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Qu’est-ce que le nitrate d'ammonium, suspecté d’être à l’origine des explosions de Beyrouth ?

Sylvain Arnulf , ,

Publié le

Le 4 août, la capitale du Liban Beyrouth a été le théâtre d’une puissante explosion. On déplore une centaine de morts et des milliers de blessés. Selon les autorités, du nitrate d’ammonium serait à l’origine de l’explosion. Ce produit servant à la fabrication d’engrais est à l’origine de la catastrophe de l’usine AZF, en 2001 à Toulouse.  

Qu’est-ce que le nitrate d'ammonium, suspecté d’être à l’origine des explosions de Beyrouth ? © AFP - Anwar Amro

Beyrouth sinistrée. La capitale du Liban a été le théâtre d’impressionnantes explosions le 4 août, provoquant la dévastation sur des kilomètres à la ronde. Le bilan provisoire au matin du 5 août fait état de 100 morts et de milliers de blessés. La France va envoyer du matériel et une équipe de secours ce 5 août.

Le feu serait parti d’un entrepôt sur le port, dans le nord de la ville. Une première explosion est survenue dans l’après-midi, suivie d’une deuxième, quelques minutes plus tard, provoquant un champignon dans le ciel et un souffle dévastateur.

Le choc a été ressenti jusque l’île de Chypre, à 200 kilomètres de l’épicentre. Les capteurs de l'institut américain de géophysique (USGS) ont enregistré l’événement  comme un séisme de magnitude 3,3.

Une cargaison de nitrate d’ammonium serait à l’origine du drame, d’après le gouvernement. Selon le Premier ministre libanais, environ 2750 tonnes de ce produit entrant dans la composition d’engrais et d’explosifs étaient stockées sans précautions dans un entrepôt sur le port. Ce sel blanc et inodore, qui doit être stocké par petites quantités et dont la manipulation n’est pas aisée, est l’ingrédient principal de nombreuses catastrophes industrielles, dont celle de l’usine AZF, en 2001 à Toulouse qui avait fait 31 morts et 2500 blessés. 300 tonnes de nitrate d’ammonium étaient stockées sur le site.

Réaction en chaîne

Le nitrate d’ammonium, fabriqué à partir d’ammonium et d'acide nitrique, est stable à l’état pur, mais peut se transformer en explosif en présence de certains produits comme le fioul ou l'essence et à partir d'une simple étincelle. "La principale caractéristique chimique du nitrate d’ammonium est sa nature comburante", écrit l'Institut national de recherche et de sécurité dans une note de recommandation sur le stockage du produit. "Une matière comburante est une matière qui, sans être nécessairement combustible elle-même, peut, en général en cédant de l’oxygène, provoquer ou favoriser la combustion d’autres matières. La décomposition du nitrate d’ammonium peut se produire sous l’effet de sources de chaleur importantes.Celles-ci peuvent éventuellement conduire à une déflagration, voire à une détonation. Un tel phénomène est très difficile à atteindre lorsque l’on chauffe du produit pur. Par contre, le risque est considérablement accru en présence de produits tels que matières organiques (fuel, charbon, sucre, graisses, huiles…), soufre élémentaire, réducteurs, métaux en poudre, chlorates… ; même en faible quantité, ceux-ci abaissent la température critique et accélèrent les vitesses de réaction".

Nombreux accidents

Les accidents impliquant du nitrate d’ammonium se comptent par dizaines dans le monde. Le 21 septembre 1921, l'usine d'engrais azoté d'Oppau, en Rhénanie, explosait, détruisant la ville, tuant 500 personnes et en blessant près de 2 000 autres. En 1947 à Brest, un cargo contenant du nitrate d'ammonium explosait, faisant 29 morts. En 1988, l’explosion de l'usine Pepcon aux Etats-Unis est provoquée à la suite d'un incendie du stock de perchlorate d'ammonium. Le 18 février 2004, en  Iran, le déraillement d’un train transportant 420 tonnes de nitrates d’ammonium provoque un incendie puis une explosion tuant 328 personnes.

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2 commentaires

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13/08/2020 - 16h16 -

Nombreux accidents, sans oublier AZF à Toulouse en 2001 (31 morts, 2500 blessés), encore dans la mémoire des habitants .
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06/08/2020 - 15h59 -

une question se pose? Rien n'est dit au sujet de la masse critique, au sujet de l'entreposage du produit et des produits en présence, au sujet de la source ayant provoquer l'explosion. Trop tôt pour le dire. Comme dans toute explosion, les experts et la justice ne publieront rien. Rien ne sera dit. Car il faudra faire une cartographie de la zone du sinistre , la baliser , rechercher les propriétaires et les exploitants dans cette zone. Inventorier les produits en présence. Faire appel à autorités judiciaires. Nommer un Monsieur catastrophe. Nous en sommes déjà à six mois. J'oubliais pour le gouverneur et l'état libanais de publier un arrête reconnaissant la catastrophe technologique puisque artificielle et non naturelle. Si T0 est l'explosion, nous en sommes à six mois. Ensuite les assurance entreront en fonction pour recevoir les déclarations du sinistre de la part des propriétaires ou exploitants des différentes. Mais ne pas oublier les dégâts collatéraux dans la zone d'habitat
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