"Qu’on nous ouvre le marché américain !", réclame le patron d’Arianespace

Au Salon Satelittes 2014 de Washington, Stéphane Israël, PDG d’Arianespace, a proposé "d’américaniser" Ariane. Décryptage

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L'Usine Nouvelle - Vous revenez du salon Satellites 2014 de Washington où vous êtes intervenu pour préciser qu’Ariane pourrait "s’américaniser". Qu’entendez-vous par là ?

Stéphane Israël - Arianespace est européenne et restera européenne. C’est une évidence ! Mais c’est un signal que j’adresse à nos partenaires américains. Aujourd’hui, leur marché des satellites institutionnels est réservé aux lanceurs américains alors que la concurrence s’intensifie sur le marché commercial. Je veux leur dire qu’Ariane est un lanceur ultra fiable capable de répondre de manière compétitive à leurs besoins. Nous avons remporté en 2013 plusieurs contrats institutionnels hors d’Europe, comme par exemple au Brésil. Dans le domaine du ravitaillement de la station orbitale, nos calculs montrent que nous sommes moins chers que SpaceX ! Avec 58 lancements réussis d’affilée, notre fiabilité n’est plus à démontrer, celle de SpaceX oui.

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Alors, quand l’US Air Force exprime le besoin de faire appel à un nouveau fournisseur pour lancer 14 satellites, nous disons simplement que nous serions heureux de pouvoir participer à cette compétition, même si nous savons que ce n’est pas d’actualité. L’Europe pour sa part est plus ouverte : des satellites militaires allemands seront lancés par SpaceX. A l’heure où l’Europe et les Etats-Unis discutent d’un vaste accord de libre-échange, des lignes finiront peut-être par bouger. Mais si le marché institutionnel américain ne s'ouvre pas, alors il serait logique d'affirmer le principe d'une préférence européenne pour les missions européennes.

Quelles formes pourrait prendre cette "américanisation" ?

Il est beaucoup trop tôt pour le dire, puisque ce marché nous est fermé. Ayons d’abord accès à ce marché. En outre, toute décision en la matière devra pleinement respecter les règles de l’ESA, avec qui Arianespace est liée par une convention. Mais, nous ne partons pas de rien s’agissant de l’implantation d’Arianespace aux Etats-Unis : nous avons un bureau à Washington, 50% des satellites que nous lançons sont fabriqués aux Etats-Unis, et le premier client commercial d’Arianespace est Inteslat, un opérateur commercial américain domicilié au Luxembourg. Enfin le CNES et la NASA sont liés par de nombreuses coopérations.

Les industriels européens sont-ils prêts à vous suivre ?

Tout le monde serait évidemment ravi de décrocher des commandes supplémentaires pour Ariane. Il ne s’agit en aucun cas de transférer des activités industrielles d’Europe vers les Etats-Unis, ni de remettre en cause l’ancrage européen d’Ariane, dont les développements sont payés par les Etats européens dans le cadre de la règle du juste retour. Si jamais Arianespace remportait des succès instiutionnels aux Etats-Unis, cela représenterait un surcroît de charge industrielle dont une partie pourrait être réalisée avec des partenaires américains, si telle était la demande du client américain et si l’ESA y donnait son agrément. Tout simplement.

Propos recueillis par Hassan Meddah

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