QUALITÉLES CERTIFICATEURS ÉTRANGERS COMMENCENT À S'INSTALLER EN FRANCELes organismes certificateurs étrangers s'implantent sur le marché français pour briquer l'accréditation du Cofrac. Les entreprises vont pouvoir faire jouer la concurrence.

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LES CERTIFICATEURS ÉTRANGERS COMMENCENT À S'INSTALLER EN FRANCE

Les organismes certificateurs étrangers s'implantent sur le marché français pour briquer l'accréditation du Cofrac. Les entreprises vont pouvoir faire jouer la concurrence.



"Faites-vous certifier pour moins de 10000francs." Ce genre de publicité, que l'on voit déjà aux Etats-Unis, fleurira-t-il un jour en France? "Sûrement pas!", répond, indigné, le choeur des certificateurs, avec la bénédiction des Pouvoirs publics. Certes, ce n'est pas du goût des Français, mais la bataille feutrée autour de l'accréditation des organismes certificateurs qui se joue aujourd'hui dans les coulisses de la qualité laisse penser que le marché français de la certification aura demain un autre visage... que celui de l'Afaq. Le fait est que les chiffres en font rêver plus d'un. Faites le calcul: un potentiel d'une trentaine de milliers d'entreprises à certifier, au prix moyen de 50000francs l'obtention de l'ISO. Résultat: le marché français de la certification s'élèverait à 1,5milliard de francs, sans compter les audits de suivi (10000francs par an et par entreprise), renouvelables tous les trois ans... En attendant le décollage des audits d'environnement, eux aussi prometteurs. Et le trésor de guerre de l'Afaq - association loi 1901 - serait déjà de 20millions de francs.

Etablir les mêmes règles pour tous

Il n'est donc pas étonnant que la naissance du Cofrac (Comité français d'accréditation), en juin dernier, en ait réjoui plus d'un. Car c'est le "monopole" de l'Afaq qui s'est éteint du même coup. Même si rien n'interdisait aux certificateurs étrangers de s'y implanter, l'Afaq a très vite dominé le marché, les entreprises françaises n'ayant pas toujours eu le choix de leur organisme certificateur. Les donneurs d'ordres français sont certifiés Afaq et sont même à l'origine de la création de cet organisme. D'autre part, le ministère de l'Industrie lui-même et toutes les instances françaises de la qualité ont recommandé l'usage de l'Afaq. D'où son attitude de "premier de la classe" qui lui est aujourd'hui reprochée. "Si l'on a voulu une Afaq forte, c'est pour éviter les dérives anglaises ou italiennes. Aujourd'hui que l'Afaq a pignon sur rue, la Cofrac va permettre de définir des règles qui seront les mêmes pour tous", avoue volontiers Marie-Claude Dupuis, chef du Service qualité (Squalpi) au ministère de l'Industrie. Pour autant la partie n'est pas gagnée par les "outsiders" du marché français. Les Ascert, BVQI, DNV et autres LRQA ou SGS doivent aujourd'hui montrer patte blanche pour faire partie des heureux élus qui seront accrédités par le Cofrac avant l'été. Déjà le franco-britannique BVQI, l'anglais LRQA et l'allemand Tüv viennent de créer des filiales françaises pour mettre toutes les chances de leur côté. Les principaux concurrents de l'Afaq font valoir qu'ils sont déjà accrédités par les organismes accréditeurs étrangers équivalents du Cofrac, comme le NACCB anglais ou le DAR allemand. A ce titre, ils se sont regroupés en janvier dernier au sein d'un organisme, l'Aoca (Association des organismes de certifiés accrédités), dont "l'objectif est de défendre l'idée d'un haut niveau de qualité et de reconnaissance des prestations de certification accréditée". Du côté du Cofrac, on n'est pas dupe: "Ils comptent sur nous pour démythifier l'Afaq", reconnaît Daniel Pierre, le directeur général du Cofrac. Sa position est claire: pas question d'accréditer n'importe qui, n'importe comment, mais rien n'empêche une saine concurrence, bien au contraire! Car c'est l'entreprise qui y trouvera son compte. Mais c'est l'arbitrage entre conseil et certification qui occupe aujourd'hui le centre des discussions, pour ne pas dire de la polémique. La question étant de savoir si un organisme peut à la fois conseiller une démarche en vue d'être certifié et certifier une entreprise. "Non", répond l'Afaq. Elle reproche ainsi ouvertement à certains organismes de certification, au premier rang desquels les anglais - ils détiennent le record mondial de certificats délivrés -, de jouer sur les deux tableaux en étant juge et partie. D'où la mise en cause par l'Afaq, et par extension des grands donneurs d'ordres français, de la validité de certains certificats. La réalité est dans certains cas plus complexe. La plupart des grands organismes certificateurs (voir tableau) émanent de groupes réputés dans le contrôle et la normalisation qui ont également des sociétés de conseil en démarche qualité. C'est le cas, par exemple, de BVQI, filiale du Bureau Veritas, de LRQA, du groupe Lloyd's Register ou encore de SGS ICS, filiale du groupe SGS. De renommée internationale, ces groupes ont pris soin de séparer juridiquement et physiquement leurs activités de conseil et de certification. Le Cofrac penche d'ailleurs vers une certaine souplesse (acceptation des deux activités, conseil et certification, au sein d'un même groupe), mais avec de puissants garde-fous (pas de lien commercial possible, impossibilité de certifier une entreprise conseillée par une entité du même groupe dans un délai de deux à trois ans). "On pèche par excès de déontologie. L'essentiel, c'est tout de même de faciliter le commerce et d'aider les entreprises à se développer", résume Bernard Vaucelle, le patron de l'Afnor. Du côté des entreprises, ces débats risquent de passer pour des querelles de chapelle. Ainsi, Carrier, leader mondial de la climatisation, est certifié par l'Afaq, mais également par le Lloyd's. Pourquoi? "Nos usines travaillant à 70% pour l'export, nous avions besoin du Lloyd's, mieux reconnu à l'étranger. Quand le Cofrac aura rendu son verdict, nous trancherons", explique René Valéro, responsable qualité, qui avoue une légère préférence pour l'organisme anglais, "très actif dans l'amélioration de la qualité et plus dynamique". 3P (Produits plastiques performants), filiale de Plastic Omnium, a, elle, choisi le Tüv allemand, avec l'objectif de conquérir le marché d'outre-Rhin. Et même si, de l'avis de l'Aoca, il n'est pas question de "casser les prix", les entreprises ont tout à gagner d'une offre élargie. Sophie PETERS VAN DEINSE



Plus de 70000 certificats ISO9000 délivrés dans le monde

Ce sont 23971certificats de plus qui ont été délivrés dans le monde entre juin 1993 et juin 1994. Dans le même temps, le nombre de pays faisant état d'une activité de certification ISO9000 est passé de 60 à 76. C'est ce que révèle l'étude qu'effectue Mobil depuis trois ans. Mais les chiffres de la multinationale pétrolière révèlent une grande disparité selon les pays. La Grande-Bretagne, en tête, comptabilise 52,2% de tous les certificats délivrés dans le monde. Suivent le reste de l'Europe (26,3%), l'Amérique du Nord (6,9%), l'Australie/Nouvelle-Zélande (6,6%) et l'Extrême-Orient (4,4%). L'Europe apparaît donc comme une véritable locomotive des normes ISO, avec une croissance de six points (hors Grande-Bretagne)

entre 1993 et 1994. Quant à la France (3359certificats délivrés), elle se range à égalité avec l'Allemagne (3470), juste derrière la Grande-Bretagne.

USINE NOUVELLE N°2492

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