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PSA Aulnay : une reprise du travail au goût amer

Pauline Ducamp ,

Publié le

L’usine de PSA à Aulnay a rouvert ses portes lundi 28 janvier mais la production n’a pas vraiment repris, ouvrant une nouvelle semaine perturbée pour les salariés du site de Seine-Saint-Denis.

PSA Aulnay : une reprise du travail au goût amer © Pascal Guittet

Drôle d’ambiance ce lundi 28 janvier sur le site PSA d’Aulnay-sous-Bois. A 6h45 la chaine de production de la Citroën C3 a redémarré mais aucune voiture ou presque n’est sortie de la ligne, immédiatement bloquée par 300 grévistes. Dans l’atelier, la tension est palpable. D’un côté, les manifestants en tenue de ville. De l’autre les ouvriers en blouse de travail et les renforts d’encadrement en gilet orange ou jaune. Tout le monde s’observe en chien de faïence.

Puis les grévistes du montage sont rejoints par ceux du ferrage. Les invectives pleuvent alors sur l’encadrement. "C’est de la provocation de la direction, d’avoir fait venir des gens d’autres sites du groupe !", lance Jean-Pierre Mercier, délégué syndical CGT et figure médiatique du mouvement. Ils sont nombreux à partager son avis. "Les cadres supplémentaires, ça énerve, c’était sûr", explique un salarié venu prendre son poste, et qui, comme ses collègues, préfère garder l’anonymat.

Une solution concrète demandée

En bord de ligne, ça discute. Beaucoup. Les grévistes passent, essaient de convaincre les collègues qui travaillent et les intérimaires de se joindre au mouvement. Même s’ils refusent, beaucoup sont solidaires. "Il n’y a pas deux groupes, ceux qui sont sur les lignes et ceux qui font grève, il n’y a que des salariés d’Aulnay", lance un opérateur. "Il y a plein de gens qui voudraient faire grève, mais il y a les factures. Faire grève c’est une grosse perte d’argent", ajoute-t-il.

Mais derrière le soutien affiché pointent beaucoup de questions. Sur le fond du mouvement d’abord. "La grève est logique, explique un salarié. Mais il ne faut pas réclamer des choses impossibles". La plupart demandent maintenant à la direction une solution concrète, qu’il s’agisse d’un chèque de départ via le PSE ou d’un poste effectif dans un autre site du groupe. Mais les offres de nouveaux jobs semblent se faire rares. "Un chef d’équipe a proposé à deux opérateurs du montage de travailler sur un autre site, en attendant de voir les conditions du Plan de Sauvegarde de l’Emploi. C’est tout", précise Ehaïl Larbi, délégué syndical CFDT. "Moi, j’habite dans l’Aisne, rétorque un de ses collègues. Si on me propose d’aller à Poissy, c’est 2h30 aller, et pire pour le retour, c’est impossible !"

"Ne pas finir comme les Conti"

PSA a également promis de reclasser 1 500 personnes dans d’autres entreprises, dans le cadre d’un plan de réindustrialisation. Là encore, le projet ne convainc pas. "Moi je n’en veux pas, lâche Aziz. Un ouvrier de PSA gagne 13 euros de l’heure, chez un sous-traitant, ce sera 9 euros". Tous acquiescent cependant sur l’urgence de leur situation. "Il ne faut pas perdre de temps, s’alarme un opérateur. Normalement, la fermeture devait être annoncée en 2011, ça a été retardé avec la présidentielle. On a déjà perdu un an, ça suffit !".

L’image du mouvement social inquiète aussi. "Avec tout ce qui se passe, les 11 ou 12 années que j’ai passées à PSA Aulnay, je ne suis pas sûr de les mettre sur mon CV", confie un salarié. Pourquoi ? "J’ai peur de l’image, on ne veut pas finir comme les Conti", souffle-t-il. A mots couverts, ils sont plusieurs à évoquer les pressions subies la semaine dernière. "On reste tous ensemble à la pause, car on peut nous embêter à tout instant", explique un opérateur au montage. La direction a mandaté une dizaine d’huissiers pour constater d’éventuelles violences ou dégradations. Les cadres venus d’autres sites sont aussi là en observateurs. Une situation dénoncée par Jean-Pierre Mercier. "Il n’y a pas de violence, la direction ne supporte pas la popularité des salariés d’Aulnay, elle essaie de casser le mouvement", dénonce le syndicaliste. Le mouvement est pourtant bien reparti : la grève a été votée lundi matin à main levée. Mardi 29 janvier, une nouvelle assemblée générale devra décider de sa reconduction.

Pauline Ducamp

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1 commentaire

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28/01/2013 - 17h47 -

Ce qui tue les salariés de PSA Aulnay c'est la concurrence déloyale exercée au sein même de PSA, car il faut quand même savoir qu'aujourd'hui les usines PSA dans les pays de l'Est, en Turquie,... et dans d'autres pays lowcost tournent à plein régime ! Conclusions si la France ne taxe pas rapidement les produits importés des pays lowcosts, le nombre de chômeurs va continuer d'augmenter et on va à la catastrophe sociale en FRANCE !
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