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L'Usine Agro

Quand la chimie tente de réinventer les pesticides

Gaëlle Fleitour , , ,

Publié le , mis à jour le 06/12/2014 À 14H28

Enquête Le jeudi 27 novembre, François Hollande a profité de la Conférence Environnementale pour s'attaquer aux pesticides. Pour rassurer, les industriels multiplient pourtant les études sur l’impact de leurs produits. Et, en coulisses, ils préparent aussi l'avenir en mettant le paquet pour trouver des alternatives. A l'occasion du salon Pollutec, L'Usine Nouvelle fait le point sur les innovations de ce secteur.

Quand la chimie tente de réinventer les pesticides

Cancers de la peau ou de la prostate chez les agriculteurs, intoxication de salariés, perturbateurs endocriniens, problèmes de fertilité des sols… Chaque semaine, ou presque, une nouvelle étude alerte sur l’impact des pesticides sur la santé et l’environnement.

La France, compte tenu de l’importance de ses surfaces dédiées aux grandes cultures, à la vigne et à l’arboriculture, est le premier consommateur européen de pesticides. La loi d’avenir sur l’agriculture, adoptée par le Parlement le 11 septembre, ambitionne d’encadrer plus strictement leur emploi afin d’en réduire l’usage. Ces substances seraient-elles trop facilement répandues dans la nature ? D’aucuns critiquent la procédure d’autorisation de mise sur le marché, que le ministère de l’Agriculture délivre après avis de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses).

Des molécules mises au ban

"Beaucoup de gens, à commencer par certains membres du gouvernement, ignorent que l’usage des produits phytosanitaires est parmi les plus encadrés, et que la réglementation européenne est la plus stricte au monde, s’étrangle Jean-Marc Petat, le directeur des affaires publiques de BASF France. Pour un dossier d’homologation, il faut compter 250 millions d’euros de coûts d’études, dont 50 % sont dédiés à des études sur la santé, 40 % à l’environnement et la biodiversité, et seulement 10 % à l’efficacité et à la formulation." La révision du règlement européen en 2009 a déjà permis de bannir de nombreuses molécules.

"Depuis le Grenelle de l’environnement, en 2008, le plan Écophyto a fixé l’objectif de réduire l’usage des produits phytosanitaires de 50 % d’ici à 2018", rappelle Thierry Doré, professeur à AgroParisTech. Selon certains chiffres, contestés, leur usage aurait reculé pour la première fois en 2012, avec une baisse de 6 %. On reste encore loin du compte, s’accordent les experts ! "Cet objectif était très ambitieux compte tenu du système agricole français, qui utilise beaucoup ces produits", reconnaît Nathalie Therre, la sous-directrice adjointe de la protection des végétaux au ministère de l’Agriculture.

Peut-on se passer des produits phytosanitaires ? Certains spécialistes le croient, comme les cofondateurs du Laboratoire d’analyses microbiologiques des sols (Lams), Claude et Lydia Bourguignon. Dans son livre "Notre poison quotidien", publié en 2011 aux éditions La Découverte, Marie-Dominique Robin assure que l’agriculture biologique pourrait répondre au défi de nourrir 9 milliards d’humains en 2050. La recette ? Faire confiance au machinisme agricole, aux moyens agronomiques… L’Institut national de la recherche agronomique (Inra) teste des voies naturelles (mélange de variétés sur une parcelle…) pour limiter la propagation des maladies.

Impensable, pour l’industrie. "Lorsque la maladie de la plante n’est pas maîtrisée, des mycotoxines produites par des champignons peuvent apparaître, avec des enjeux très graves sur le plan sanitaire", assure Eugénia Pommaret, la directrice de l’Union des industries de la protection des plantes (UIPP). Le ministère de l’Agriculture doit composer avec la force des lobbies agricoles. "Il n’a jamais été dit qu’on interdirait les pesticides, assure Nathalie Therre. Notre rôle est de gérer les risques en réglementant, afin que ces produits soient utilisés à bon escient et en dernier recours, et avoir un meilleur retour sur les effets indésirables."

