Economie

Quand le Brésil protège son industrie et relance sa compétitivité

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La première économie d’Amérique du Sud multiplie les signes de protection de son industrie nationale depuis le début de la semaine. Avec des victimes collatérales, comme le ministre de la Défense contraint de démissionner le 5 août face aux critiques.

Quand le Brésil protège son industrie et relance sa compétitivité © DR

"Insoutenable". C’est par cet adjectif que les analystes politiques qualifient la situation du ministre brésilien de la Défense, Nelson Jobim. Il a présenté sa démission le 5 août face aux critiques multiples à l’encontre du gouvernement de la présidente Dilma Rousseff depuis quelques jours.

Cette démission pourrait être une mauvaise nouvelle pour le groupe français Dassault dans la course à la vente des avions de chasse. En effet, le ministre semblait avoir une préférence pour le français, en lice face à Boeing et au suédois Saab dans le dossier.

Plus globalement, ce qui inquiète tant le fonds monétaire international que les pays collaborant avec le Brésil, comme la France, ce sont les quelques annonces visant à protéger l’industrie nationale du pays, au détriment des importations.

"Le Brésil plus grand"

Notamment, la présidente brésilienne Dilma Rousseff a annoncé le 2 août un vaste programme "Brasil Maior" de 17,58 milliards d’euros. L’objectif étant de renforcer la compétitivité du pays, mise à mal par l’appréciation du real face au dollar. En effet, les Etats-Unis et la Chine ont récemment déprécié leur monnaie, entraînant une forte hausse du real, monnaie la plus surévaluée au monde, et une stagnation de la production industrielle locale.

"Aujourd'hui plus que jamais, il est important de protéger l'industrie brésilienne et nos emplois de la concurrence déloyale et de la guerre des monnaies qui réduit nos exportations et, ce qui est plus grave encore, vise à fragiliser notre marché interne", estime-t-elle. Par concurrence déloyale, le gouvernement brésilien vise notamment les mesures mises en place par les pays développés pour conquérir des marchés en expansion comme le Brésil.

Encourager la technologie

D’ici à 2014, le gouvernement souhaite que la part du Brésil passe de 1,36% à 1,60% dans les exportations mondiales. Pour ce faire, le plan prévoit des encouragements aux investissements dans le domaine de la technologie et des exonérations d’impôts allant jusqu’à 11 milliards d’euros sur deux ans, notamment dans les industries de la chaussure ou des logiciels. Par exemple, le programme table sur une progression de l’industrie de haute technologie produite dans le pays de 30,1% à 31,5% du PIB d’ici à 2014. Le gouvernement veut par ailleurs quadrupler le nombre de chercheurs pour protéger le commerce.

Des mesures contre la concurrence déloyale dans les importations et des encouragements à l'exportation sont également prévues. Selon le ministre de l'Industrie et du Commerce, Fernando Pimentel, "la tolérance sera zéro pour tout type d’importation frauduleuse ou de piratage".

Autre mesure : un décret précise que pour chaque contrat public, au moins 25% des produits et services devront être nationaux. Une mesure souhaitée par les industriels nationaux à quelques années de la Coupe du monde de football en 2014 et des Jeux olympiques de 2016.

Il est aussi prévu que le gouvernement restitue l'équivalent de 3% de leurs ventes à l'étranger aux exportateurs, et que les producteurs de biens de capitaux, matériaux de construction, camions, et véhicules de commerce soient exemptés d'impôt sur les produits industriels.

"Cordon sanitaire"

Parallèlement à l’annonce de ce plan, le ministre des Finances, Guido Mantega, a précisé que le gouvernement était préoccupé par la crise des dettes en Europe et aux Etats-Unis. Il entend donc se protéger en mettant en place un "cordon sanitaire". L’objectif est surtout "d’éviter les répercussions de la crise, avec une entrée massive de capitaux étrangers attirés par les taux d’intérêts élevés, réduisant là encore la compétitivité locale".

Face à ces annonces, le Fonds monétaire international a incité le Brésil à accorder la plus grande attention aux risques financiers du fait du rythme d’expansion du crédit et de sa dépendance aux investissements étrangers.

En 2010, le Brésil a enregistré une croissance de 7,5%. Malgré le ralentissement mondial, le FMI table sur au moins 4% de croissance pour cette année.

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