Quotidien des Usines

PSA crée un campus des métiers en Slovaquie

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Formation. Avant de lancer la production de la Peugeot 207, le constructeur a déployé un important plan de développement des compétences. Objectif : mettre à niveau 3 500 ingénieurs, techniciens et opérateurs slovaques.

Pelleteuses et grues s'affairent encore sur le chantier... Mais, déjà, quelque 650 salariés ont investi la nouvelle usine du groupe PSA Peugeot Citroën, située à Trnava, à 50 kilomètres au nord-est de Bratislava, la capitale de la Slovaquie. Leur mission ? Se familiariser avec le matériel flambant neuf et régler les machines qui devront produire, en vitesse de croisière, près de 300 000 Peugeot 207 (la remplaçante de la 206) par an. 700 millions d'euros ont été investis et 3 500 salariés seront nécessaires pour faire tourner les lignes à plein régime d'ici à la fin 2007.

39 millions d'euros pour 1,8 million d'heures de stages

C'est une véritable petite armée que le constructeur est en passe de recruter et de former. Constituée de 2 500 opérateurs, 440 ouvriers qualifiés, 400 techniciens et 160 ingénieurs et cadres, elle ne devrait compter à terme qu'une poignée de dirigeants français. Pour gagner son pari, l'industriel a mis en place un système unique et original où se mêlent apprentissage, cours de langues et stages sur le terrain. Ce dispositif vient d'ailleurs d'être couronné, le 12 mai, par la signature, avec le ministère slovaque de l'Education, d'un partenariat pour la formation professionnelle dans les métiers de l'automobile.

L'aventure a pris naissance bien plus tôt, en mai 2003. A l'époque, PSA pense trouver chez les Slovaques une main-d'oeuvre à la fois efficace et formée. La réalité se révèle moins rose. « En fait, s'ils possèdent un excellent niveau technique théorique, ils manquent encore de connaissances pratiques, assure Jacques Gainon, responsable formation du projet Trnava pour PSA. Leur système de formation les dote d'un mille-feuilles de connaissances mais ne les prépare pas à un vrai métier. » Deuxième déconvenue : le pays ne possède pas de système équivalent à notre formation continue. Et les équipements de ses écoles professionnelles et facultés, qui pourraient être utilisés pour les stages, se révèlent obsolètes. Très éloignés en tout cas des machines modernes prévues à Trnava.

Face à ces carences, le constructeur décide malgré tout, fin 2003, de trouver sur place la réponse à ses besoins. Incapable de traiter seul 3 500 stagiaires, il appelle à la rescousse deux de ses partenaires français : le ministère de l'Education nationale et l'Association pour la formation professionnelle des adultes (Afpa). Avec une idée simple : exporter en Slovaquie le système d'enseignement professionnel qui a fait ses preuves dans l'Hexagone. A charge pour l'Afpa de former les agents de production et de fabrication (opérateurs) et pour le ministère de l'Education nationale de mettre à niveau les ingénieurs, techniciens et ouvriers spécialisés.

Pour réussir cette prouesse, l'industriel dégage un budget conséquent de 39 millions d'euros pour dispenser 1,8 million d'heures de formation. Avec deux buts : mettre à niveau le personnel local mais aussi les équipements. Sur 27 établissements slovaques postulants, un comité de pilotage se charge de sélectionner ceux qui feront partie du futur campus des métiers. « Sur tous ceux visités, aucun ne répondait à nos attentes. Tous n'avaient à nous présenter que du matériel datant des années 50 », se souvient Alain Rochette, responsable des relations avec le monde de l'éducation de PSA. Malgré cela, quatre sites sont retenus : deux à Bratislava (une école professionnelle et une faculté de mécanique) et deux à Trnava (l'école des transports et celle de l'électrotechnique). Ces heureux lauréats bénéficient de la remise à neuf d'une partie de leurs locaux pour 1,1 million d'euros et d'un inves- tissement de 2,3 millions d'euros dans des machines de production dernier cri.

Des professeurs expatriés

De son côté, l'Education nationale française mobilise ses équipes. Et propose de bâtir un appren-tissage basé uniquement sur la mise en situation des stagiaires. « Les cours sont réalisés à partir de systèmes industriels réels de dimension modeste mais utilisant les mêmes technologies que les lignes automobiles, décrit Serge Saquet, chef du projet PSA Trnava pour le ministère de l'Education nationale. La partie théorique est ainsi réduite à son minimum et n'est dispensée qu'en cas de besoin. » En tout, une soixantaine de professeurs français sont engagés dans le projet dont treize sont encore détachés aujourd'hui en Slovaquie à plein temps. Une cinquantaine d'autres ont participé à l'aventure en réalisant des études d'implantation, des études de cas ou en effectuant le choix des machines. 290 cours et travaux pratiques ont ainsi été fournis et traduits en slovaque. Le tout étant évidemment pris en charge finan-cièrement par PSA, qui paie les primes d'expatriation et les remplaçants dans les lycées français.

Mi-2004, alors que l'usine n'est pas encore sortie de terre, les premiers stages débutent. Afin de connaître les besoins réels et de parer au plus pressé lors des cours, chaque nouveau recruté se soumet à un test individuel de positionnement. Sous forme de QCM, celui-ci permet, en 30 items et 350 questions, de balayer le spectre des connaissances acquises dans des domaines comme l'automatisme, le risque électrique, la robotique ou l'électronique de puissance. C'est à partir de ce constat initial que les formateurs construisent ensuite l'enseignement. « Notre but est de combler le delta qui existe entre les compétences des salariés et celles qui sont attendues pour travailler dans nos usines », éclaire Alain Rochette de PSA.

Enseignements à la carte

La remise à niveau, qui peut durer de quelques jours à plusieurs semaines selon les besoins du stagiaire, recouvre trois champs principaux : la maintenance industrielle, le pilotage d'un système et la gestion de production. « Nous nous arrangeons pour que les groupes soient homogènes, ce qui nous permet de réaliser des cours à la carte et adaptés aux profils des stagiaires », poursuit Jean-Louis Ferret, professeur en BTS Maintenance industrielle à Nantes et détaché depuis un an à la faculté de mé- canique de Bratislava. A l'issue de chaque session, les salariés repassent le test de positionnement. Ce qui permet de se rendre compte à la fois du chemin parcouru et de celui qui reste à accomplir...

Depuis le lancement du programme, 1 200 salariés sont passés, par groupes de cinq à dix personnes, par la matrice du campus des métiers. La plupart du temps, ils pour- suivent leur cursus par des cours de français (700 personnes en ont bénéficié à raison de 240 heures chacune) et par un stage dans l'une des usines du groupe en France. Ainsi Milan Tasar, 31 ans, embauché comme conducteur d'installation à l'atelier ferrage va suivre un parcours de formation de sept mois, dont deux consacrés au français, qui l'amè-nera jusqu'à l'usine de Poissy (Yvelines) pour travailler pendant 42 jours en doublon avec l'un de ses homologues.

D'ici à la fin 2006, le gros des troupes aura ainsi été formé. Tout comme une quarantaine de professeurs slovaques chargés de pren-dre la succession de leurs collègues français. Ce dispositif devrait permettre d'accompagner aisément la montée en puissance de la production qui devrait sortir son premier véhicule de série en juillet 2006. Un délai qui permettra au constructeur de consolider cette expérience exemplaire de formation à la demande pour la déployer ensuite dans d'autres sites du groupe.

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