PSA ET TOTALFINAELF VIENNENT D'ADOPTER LA RETRAITE PAR CAPITALISATION

La France pourra-t-elle se passer des fonds de pension ?

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Oui : Pierre Cincialdi
chercheur économiste à l'Ires (Institut de recherches économiques et sociales)
" ILS NE SONT PAS UNE SOLUTION AU FINANCEMENT DES RETRAITES. "
Malgré un système fondé essentiellement sur la répartition, la capitalisation contribue largement au financement des vieux jours en France. Les revenus du patrimoine représentent 25 % des ressources des personnes âgées et même près de 30 % si l'on ajoute le revenu en nature des ménages propriétaires de leur logement. Faut-il aller au-delà ? Rien n'est moins sûr. A long terme, les rendements ne sont pas meilleurs avec la capitalisation qu'avec la répartition. Elle n'est donc nullement une solution au problème de financement des retraites. Que le prélèvement prenne la forme d'une cotisation sociale ou d'une part plus grande des revenus du capital, c'est toujours la même richesse qu'il s'agit de partager. Pendant la montée en charge des fonds, il faudrait cotiser deux fois, pour les retraités actuels et pour sa pension future. Avec, comme à l'étranger, un coût fiscal parfois énorme pour l'Etat. Tout cela pour stimuler la formation d'une épargne déjà surabondante dans notre pays ! Enfin, il faut être naïf ou ignorant des processus de décision économique pour penser que cela permettrait de garder un contrôle " national " des entreprises. La spéculation qui a suivi la déréglementation des marchés financiers a pu laisser croire que le rendement des actifs financiers serait durablement supérieur à la croissance. On sait bien que ce n'est pas le cas et que les marchés devront s'ajuster à la baisse. La création de nouveaux fonds serait surtout l'occasion pour les fonds existants, désormais à maturité, de se constituer un nouvel appel d'air.

Non : Louise Guerre
P-DG de Serda (management des connaissances) et présidente du Centre des jeunes dirigeants
"ILS PEUVENT DE SURCROIT FINANCER LES PME. "
Arrêtons d'opposer la répartition et la capitalisation : il y a en France de la place pour un système de fonds de pension qui viendrait en complément du régime général. D'ailleurs, la plupart des pays européens l'ont mis en place. Aujourd'hui, il y a tout un débat qui consiste à opposer d'un côté un régime solidaire et sûr, et de l'autre un régime inégalitaire, dont seuls les nantis profitent. Or les deux régimes sont liés à la richesse produite. La répartition est aujourd'hui, contrairement à ce que l'on peut penser, inégalitaire : le montant des retraites, proportionnel aux salaires perçus pendant la période d'activité, reproduit les inégalités existantes dans le monde du travail. Pis, le système actuel les accentue. Ainsi, un cadre supérieur touche en moyenne 57 % de plus que ce qu'il verse, un ouvrier qualifié seulement 13 %. Pour avoir un dispositif plus juste, il faut donc relever le niveau des pensions et introduire une dose de capitalisation. Celle-ci serait facultative et proportionnelle. Et puis, il y a fonds de pension et fonds de pension. Les supports éthiques, qui investissent dans des entreprises citoyennes, obligent les intéressés à avoir une performance globale. Si on n'introduit pas de façon complémentaire la capitalisation, on encourage les détournements des dispositifs de l'épargne salariale. La financiarisation de l'économie est un fait. Alors, profitons-en pour orienter l'argent frais généré par ces fonds de pension vers les PME qui ont besoin de ce type de ressources pour se développer. Propos recueillis par Emmanuelle Souffi

L'Usine Nouvelle N° 2821 du 18/04/2002

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