Abonnez-vous Identifiez-vous

Identifiez-vous

Vos codes d'accès sont erronés, Veuillez les saisir à nouveau. Mot de passe oublié ?

L'Usine de l'Energie

"Quand je vois l’état d’Areva aujourd’hui, les bras m’en tombent", se lamente Jean Syrota, l'ex-PDG de Cogema

Ludovic Dupin , , , ,

Publié le , mis à jour le 23/02/2016 À 19H42

Entretien Areva est né en 2000 de la réunion de Framatome, spécialiste des réacteurs, et de Cogema, spécialiste du combustible nucléaire. A l’heure où l’Etat s’apprête à scinder de nouveau ces deux activités, Jean Syrota, ex-PDG de Cogema, juge sévèrement la gestion et les choix d’Areva. 

Quand je vois l’état d’Areva aujourd’hui, les bras m’en tombent, se lamente Jean Syrota, l'ex-PDG de Cogema © Areva

Les entreprises citées

L'Usine Nouvelle - Comment jugez-vous la situation d’Areva ?

Jean Syrota - Je constate avec une infinie tristesse le délabrement économique de l’entreprise. Il faut comparer la situation actuelle avec celle de l’an 2000 quand Cogema et Framatome ont été réunis dans Areva. A cette époque, les deux entreprises entretenaient de bonnes relations et elles étaient prospères. Quand je vois l’état d’Areva aujourd’hui, les bras m’en tombent. 

Selon vous, comment en est-on arrivé là ?

Contrairement à ce qui est souvent dit, la catastrophe de Fukushima n’est pas pour grand-chose dans la débâcle d’Areva. Bien sûr, la difficulté des électriciens japonais à redémarrer leurs réacteurs entraîne une pause dans leurs achats, mais cela ne pèse pas lourd dans les comptes actuels. Trois raisons expliquent, selon moi, les difficultés de ces dernières années.

La  première raison est l’affaire de l’EPR finlandais. Ce contrat comportait au moins deux clauses constituant une bombe à retardement, sans compter, sans doute, une sous-évaluation du prix de vente. D’une part, le délai de réalisation était exagérément bref. Il était plus court pour cette  première réalisation que le temps de construction des réacteurs commandés en série, dans le passé, en France. D’autre part, les pénalités de retard n’étaient ni limitées dans le temps, ni plafonnées. En gros, elles portent sur la différence entre ce que payaient les Finlandais pour leur électricité au moment de la commande et ce qu’ils paieraient avec l’EPR. Du coup, l’énorme retard constaté est supportable par le client finlandais. Mais pour Areva, il en résulte des milliards de pertes.

La deuxième est l’engagement dans les énergies renouvelables. Pour réussir à se faire une place dans un marché déjà établi, il faut posséder un avantage économique ou technologique sur ceux qui y sont entrés bien avant. Ce n’était pas le cas d’Areva et cela s’est traduit par des pertes

La troisième raison, celle que j’ai le plus de mal à comprendre, c’est l’affaire Uramin. La décision d’investir a été prise au pire moment, malgré l’avis contraire des spécialistes d’Areva. Le prix de l’uranium sur le marché était au plus haut, alors que, dans de telles circonstances, c’est la recherche de nouveaux gisements qui doit être privilégiée et les actifs miniers acquis n’étaient pas raisonnablement exploitables.    

Est-ce que la scission d’Areva pour recréer Cogema et Framatome, comme l’envisage l’Etat actionnaire, est pertinente ?

L’Etat actionnaire peut faire ce qu’il veut de ses participations, tant qu’il les fait évoluer dans des conditions économiques pour tout le monde. Je suis cependant prudent sur le principe de mettre une partie d’Areva chez EDF. Ailleurs dans le monde, rares sont les électriciens qui fabriquent tout ou partie des réacteurs.

C’est le modèle russe…

C’est vrai, mais ce n’est pas forcément un modèle. Dans les appels d’offres nucléaires, il y a une partie ingénierie, une partie génie civil, une partie équipements conventionnels, une partie équipements nucléaires… A ma connaissance, chacune de ces parties fait l’objet d’un appel d’offres et les exploitants nucléaires ne se présentent pas comme fournisseurs. Mais peut-être qu’à l’avenir, les pays nouveaux-entrants dans le nucléaire voudront du nucléaire clés en main et feront confiance à un exploitant nucléaire pour être leur maître d’œuvre.

Comment redonner de la vigueur à la filière nucléaire?

S’agissant des réacteurs, il faut d’abord terminer les deux tranches en construction à Olkiluoto, en Finlande, et à Flamanville (Manche). A partir de là, la filière pourra repartir de l’avant. Le nucléaire continuera de se développer dans le monde et le marché du renouvellement des centrales existantes va s’ouvrir. Sur les marchés nouveaux, la concurrence sera plus difficile que par le passé parce que les pays qui ont massivement investi dans le nucléaire sont devenus des fournisseurs, comme successivement le Japon, la Corée du Sud et la Chine. Mais il ne faut pas perdre de vue qu’une fois construite, la centrale nucléaire a besoin pendant toute sa vie d’être entretenue et de consommer du combustible. A ce dernier titre, les marchés de l’uranium naturel, de l’enrichissement et du traitement du combustible usé, pour citer les principaux, ouvrent pour longtemps de très belles perspectives.  

