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Quotidien des Usines

Quand la technologie assiste les médecins

Publié le

La baisse du nombre de praticiens n'est pas une fatalité. Pour faciliter l'accès à certains spécialistes ou à certains soins, les industriels multiplient les produits et services permettant d'exercer la médecine à distance.

Faut-il y croire ? Créé en 2009 pour relancer, entre autres, le projet de dossier médical personnel informatisé (DMP), l'Agence des systèmes d'information partagés de santé (Asip Santé) annonce les premiers DMP pour fin 2010. Au mois de mars dernier, l'Agence a sélectionné le consortium mené par La Poste et Atos * pour héberger les DMP. Le coût d'exploitation de ces dossiers devrait être maintenu en dessous de 1 euro par an. « Dans une première phase de 2010 à 2013, nous allons enrichir les DMP avec le dossier pharmaceutique, les comptes-rendus d'hospitalisation, les radios, les analyses biologiques. Nous travaillons avec tous les acteurs concernés afin de coordonner les systèmes d'information avec un même niveau de sécurité », explique Jeanne Bossi, la secrétaire générale de l'Asip Santé. Pour l'identifiant national de santé, un identifiant provisoire, calculé à partir d'éléments de la carte vitale, est mis en place cette année. Avant de passer à un identifiant aléatoire plus sécurisé en 2012/2013. .

* La Poste, Atos, Santeos (filiale d'Atos), Extelia, HSC, Softway Medical Services et Evalab

- 2,6 millions de Français ont des difficultés d'accès aux soins.

- En 2025, il y aura 1 médecin pour 354 habitants, contre 1 pour 296 aujourd'hui.

- 215 milliards d'euros ont été dépensés pour la santé en 2009 (11 % du PIB). Le suivi à distance éviterait des consultations et des hospitalisations.

Quel est l'apport des technologies de l'information en santé ?

Des remboursements de la sécurité sociale à l'imagerie médicale, aucun pan du système de santé n'échappe aux technologies de l'information (TIC). De la même façon, il n'y a pas une seule TIC (informatique, réseaux...) qui n'ait une application en santé. Ces technologies peuvent aider à améliorer les soins tout en maîtrisant les coûts.

Quelles formations spécifiques proposez-vous ?

En septembre 2010, nous ouvrons deux formations dédiées au domaine des TIC et de la santé. La première à Montpellier, dans le cadre de l'Institut Télécom, s'adresse aux étudiants de troisième année. Elle est le fruit d'une coopération avec l'Ecole des mines d'Alès et les universités de Montpellier I et II. La seconde, dans le cadre de ParisTech, est un master de bio-ingénierie avec une spécialité bio-imagerie, qui s'adresse aux ingénieurs ou aux médecins. Cette formation est mise en place avec l'université Paris Descartes (Paris V).

Quelles activités de recherche avez-vous dans ce domaine ?

Depuis plus de quinze ans, nous avons des projets de recherche en imagerie médicale, sur le traitement de l'image, pour qualifier les tumeurs ou pour suivre leur évolution. L'imagerie est de plus en plus utilisée dans le diagnostic. Et aujourd'hui, avec les infrastructures de réseaux, de très gros volumes de données peuvent se partager. Ce qui ouvre des opportunités en e-santé.

Près d'une vingtaine de PME françaises ont développé des outils de télémédecine et attendent qu'un véritable marché se crée. Elles lorgnent toutes sur un déploiement national, et même international pour les plus avancées. En voici, trois exemples.

Covalia, une mallette de télédermatologie

Voici le dernier-né de la PME de Besançon (Doubs), Covalia : une mallette de télédermatologie. L'infirmière insère la carte vitale du patient et ouvre son dossier informatisé. Les photos des plaies y sont insérées et envoyées à un dermatologue expert. Le diagnostic est donné sous quarante-huit heures, accompagné ou non d'une prescription médicale. « L'expérimentation a été lancée en février dernier. Ce système permet d'éviter les deux mois et demi d'attente dans la région avant d'obtenir un rendez-vous avec le centre des plaies », explique Eric Garcia, le PDG et fondateur de Covalia (15 salariés). Fin 2011, l'expérimentation technique et économique devrait être terminée. Créée en 2007, Covalia a commencé par commercialiser un outil de prise en charge à distance des accidents cardiovasculaires cérébraux.

