Transports

Quand la contestation dans les ports affecte l’industrie

Publié le

Les salariés des ports français débutent un nouveau mouvement de blocage à compter de vendredi 28 janvier. Et ce jusqu’au mardi 1er février. Une situation qui dure depuis deux semaines et entraîne d’importants problèmes logistiques dans les entreprises dépendantes de l’activité portuaire.

Quand la contestation dans les ports affecte l’industrie © D.R.

« Une prise d’otage ». C’est ainsi que l’Union maritime de Brest et sa région (UMBR) qualifie l’action menée par les salariés des ports français. Selon elle, les dockers et agents du port empêchent le fonctionnement normal de la cinquantaine d’entreprises travaillant directement avec le site portuaire.

Suivant les recommandations de la fédération nationale des ports et docks (FNPD), les grutiers et dockers bloquent en effet chaque semaine les sites français entre le vendredi et le mardi. Ils mènent également des actions de contestation durant les périodes travaillées, comme des arrêts de travail d’une heure.

« Du fait de ces mouvements, nos entreprises tournent au ralenti », assure l’UMBR, qui représente 2000 salariés de métiers directement ou indirectement liés au domaine maritime.

Par exemple, chez Guyot Environnement, spécialisé dans le traitement et le recyclage des déchets, impossible d’affréter les bateaux normalement. « D’habitude, nous affrétons le navire pour un départ le vendredi matin, ce qui permet à l’armateur d’arriver dans le port de destination le dimanche et de repartir le lundi, explique un responsable du site brestois. Mais avec des blocages le week-end, nous devons charger soit le jeudi et l’armateur perd un jour, soit le mardi mais il doit arriver avant le jeudi soir. Le plus dur en ce moment est de trouver le bon créneau ».

Rotations au ralenti

Pour l’Union armoricaine de transports (UAT), la situation est plus complexe car elle ne possède pas de grues propres, comme c’est le cas chez Guyot Environnement. Elle dépend donc directement du personnel du port.

L’entreprise, spécialisée dans la manutention et la consignation de navire, craint particulièrement pour l’industrie de transformation de poulet et les exportations de poulets congelés. « Les navires de ligne ont beaucoup de retard, commente Antoine Kuhn, directeur général de l’UAT. Il devient difficile de livrer l’industrie agroalimentaire dans ces conditions ».

En effet, les cadences de chargement et déchargement sont ralenties et les rotations de navires bouleversées, faute d’équipes suffisantes. « Pour l’instant, nous avons encore accès à tout ce qui est produits stockés, car les terminaux ne sont pas complètement bloqués, assure-t-il. Mais au regard de la situation actuelle, je vois mal comment tout cela pourrait s’améliorer ». Selon lui, les négociations ne peuvent aboutir qu’au niveau national. « En local, il n’y a aucun dialogue possible », poursuit-il.

En réponse à ces situations, le responsable CGT des dockers de Brest, Gilles Le Soin, répond que « si les patrons des entreprises ont des difficultés, ils n’ont qu’à faire pression sur le gouvernement ».

Bis repetita à Marseille

Ailleurs en France, le climat n’est pas meilleur. Le port du Havre a déjà perdu 50 escales de porte-conteneurs depuis le début du mouvement de grève. Le 24 janvier, les deux terminaux pétroliers de Fos et Lavera, qui dépendent du port maritime de Marseille, étaient arrêtés.

Avec un sentiment de déjà vu dans cette zone, trois mois seulement après l’une des plus longues grèves du port de Marseille liée à la contestation contre la réforme des retraites. « On se croirait dans une mauvaise série américaine », commente même un spécialiste marseillais du secteur portuaire. Et dans les entreprises, cela commence à affecter l’activité.

Livraisons déroutées

Dans les services maritimes du groupe Daher, certains containers sont à quai depuis plus d’un mois. Avec des baisses d’activité déjà notables. « Certains navires annulent leurs escales, précise Elodie, responsable commerciale du groupe. Depuis trois semaines, il y  a tellement de containers à quai qu’il n’y a plus de réservations possibles ».

Pour satisfaire ses clients, le groupe est contraint de trouver des plans de secours. « Certains clients demandent à ce que les livraisons soient déroutées sur d’autres ports, comme ceux de Barcelone ou Gênes, explique-t-elle. Mais dans quelques jours, nous craignons que cela ne soit plus possible, car les salariés des ports européens pourraient suivre le mouvement de leurs homologues français, en guise de soutien ».

Avec un risque d’exaspération de la clientèle, qui pour l’instant reste compréhensive. « Mais à un moment donné, ils ne vont plus suivre, s’inquiète-t-elle. Et la situation deviendra vraiment compliquée ».



 

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1 commentaire

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28/01/2011 - 18h44 -

Est-il moral de dévoyer le droit de grève en POUVOIR DE NUISANCE? Cet épisode de la vie sociale met en évidence l'urgence de traiter cette question au plus haut niveau dans un esprit de justice et de devoir national. A faire siuvre aux décideurs. Gilles
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