors de la COP21 la création d'un fonds de 3 milliards d'euros précisément dédié au financement de la rénovation de l'éclairage des communes. De quoi financer tout ou partie d'un projet puis de se rémunérer sur les économies d'énergie réalisées sur plusieurs années. De quoi aussi disposer d'un atout compétitif de taille vis-à-vis des autres industriels de l'éclairage.

Avec 250 salariés répartis entre ses sites de Maxeville (Meurthe-et-Moselle) et à Mirecourt (Vosges), Eclatec et sa "soeur" Metalec, toutes deux filiales du groupe de fonderie GHM, travaillent exclusivement pour l'éclairage urbain. Une cinquantaine de leurs salariés manifestaient hier lors de la cérémonie de lancement du chantier de l'usine d'Inesa, rapporte l'Est Républicain, qui retient le libellé d'une banderole : "Pose de la première pierre tombale de l'industrie française ?"

Manuel Moragues

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