Voluntis, un logiciel pour gérer son diabète

Le produit développé par Voluntis, basée à Suresnes (Hauts-de-Seine), en partenariat avec le Ceritd (Centre d'études et de recherche pour l'intensification du traitement du diabète) est un carnet électronique de suivi du diabète. Baptisée Diabeo, cette application, installée sur son mobile ou son ordinateur, permet au patient de suivre quotidiennement sa glycémie, son activité physique et ses repas. Et le logiciel lui propose la dose d'insuline adéquate. La PME a validé son innovation par cinq années d'essais cliniques menés sur 200 patients. Elle a ainsi démontré l'intérêt de Diabeo pour le patient (amélioration de son équilibre glycémique), mais également sa capacité à induire des économies (moins d'arrêts de travail et de frais de déplacement). Sa commercialisation est prévue en France en 2011. Mais Voluntis espère décrocher une prise en charge par l'assurance maladie.

Diatelic, la télémédecine sur mesure

Créée en 2002, l'entreprise lorraine Diatelic (4 personnes) a développé une application sur internet de télésurveillance médicale de l'insuffisance rénale. Le patient entre quotidiennement ses données (paramètres de dialyse, poids, tension...) et le médecin est alerté en cas d'aggravation de l'état de santé. Diatelic propose aujourd'hui ce savoir-faire d'analyses de données sophistiquées en cardiologie ou en transplantation, selon la demande des médecins. « Nous développons des systèmes experts d'aide au diagnostic en collaboration avec les médecins. Les données sont hébergées sur nos serveurs et nous gérons les alertes », indique Luis Vega, le dirigeant et cofondateur de Diatelic. Ce logiciel spécifique s'interface avec les dossiers patients des structures hospitalières.

Un patient sous dialyse qui entre son poids, sa tension et d'autres données sur une tablette intelligente, un autre équipé d'un pacemaker dont les enregistrements sont transmis chaque nuit par un boîtier posé sur sa table de nuit, une image analysée par un radiologue installé à plusieurs centaines de kilomètres... La télémédecine fait ses premiers pas aujourd'hui en France. Et elle a tout pour devenir un standard du XXIe siècle ! Selon Odile Corbin, la directrice générale du Syndicat national de l'industrie des technologies médicales (Snitem), « les technologies existent, avec des dispositifs médicaux communicants, des capacités de transmission de données rapides et sécurisées, des moyens de stockage adéquats ». Et la volonté politique aussi. Pour la première fois, la définition d'un cadre de développement figure dans la loi Hôpital, Patients, Santé et Territoire (HPST), dont les décrets devraient sortir dans les prochaines semaines. « Pour répondre aux défis posés par le vieillissement de la population, la montée des maladies chroniques, la baisse de la démographie médicale et la maîtrise des coûts, je ne vois pas d'autres solutions que les télécommunications et l'informatique pour s'en sortir », lance Thierry Zylberberg, le patron d'Orange Healthcare, l'un des opérateurs européens les plus avancés en e-santé.

DES EXPÉRIMENTATIONS PARTOUT DANS LE MONDE

Même si quelques freins restent à lever - notamment la rémunération de ce type de consultation et le partage des responsabilités de chaque intervenant -, les grands de l'électronique tels Philips, Siemens, GE Healthcare ou encore Toshiba affichent leurs ambitions dans ce domaine. Ils ont tous lancé des entités dédiées au développement des technologies de l'information dans la santé. Ils jouent les rôles d'intégrateurs et multiplient les expérimentations au niveau mondial. Ainsi, en février, GE Healthcare a annoncé avoir complètement intégré ses solutions d'échanges de données santé avec celles du groupe allemand ICW, spécialisé dans le déploiement des technologies de l'information en santé. En novembre 2009, c'est Philips qui signait un accord de cinq ans aux Pays-Bas avec Achmea Health, la plus grande société d'assurance santé du pays, pour développer le suivi des maladies chroniques à domicile et limiter les déplacements à l'hôpital et les hospitalisations.

Les grands groupes qui proposent des solutions de partage et d'échange de données médicales répondent à des besoins qui ne cessent de s'accroître. Les diagnostics sont de plus en plus élaborés et demandent l'intervention de plusieurs spécialistes pour analyser les données. Il devient, dès lors, plus simple de se retrouver virtuellement que physiquement. Autre raison qui pousse au développement de la télémédecine : la démographie médicale. Les patients de certaines zones géo-graphiques n'ont tout simplement plus accès aux spécialistes. Le diagnostic à distance constitue une manière plus simple d'accéder à leur expertise.

