Quand la France qui roule enfile son gilet jaune

Près de 300 000 gilets jaunes dans les rues et sur les routes et des accidents graves, dont la mort d’une manifestante… Le gouvernement va devoir répondre à la colère d’une France péri-urbaine et périphérique qui se sent abandonnée.

Analyse de Pascal Gateaud, rédacteur en chef de L'Usine Nouvelle

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Quand la France qui roule enfile son gilet jaune
Près de 300 000 gilets jaunes ont manifesté dans les rues et sur les routes en France samedi 17 novembre, comme ici en Moselle.

Une France au ralenti. Pour éviter d’être piégés dans des opérations escargots, voire bloqués pendant des heures à un rond-point ou sur une rocade, de nombreux Français ont observé, de loin, la mobilisation des gilets jaunes, samedi 17 novembre, préférant reporter leurs déplacements. Mais comme il fallait le craindre, en raison de la nature même de ces 2 000 opérations annoncées sur les réseaux sociaux et sans véritables leaders, cette « cyber manifestation » a donné lieu à de nombreux accrochages entre automobilistes excédés et « gilets jaunes ». Le bilan est lourd, 1 mort, plusieurs blessés graves, des dizaines de blessés légers, dont des représentants des forces de l’ordre. Il vient ternir le bilan d’une journée qui aura vu près de 300 000 personnes, à pied, à vélo, en moto, en auto, et même à cheval, manifester contre la hausse des prix des carburants et plus largement contre la vie chère.

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Le gouvernement a, d’ores et déjà, rappelé, par la voix du Premier ministre Edouard Philippe et celle du ministre de la Transition écologique François de Rugy, qu’il entend maintenir la hausse de la fiscalité écologique prévue le 1er janvier. Il ne pourra pas, pour autant, ignorer cette France des gilets jaunes, majoritairement des habitants du péri-urbain et des communes rurales qui se sentent abandonnés, menacés de déclassement et loin des préoccupations de l’exécutif. Si, ici ou là, les blocages et autres actions avaient été orchestrés en sous-main par des militants, il est impossible de ne pas prendre en compte cette jacquerie, ce ras le bol fiscal qui s’invite, une nouvelle fois, avec force, dans le débat politique. Pour beaucoup de manifestants, les baisses de charges sur les salaires et de la taxe d’habitation, quand ils en profitent, restent insuffisantes face à des dépenses du quotidien qui pèsent lourd.

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Comment répondre à ces Français qui, bien souvent, manifestaient pour la première fois ? L’annonce d’un renforcement de la prime à la conversion pour l’achat d’un véhicule moins polluant et l’augmentation du chèque énergie et des aides pour changer de chaudière ont peu de chances de calmer leur colère. Dans les prochains jours, le gouvernement aura l’occasion, avec la présentation de la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) et de la loi sur les mobilités, de préciser les conditions de la transition écologique de la France. Ces textes seront déterminants pour juger la volonté d’Emmanuel Macron de respecter l’Accord de Paris sur le climat, et inscrire l’action de son gouvernement en rupture avec les politiques publiques de ces trente dernières années. Mais la priorité donnée aux transports du quotidien et la réduction des usages du pétrole sont des politiques de long terme.

Tenir pour durer, et espérer que les résultats des réformes engagées jusqu’ici donneront enfin des résultats, notamment une baisse continue du chômage… Le chef de l’Etat et son gouvernement, qui feront face à des attaques de toutes parts au fur et à mesure que l’on se rapprochera des élections européennes, le 26 mai 2019, vont devoir s’adresser à tous les Français, s’ils veulent maintenir leur rythme de transformation du pays. Ce qui passera, le cas échéant, par des révisions déchirantes. Comme, par exemple, demander à la SNCF de cesser de mépriser les habitants de petites villes situées sur de grandes lignes en réduisant les dessertes et en leur proposant, faute de mieux, de se rendre en voiture au chef-lieu pour se connecter au réseau national ? Mais aussi en proposant un avenir aux salariés des usines d’automobile qui seront inévitablement menacés par la fin des motorisations thermiques.

Vaste chantier…

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