Propos recueillis par Ludovic Dupin

Réagir à cet article

1 commentaire

Nom profil

29/05/2015 - 23h35 -

"Je suis cependant prudent sur le principe de mettre une partie d’Areva chez EDF. Ailleurs dans le monde, rares sont les électriciens qui fabriquent tout ou partie des réacteurs." Soit il est mal renseigné soit il a une dent contre EDF ...Par exemple KEPCO, CGNPC, GE, Westinghouse, ROSATOM... Ressusciter ces vielles guéguerres internes m'exaspère au plus haut point. C'est le même genre de comportements que ce que font nos politiciens, souvent transfuges des milieux baveux comme disent "les truands du milieu". D'ailleurs, les pratiques sont parfois similaire avec des combines un peu plus sophistiquées et des col blancs. Ces comportements de clans font perdre le pays, ses industries, sa crédibilité ... " C’est le modèle russe… C’est vrai, mais ce n’est pas forcément un modèle." Ben voyons ! Et combien de réacteurs et centrales ont vendu les russes depuis un an déjà ? 5 ? 10 ? 15 ? 20 ? Dés que les négociations seront terminées a Téhéran, l'Iran a signé un accord avec ROSATOM et la Russie pour construire 20 réacteurs VVER 1200 ! Leur VVER sont simple, efficace et fonctionnels. AU lieu de vendre des machines bien trop sophistiquées comme l'EPR, nous aurions du vendre des réacteurs pallier N4 comme Chooz et Civaux qui montent a 1750 MW en bonnes conditions de température et de pression... CGNPC ne s'y est d'ailleurs pas trompé, et a copié une grande partie de ce modèle légèrement modifié. "les marchés de l’uranium naturel, de l’enrichissement et du traitement du combustible usé, pour citer les principaux, ouvrent pour longtemps de très belles perspectives." Taratata ! Que nini ! La Chine construit ses usines d'enrichissement. Le Japon aussi. la Corée du sud l'a fait depuis longtemps. Les étasuniens envisagent d'autres techniques que la centrifugation avec les Lasers (SILEX), ce qui augmenterait le taux de récupération et ferait chuter le prix de l'U235, donc retarderait encore les RNRs, quelle que soit la technologie car le cout supérieur serait alors inutile. Regardez donc du coté de Paducca. ET nous ? Bah c'est simple, notre usine de centrifugation GB2 n'est pas encore a sa pleine puissance (toutes les centrifugeuses prévues a terme n'y sont pas encore) alors que l'ancienne technique de diffusion gazeuse fortement consommatrice d'électricité (3 tranches) n'est pas encore démantelée... Conclusion, je ne sais pas qui est ce Mr, mais il semble mal informé, si ce n'est intoxiqué par ses contacts au sein des entreprises nucléaire du pays. Je partage cependant son avis sur les erreurs qu'il cite dans la politique d'Atomic Anne et de son successeur. Éolien, perte de temps et d'argent. OL3 fut une erreur majeure, et mal négociée, certes, mais il faut rappeler pourquoi ils sont allés se frotter a la STUK plutôt qu'a nos instances de sureté IRSN et ASN : Le gouvernement Jospin, pluriel qu'on disait a l'époque, avait bloqué toute possibilité de construction nucléaire dans le pays même ! Et en ce moment Ségolène fait la même erreur avec sa loi soit disant "de transition" énergétique qui ne parle que d'électricité alors que celle-ci ne représente que 25% de la conso énergétique du pays et qu'elle rapporte de l'argent tout en ne coutant que très peu en importation de Yellow Cake (moins de 1 Mds contre 50 - 70 milliards pour les fossiles !!!) Cette limite scélérate des 63.2 GW produira les mêmes effets ...Une bévue qui devra être clairement supprimée a mon avis. Les Russes, les Chinois, les Japonnais (si, si, ça va revenir), les Sud Coréens, les Étasuniens nous ont mis la pattée selon l'expression consacrée. Et ça va continuer tant le lavage de cerveau mé(r)diatique et politique des antinucléaires continuera...Une chose est sûre : les antinucléaires, majoritairement pro-gaz mais obnubilé par les sources intermittents et fatales (Éolien et Solaire PV en tête) ont perdus ! Le nucléaire du futur sera, mais il ne sera pas Français. In finé, c'est la France et l'Allemagne qui y auront perdu d'immenses connaissance set ressources a la fois énergétiques, diplomatiques, et surtout économiques, tant cette industrie vorace en ingénierie irrigue nos pays dans tous les domaines.
Répondre au commentaire
Testez L'Usine Nouvelle en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Les entreprises qui font l'actu

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte
Suivez-nous Suivre Usine Nouvelle sur Facebook Suivre Usine Nouvelle sur Twitter RSS Usine Nouvelle