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Protex International, un chimiste très réactif

Olivier James , , ,

Publié le

Protex International s'appuie sur sa forte présence à l’étranger et sur la grande diversité de ses activités pour résister à la crise.

Protex International, un chimiste très réactif © Protex International

« La France est le pays où nous souffrons le plus !», s’exclame Robert Moor, le PDG de Protex International. Sa société accuse un recul de son chiffre d’affaires de 20% dans l’Hexagone sur un an, constaté à la fin du mois de novembre 2009, contre une baisse de 5% à l’étranger. Mais ce mauvais résultat sur ses terres n’entrave pas trop la santé de son groupe. Cette entreprise de chimie, 100% familiale, réalise un chiffre d’affaires de 100 millions d’euros. Elle fait figure d’exception dans le secteur, puisqu’elle génère 80% de son chiffre d’affaires avec l’export, quand la moyenne du secteur s’élève à 53%. Alors que nombre de chimistes continuent de souffrir de la crise, Protex affiche ainsi une relative bonne santé.

Avec audace, l’entreprise mène sa barque en faisant des petites acquisitions ciblées ou en créant des filiales. En 2009, le français a ainsi racheté l’américain Mace Polymers&Additives, spécialisé dans les solvants à base de polyuréthanes, pour 3 millions de dollars. Il a également créé la société chinoise Suzhou Protavic dans le domaine de l’électronique. En Colombie, Protex procède en ce moment au rachat d’un spécialiste des produits chimiques pour le textile, pour un montant de 1 million de dollars. Un achat en forme de retour aux sources...

Fiche d'identité

Date de création 1932
Actionnariat Robert Moor et ses trois enfants
Activité Chimie
Chiffre d’affaires 2009 100 millions d’euros, en croissance de 20% par rapport à 2000
Ebitda 2009 12%
Effectif 500 salariés
Les poids lourds du CAC 40 Comme Clients

L’histoire commence en 1932, lorsque Frédéric Moor crée Protex International à Paris. La société est dédiée à l’industrie textile. Vingt ans plus tard, son fondateur décède. A 24 ans, son fils Robert décide de prendre la relève. Dès son arrivée à la tête de l’entreprise, il développe l’international, d’abord aux Pays-Bas, puis en Allemagne et en Italie. Hongkong, les Etats-Unis, le Maroc et la Corée du Sud, entres autres, suivront. Au total, Protex est aujourd’hui implanté dans une vingtaine de pays. Au plan industriel, cette entre prise de taille intermédiaire (ETI) a fait le choix de conserver ses trois sites industriels en France: à Château- Renault (Indre-et-Loire) où sont fabriqués des spécialités chimiques et des polymères; à Noyant (Maine-et- Loire) où sont produites des bactéries lactiques et des compositions parfumées et à Saint-Avold (Moselle) d’où sortent des produits organiques de synthèse (séquestrant, dispersant…). Les sites sont optimisés, et emploient chacun un peu plus de 200 salariés. Depuis sa création, le groupe n’a pas seulement cherché à diversifier son implantation internationale. Il a aussi agi sur ses métiers. L’entreprise, qui ne fait appel à aucun sous-traitant, travaille aujourd’hui pour des secteurs aussi variés que la parfumerie, le papier, l’électronique, les peintures et le traitement des eaux. Et presque aucun de ces secteurs ne représente plus de 10% du chiffre d’affaires. Les ténors du CAC 40 sont, désormais, presque tous des clients. Protex International, qui dépense 5% de son chiffre d’affaires en R&D, possède huit centres de recherches à travers le monde.

Une stratégie de niche

Le créneau de cette entreprise familiale de taille intermédiaire? « Faire ce que les grands ne veulent pas faire et ce que les autres ne peuvent pas faire », lance Robert Moor. Autrement dit, le groupe cherche en permanence à se spécialiser dans des niches. « Notre taille nous fournit une souplesse extraordinaire. Nous pouvons investir dans les hommes même en temps de crise, sans réfléchir aux dividendes, précise Robert Moor. Aucun actionnaire n’est là pour nous dire de générer du cash. » Pour autant, ce dirigeant charismatique n’est pas seul à la barre de son entreprise. Il s’est entouré de ses propres enfants, qui font tous partie de la direction. Robert Moor, 180e fortune de France selon le magazine « Challenges », se définit comme « prudemment agressif ». Mais il est arrivé que cette gestion atteigne ses limites et ternisse l’image de l’entreprise. Robert Moor a été condamnéàunandeprison avec sursis en 1992, à la suite de la pollution de la Brenne, en 1988, par l’usine Protex d’Auzoueren- Touraine (rebaptisée depuis Synthron), située près de Tours (Indre-et-Loire). Après plusieurs rappels à l’ordre, la filiale du groupe a été renvoyée le 30 septembre 2004 devant le tribunal correctionnel de Tours pour un nouveau cas de pollution. Aujourd’hui, Robert Moor fait son mea culpa, tout en déplorant que les textes réglementaires «deviennent de plus en plus contraignants, surtout pour une entreprise de taille moyenne. » Même commentaire à propos de la réglementation chimique européenne Reach. « C’est un mal nécessaire. Mais ce règlement nous ralentit. Il consomme des ressources qui pourraient être investies dans notre développement. » Quoi qu’il en soit, Protex International poursuit son chemin et cherche à embaucher une dizaine de cadres. Des acquisitions sont prévues en Europe, en Amérique du Nord et en Asie, où l’entreprise est implantée depuis trente ans. L’Asie, avec le boom en Chine, est plus que jamais le moteur de sa croissance.

Olivier James

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