Economie

Quand le conseiller social de l’Elysée sermonne (gentiment) le Medef

Christophe Bys ,

Publié le

Raymond Soubie est un homme discret. Prenant la parole lors du colloque organisé par Laurent Wauquiez, il a souhaité une ouverture de négociations entre les partenaires sociaux sur la répartition des profits. Inquiet des risques de coupures entre le peuple et les élites, il leur a rappelé leur devoir d’exemplarité

Quand le conseiller social de l’Elysée sermonne (gentiment) le Medef © Luc Perenom

Le ton est courtois, le propos posé, à tel point qu’il fallait être attentif pour entendre Raymond Soubie, le conseiller social du président de la République, tirer les oreilles de Laurence Parisot, la patronne du Medef. Assise au premier rang, la présidente du Medef se préparait à participer à une table ronde sur le thème de « l’éthique de responsabilité pour les entreprises », dans le cadre d’un colloque organisé par le secrétaire d’Etat à l’Emploi, Laurent Wauquiez. Le titre de la demi-journée de réflexion : « après la crise, les nouvelles frontières du social », quasiment un thème pour la campagne de 2012.

Homme discret, Raymond Soubie répond rarement aux journalistes et prend aussi peu souvent la parole en public. Raison de plus pour l’écouter quand il indique à Laurence Parisot que « ce serait bien d’avancer » sur le problème du partage des profits entre salariés actionnaires et investissement. Il a d’ailleurs moqué l’état intermédiaire inventé par le Medef : la délibération sociale, « une situation où on ne refuse pas la négociation sans l’ouvrir vraiment », a-t-il expliqué en substance. Il a appelé à l’ouverture de vraies négociations sur le sujet. Cependant, interrogé par nos confrères de l’AFP à l’issue de la réunion, Monsieur Soubie n’a pas souhaité donner de délai pour le début de la négociation.

Des élites irréprochables

Pourtant, le juste partage des profits fait partie des trois dossiers identifiés comme clé pour définir les nouvelles frontières du social. Ainsi, le vieux routier de la négociation sociale a aussi insisté sur l’exemplarité « des élites politiques et économiques ». A cet effet, il a cité l’empereur Auguste qui demandait aux sénateurs romains de ne pas porter de trop luxueuses toges. A plusieurs reprises, le conseiller social a évoqué le risque d’un « rejet profond des élites », si ces dernières ne sont pas exemplaires.
Troisième pilier des nouvelles frontières évoqué par le conseiller social: des relations sociales exemplaires. Fort de son expérience, il a ironisé sur deux façons de réformer inefficaces : le passage en force et le grand discours. Le dialogue est selon lui préférable. A cet égard, il a défendu la loi sur la représentativité syndicale. « Ce n’est pas une affaire de réduction du nombre de syndicats, comme je le lis parfois, a-t-il indiqué, [mais d’avoir des syndicats qui tirent] leur légitimité du terrain ».

Christophe Bys



Les cotisations sociales bientôt fiscalisées...

Le colloque organisé par Laurent Wauquiez était l’occasion de faire le tour des questions sociales. Confrontant experts et ministres, de droite et de gauche, la tonalité était plutôt UMP, le mot de la fin revenant à Xavier Bertrand plutôt qu’à Martine Aubry. Côté majorité, plusieurs invités ont estimé qu’il faudrait revoir le mode de financement du système de protection sociale français, qui repose aujourd’hui sur des cotisations sociales et patronales. A commencer par le conseiller spécial du président de la République, Henri Guaino : pour lui, la crise financière a montré les limites du recours généralisé à des assurances privées. Il prévient cependant qu’il va falloir revoir le mode de financement, évoquant une fiscalisation des recettes de la protection sociale. Raymond Soubie a aussi évoqué la nécessité de débattre de cette évolution. Reconnaissant le rôle positif du système social français – tandis que les échecs du modèle britannique étaient pointés – il a estimé qu’il faudrait une fois la crise passée « rechercher les conditions de la pérennité de notre système social.»

Pour cela, recréera-t-on le Commissariat général au Plan ? Henri Guaino et Jean-Claude Mailly de F.O. étaient d’accord pour regretter la disparition d’une institution, où Etat, salariés et entreprises pouvaient débattre de l’avenir en toute quiétude.



 

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