Dans ce domaine, la radiologie a clairement pris de l'avance. Grâce au développement des réseaux IP, à l'amélioration de la définition des images et des technologies de cryptage (pour la confidentialité), cette discipline peut facilement se pratiquer à distance. Des entreprises, pour combler les manques de certaines zones géographiques, se sont même spécialisées dans une offre d'experts radiologues, comme la société francilienne Compagnie générale de téléradiologie (CGTR ). Elle rassemble virtuellement des radiologues privés inscrits au conseil de l'ordre et capables de répondre à une demande de diagnostic 24h/24 et 7 jours sur 7. Une entreprise de Besançon (Doubs), Covalia a, quant à elle, développé un système pour la prise en charge des accidents cardiovasculaires. Les clichés réalisés par le médecin urgentiste sont envoyés à un neurologue qui pose son diagnostic à distance.

DE MULTIPLES SPÉCIALITÉS MÉDICALES CONCERNÉES

Avec ces nouvelles technologies, les patients vont aussi avoir la possibilité d'échanger directement avec un praticien situé à distance. C'est en tout cas le sens de la solution commercialisée depuis le 1er mars par Cisco et expérimentée depuis sept mois par le service de gériatrie de l'hôpital Vaugirard de Paris, en lien avec les spécialistes de l'hôpital Georges Pompidou. Le patient âgé, au lieu de se déplacer, s'installe dans une salle de consultation presque classique, au sein de son hôpital. Un aide-soignant l'attend et il voit sur un écran le spécialiste. Celui-ci a accès au dossier du patient et reçoit sur son écran les clichés ou les données des examens réalisés par l'équipe locale. « Nous avons recréé la consultation physique par l'intermédiaire d'écrans de haute définition, de caméras intégrées et d'appareils médicaux communicants », explique Corinne Marsolier, la directrice de l'équipe Internet Business Solutions Group de Cisco. En quelques mois de pratique, les professionnels se sont appropriés ce nouvel outil. Près de seize spécialités ont été sollicitées à l'hôpital Georges Pompidou. Et à l'hôpital Vaugirard, deux aides-soignantes sont devenues des assistantes de télémédecine.

A Saint-Brieuc (Côtes-d'Armor), une autre application de ces systèmes de visioconférence est mise en oeuvre par l'entreprise américaine Polycom. En collaboration avec NexesVisio, elle a installé une téléassistance avec l'unité de dialyse médicalisée du centre hospitalier de Lannion, distant de 70 kilomètres. Patients et médecins échangent en visioconférence. « Nos stations mobiles disposent de communications audio et vidéo et de partage d'images haute définition. Elles sont développées en utilisant les standards du marché, afin de pouvoir se connecter à tout l'équipement médical nécessaire », explique Francesco Serra, le vice-président Europe du Sud de Polycom. L'entreprise investit plus de 17 % de son chiffre d'affaires en R et D afin d'améliorer sans cesse la qualité du son, de l'image et la fiabilité des réseaux. Ses solutions de télémédecine, élaborées avec Orange Business Services, sont utilisées également en Midi-Pyrénées, une région très étendue, avec des zones géographiques difficiles d'accès, où près de 50 hôpitaux (30 spécialités) sont déjà connectés.

PROUVER QUE LE PRODUIT GÉNÈRE DES ÉCONOMIES

Malgré toutes ces initiatives, la mise en place de la télémédecine est lente. « Elle ne représente en France que 5 % des pratiques médicales, contre 19 % en Allemagne et 28 % aux Etats-Unis. Nous sommes plutôt en retard », reconnaît Odile Corbin, du Snitem. Son instauration bute encore sur des obstacles. D'abord, l'industriel ne doit pas seulement démontrer l'intérêt de son produit pour les patients et pour les médecins. Il doit également fournir des données prouvant qu'il génère des économies pour le système de santé. D'après le calcul de Diatelic, une entreprise lorraine, qui commercialise des logiciels de télémédecine, les patients traités par dialyse péritonéale à domicile et suivis par leur système de télésurveillance consomment moins de médicaments antihypertenseurs et sont deux fois moins hospitalisés. Les économies globales sont estimées par l'entreprise à 10 000 euros par an et par malade. Mais pour arriver avec des dossiers bien ficelés et obtenir la prise en charge du service par l'assurance maladie, les essais cliniques sont conséquents.

Autre frein : l'installation de la télémédecine impose de réfléchir à une nouvelle organisation des professionnels de santé. Lorsqu'un médecin consulte ses e-mails et regarde les données pour chacun de ses patients suivis à domicile, comment facturer cet acte ? Comment redéfinir les rôles des infirmiers, aides-soignantes et médecins au sein de ces réseaux de télémédecine ? Une partie des réponses devrait être donnée dans les décrets d'applications sur la télémédecine de la loi HPST. Les industriels s'activent en tout cas en coulisse pour que leurs technologies soient reconnues comme les dispositifs médicaux du XXIe siècle.


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