Quand les magnats russes s'engraissent sur le dos de l'embargo alimentaire

L'embargo russe, qui interdit depuis le 7 août dernier l'importation de nombreux produits en provenance des Etats-Unis, de l'Union européenne, d'Australie, du Canada et de Norvège, profite à un groupe d'hommes d'affaires du secteur agroalimentaire et qui ont leurs entrées au Kremlin. Certains sont d'ailleurs des proches du président Vladimir Poutine.

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Quand les magnats russes s'engraissent sur le dos de l'embargo alimentaire

L'embargo imposé par la Russie sur les importations alimentaires en provenance de l'Occident fait les affaires d'un groupe d'hommes d'affaires qui ont leurs entrées au Kremlin.

La Russie interdit depuis le 7 août l'importation de fruits, de légumes, de viandes, de poissons, de lait et de produits laitiers en provenance des Etats-Unis, de l'Union européenne, d'Australie, du Canada et de Norvège.

Cet embargo, dont la durée est d'un an, a été décidé en réponse à la nouvelle série de sanctions infligées par les Etats-Unis et l'Union européenne à Moscou en raison de son rôle dans la crise Ukrainienne.

Les autorités ont beau chercher à limiter les effets de son embargo - comme par exemple en autorisant la Biélorussie et le Kazakhstan à exporter vers la Russie des denrées alimentaires issues de produits de l'agriculture occidentale - les prix de certains aliments se sont envolés.

Une poissonnerie pour moitié détenue par le gendre d'un ami de Vladimir Poutine et deux producteurs de viande de l'entourage président russe constatent tous une vive hausse de la demande pour leurs produits.

Reuters n'a trouvé aucun élément suggérant que l'embargo avait été mis en place dans le but de donner un coup de pouce à certains producteurs en particulier ni que des personnes ont joué de leur influence pour exhorter le gouvernement à décider de bannir les importations occidentales.

Mais les magnats du secteur alimentaire vont connaître une période faste.

"Les prix du gros ont déjà augmenté. Cette situation leur rapporte déjà", a dit à Reuters Sergueï Lisovsky, un ancien nabab du secteur devenu sénateur.

Les autorités russes avaient mis en garde les producteurs russes contre les hausses du prix à l'occasion de l'embargo. Mais, dans les jours qui ont suivi sa mise en place, le prix de saumon a pu bondir jusqu'à 60%, se retrouvant à plus de 22 dollars (16,6 euros) le kilo dans certains magasins.

D'après certains distributeurs, le prix de boeuf et du fromage devraient également monter d'au moins de 30% puisque les importations de ces produits couvraient entre 30% et 50% de la consommation locale.

LE PRÉCÉDENT DE L'EMBARGO SUR LES POULETS AMÉRICAINS

L'action de la poissonnerie Russkoe More a quelque 23% le jour de l'annonce de l'embargo puis encore près de 19% le lendemain. Le cours s'est tassé depuis mais il reste en hausse de plus de 6% par rapport à son niveau d'avant l'embargo.

Guennadi Timchenko, ami de Vladimir Poutine et homme d'affaires, avait pris une participation de 30% dans Russkoe en 2011, faisant le pari d'une hausse de la demande pour le saumon.

A la suite de la première salve de sanctions prises en mars par les Etats-Unis à l'encontre de certaines personnalités et sociétés russes, Guennadi Timchenko a cédé sa participation à son gendre.

Le producteur de viande Ros Agro va également profiter de l'embargo sur les importations, a déclaré Maksim Basov, directeur général de la société.

Cette dernière avait fondée par l'homme d'affaires Vadim Moshkovich. Il en a transféré la propriété à sa famille après être devenu sénateur en 2006 en tant que membre du parti Russie unie, le parti au pouvoir présidé par le Premier ministre Dimitri Medvedev.

Miratorg, premier producteur de viande de porc en Russie avec un chiffre d'affaires de 1,5 milliard de dollars, a reçu, fait rare dans le secteur agro-alimentaire, de substantiels prêts de l'Etat.

Sergueï Lisovsky, qui a fait fortune dans la publicité, estime que l'embargo ne peut être que bénéficiaire pour la Russie.

"Est-ce que la Russie va perdre quelque chose ? Je ne vois aucun point négatif", a-t-il dit tout en proposant à des journalistes des fruits et de légumes venus, selon lui, du Tadjikistan, d'Iran, de la Turquie ou de l'Ouzbekistan.

Sergueï Lisovsky a pu par le passé profiter de mesures de rétorsion commerciales. Quand, dix ans auparavant, la Russie avait banni les importations de poulets américains en raison à des sanctions de Washington visant l'acier russe, il avait justement investi peu avant dans des batteries de poules.

Avec Reuters (par Maria Kiselyova et Olga Sichkar)

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