On est loin du cas du bisphénol A, ce composé chimique employé pour produire des plastiques, reconnu comme perturbateur endocrinien et interdit par la France dès 2013 pour les contenants alimentaires destinés aux nourrissons, et en 2015 pour les emballages alimentaires. Dans le cas des pesticides, les industriels revoient la formulation des produits pour les rendre plus efficaces, mais à moindres doses. Et ils n’hésitent pas à y aller de leur petit conseil à l’agriculteur, par le biais d’outils d’aide à la décision. Un moyen de maintenir les marges autrement que par la vente de molécules...

Pourtant, les grandes manœuvres ont débuté. Monsanto, BASF, Bayer, Syngenta… Les géants de l’agrochimie rachètent des acteurs du biocontrôle, qui fait appel à des mécanismes naturels destinés à protéger les végétaux (insectes pour dévorer d’autres ravageurs, micro-organismes tels que des bactéries et des champignons…). En France, le biocontrôle concerne quelque 70 entreprises et 1 500 emplois. "Le biocontrôle représente déjà 1,3 milliard d’euros dans le monde mais près de 150 millions en France", estime le ministère de l’Agriculture, qui veut pousser la filière. Ses produits pourraient ainsi voir leur mise sur le marché raccourcie.

Garantir la même efficacité

L’idée fait bondir les fabricants de pesticides. "L’efficacité de ces technologies est très dépendante des conditions climatiques. Le biocontrôle reste complémentaire des méthodes conventionnelles. Il doit répondre aux mêmes exigences en termes d’homologation", juge Jean-Marc Petat. Le syndicat des industriels du biocontrôle (Ibma) ambitionne de capter 15 % du marché de la protection des plantes d’ici cinq à sept ans, contre 5 % aujourd’hui. Koppert, le leader mondial du biocontrôle, détient à lui seul la moitié du marché français pour les cultures sous abris avec ses bourdons pollinisateurs et ses coccinelles prédatrices de pucerons.

Ce groupe néerlandais s’investit dans le pôle de compétitivité angevin Vegepolys pour développer des innovations. Car le biocontrôle doit relever un défi de taille : garantir la même efficacité que les pesticides, au même prix. "Il est aussi beaucoup plus développé dans les cultures sous abris ou spécialisées – le maraîchage ou la vigne par exemple – qu’en grandes cultures", reconnaît Denis Longevialle, le secrétaire général de l’Ibma. En parallèle, les géants de l’agrochimie s’intéressent à une autre voie : l’utilisation de la génétique pour proposer leurs variétés de semences. Grâce à la biotechnologie et aux croisements, ils espèrent stimuler les défenses naturelles des plantes. Aucun rapport avec les OGM, disent-ils...

Gaëlle Fleitour

"Les agriculteurs peuvent s’en passer !"
Lydia Bourguignon,
cofondatrice du Laboratoire d’analyses microbiologiques des sols (Lams)

"Après vingt-cinq ans passés sur le terrain, nous observons des sols de plus en plus fatigués et stressés. La faute à trop d’engrais, des outils de plus en plus lourds, trop d’irrigation. Pour les agriculteurs, c’est un cercle vicieux. Or ils peuvent se passer des produits phytosanitaires ! Mais le processus est long, car nous sommes dans une culture de la peur. Pourtant, lorsque l’on respecte ses lois et que l’on se montre patient, la nature se révèle très généreuse. Avec une agriculture sans monoculture, fondée sur la biologie et la biodynamie, on peut retrouver un sol en meilleur état, des plantes plus combattantes, moins réceptives aux maladies, et donc diminuer les produits de traitement et de fertilisation tout en retrouvant du rendement. Les industriels voient cela d’un très mauvais œil. Ils se lancent dans la mouvance du bio, en mettant sur le marché des produits comme des micro-organismes pour le sol. C’est un leurre, car en 2018 il faudra diminuer les intrants ! Je ne crois pas aux effets d’annonce prônant des interdictions à tout prix. Si on aidait les agriculteurs à mieux connaître et à gérer leur sol, ils deviendraient moins dépendants de ces multinationales !"

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