Quand l’industrialisation de l’agriculture divise le monde agricole

Ferme des 1 000 vaches en Picardie, 250 000 poules dans la Somme, 23 000 porcs dans une exploitation en Bretagne... Les projets de "fermes industrielles" se multiplient en France. Alors que se tient le Salon de l’agriculture jusqu’au 1er mars à Paris, le sujet divise le secteur agricole. 

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Quand l’industrialisation de l’agriculture divise le monde agricole
Une manifestation contre l'élevage des 1000 vaches à Drucat (Somme) en septembre 2013

François Hollande, Manuel Valls, Emmanuel Macron, Nicolas Sarkozy, Marine Le Pen... Comme chaque année, les personnalités politiques se sont bousculées au Salon de l’agriculture. Si elles ont suscité l’intérêt du grand public, elles ont en revanche un peu moins passionnés les agriculteurs présents, plus occupés à débattre de sujets concernant de l’évolution de leur profession. Parmi eux : une certaine industrialisation de l’agriculture et le développement de "fermes usines". Si le thème n’est pas réellement nouveau, il a été relancé à la veille de l’ouverture du salon, par la Confédération Paysanne. Le syndicat agricole, longtemps représenté par José Bové, a recensé 29 projets en France (voir carte interactive en bas de l'article), dont certains déjà mis en œuvre, à l'instar de la controversée "ferme des 1 000 vaches" en Picardie. Parmi eux, 2 200 animaux sur une exploitation laitière à Monts (Indre-et-Loire), 23 000 porcs à Trébrivan (Côtes d'Armor) et à Poirou (Vendée), 250 000 poules dans la Somme...

"Un système déshumanisé"

"On nous vend depuis les années 60, qu'il faut se concentrer pour résister. Ce n'est pas la solution : on sauve la production mais pas les producteurs", estime Laurent Pinatel. Le porte-parole de la Confédération paysanne, dénonce "l'ultra-spécialisation" de ce type d'agriculture et les conséquences sociales et écologiques notamment. José Bové, aujourd’hui député européen, enfonce le clou . "Ces fermes industrielles géantes sont le pur produit d’un système déshumanisé, qui avilit le métier de paysan et ronge les écosystèmes de la région. Il est à l’opposé d’une agroécologie durable et stimulante pour l’économie rurale, pourtant prônée par le ministre de l’Agriculture", lance-t-il.

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Des arguments que balaie Stéphane Le Foll. "Ceux qui disent qu'on peut se passer d'agriculture industrielle sont des gens qui se mentent à eux-mêmes", a lancé le ministre de l’Agriculture lors du salon. "La ferme des 1000 vaches, ce n'est pas mon modèle parce que derrière, c'est un investisseur et il n'y a pas d'agriculteur. Mais il ne faut pas qu'il y ait de faux débat. On sait qu'on a besoin d'une industrie agroalimentaire et on sait, pour la production d'un certain nombre d'aliments, qu'on a besoin d'une production suffisamment industrialisée pour qu'elle soit accessible", a fait valoir le ministre.

"Mutualiser la charge de travail"

Si l’argument de massifier les élevages sur un site unique pour réduire les coûts et améliorer la compétitivité peut séduire certains, la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL), proche du syndicat FNSEA, y voit un leurre. "La ferme des 1 000 vaches n’est pas un vrai sujet. C’est un cas particulier. Les grosses exploitations sont souvent aussi les plus endettées. Elles ont beaucoup souffert du recul des cours en 2009 et se sont retrouvées étranglées", souligne le syndicat. "Chacun doit avoir la possibilité de structurer son exploitation comme il le souhaite. Au-delà de l’argument économique dans certains cas, le regroupement d’exploitations permet de mutualiser la charge de travail entre éleveurs", explique le président du syndicat Thierry Roquefeuil. Pour lui, "si des éleveurs ont fait le choix de devenir salariés plutôt qu’exploitant, c’est aussi parce qu’ils y voient un intérêt".

Si aujourd’hui, le cheptel moyen des exploitations laitières en France, est seulement de 53 vaches, beaucoup d’éleveurs font le choix de se regrouper en GAEC. En Allemagne, les exploitations dépassent les 80 vaches particulièrement à l’Est et au Nord. Mais les prix à la production ne sont finalement pas moins élevés qu’en France. Selon la FNPL, Jusqu’à la récente crise ukrainienne, les prix payés aux éleveurs en Allemagne étaient de 15 à 18 euros plus chers aux 1 000 litres que les prix payés en France. Entre 53 et 1 000 vaches, la filière française a sans doute un modèle agricole à faire valoir.

Adrien Cahuzac

La carte des fermes industrielles mise en ligne par la Confédération Paysanne :

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