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Publicité, whisky et Ecosse : cocktail réussi pour un premier roman

Christophe Bys ,

Publié le

Pour un coup d'essai, c'est un joli coup que réussi l'américain Andrew Erwin. Dans l'incendie de la maison de George Orwell, il met en scène un publicitaire au succès foudroyant qui craque. Direction l'Ecosse pour retrouver la maison de Georges Orwell sur l'île du Jura.  Mais entre le rêve de pureté du grand écrivain et la réalité qui découvre, il y a un gouffre où l'anti-héros s'enfonce avant de retrouver goût à la vie. Grâce à une galerie de personnages et un sens remarquable de la situation ce roman paradoxal est un des plus joyeux qu'on a lu depuis longtemps. A déconseiller aux amateurs de whisky.

Publicité, whisky et Ecosse : cocktail réussi pour un premier roman
Un paysage adapté pour la création littéraire. Mais pour la rédemption d'un cadre en burn out ?
© Wikimedia

Oubliez qu’il fait beau dehors. Ouvrez ce roman, vous ne le lâcherez pas et vous passerez un meilleur weekend qu’en allant marcher sur les pieds de votre voisin de pelouse ou de terrasse et sans avoir respiré les particules nocives contenues dans la fumée de tous les barbecues.

 

Depuis au moins L’arrangement, le génial film d’Elia Kazan le thème du cadre à qui tout réussit qui voit sa vie se fracasser est un classique de la création. C’est sur ce motif que brode avec talent Andrew Ewin dans son roman. Soit l’histoire de Ray Welter, un petit gars du Middle West qui monte à Chicago, devient publicitaire et rencontre succès et réussite matérielle. Pour cela, ce factotum relégué à des tâches secondaires a l'idée d'utiliser les enseignements de 1984  George Orwell pour les appliquer à la manipulation de l’opinion. A l'heure d'Internet et des réseaux sociaux, 1984 devient quasiment un mode d'emploi.

Son coup de génie sera d’avoir inventé une fausse campagne d’activistes alters qui détériorent les 4x4. Résultat de la campagne : posséder un tel véhicule une marque de résistance à la bien pensance, à ce qu’on appelle, sans plus trop savoir ce qu’on désigne,  le politiquement correct. Résultat pour Ray, une dépression voire un burn out, que le divorce d'avec sa femme accélèrera.

Vendre son Orwell à la société de consommation

Evidemment, on ne résiste pas quand on marchande son moi pour une campagne de publicité aussi géniale soit-elle. Cap sur l’ile de Jura au large de l’Ecosse, là où Orwell écrivit justement 1984. Sauf que la rédemption de Ray Welter tourne au fiasco. Ce qu’il imagine être le paradis sur terre se révèle être une sorte de purgatoire, n’eût été le whisky qu’il consomme en grande quantité, dans la maison de l’écrivain chéri. Toute cette partie du livre est vraiment très drôle, opposant un américain idéaliste confronté à la réalité de l’Ecosse la plus rude.

Pour que l’histoire soit parfaite, il y a une Lolita  qui erre et son père irascible qui voit dans l’Américain venu s’installer une menace pour la stabilité, offrant au livre une jolie métaphore sur le débat entre attachement aux traditions ancestrales et émancipation de l’individu.

Roman ambigü au message subtil  

L’incendie de la maison de George Orwell est surtout une machine à plaisir, tant l’auteur excelle à construire des scènes, cocasses ou sinistres, menaçantes ou dérisoires. La galerie de portrait est aussi particulièrement réussie, des taiseux écossais aux bobos du Michigan, en passant par les parents du héros. Tous les personnages secondaires possèdent une force que l’on ne lit pas si souvent.

Surtout l’épilogue du livre révèle sa profonde ambiguité et sa grande subtilité. Loin d’être un ode au retour aux vraies valeurs, ou une métaphore sur la nécessité de rester fidèle aux héros de ces 18 ans, l’incendie de la maison de George Orwell est une ode à la liberté intérieure, la vraie, celle qui met à distance les modèles écrasants.

Orwell a vanté dans d’autres textes la décence ordinaire des petits gens, soit le mode de vie des humbles, soucieux du bien des autres. Le roman est aussi un hommage à cet Orwell-là.

 

L’incendie de la maison de George Orwell, Andrew Ewin, Edition Joelle Losfeld

 

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