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Protéger ses expatriés dans les pays à risques

Publié le

Mondialisation oblige, les entreprises investissent des marchés émergents, parfois dangereux pour les salariés envoyés sur place. Des précautions s'imposent.

Depuis l'attentat de Karachi, au Pakistan, qui a provoqué la mort de 11 collaborateurs de la DCN le 8 mai 2002, une entreprise peut être jugée coupable d'avoir minimisé les risques et accusée de « faute inexcusable ». Protéger ses salariés est un devoir, mais aussi une obligation. Pour réduire le danger, une bonne préparation et l'observation de règles simples s'imposent.

Première étape : s'informer. Le ministère des Affaires étrangères met à jour régulièrement sur son site internet une liste des pays déconseillés aux voyageurs. Il dispose également d'une cellule de veille, qui se transforme en cellule de crise en cas de nécessité. Autre source d'information : l'ambassade ou le consulat du pays ciblé. « La France est le deuxième pays dans le monde pour son réseau diplomatique. Il ne faut pas hésiter à contacter les attachés de police du service de coopération technique internationale du ministère de l'Intérieur et les attachés de défense, souvent en contact avec des prestataires de sécurité locaux », recommande Xavier Carn, le directeur des services crises et sécurité de International SOS. Cet expert, comme ses confrères Geos ou Sécurité sans frontières, propose des services d'information, mais payants. Dans certains pays, tels que la Colombie, la police locale peut être un bon interlocuteur. Enfin, dans le cadre du cercle Magellan, une association de directeurs des ressources humaines, on peut s'informer et échanger sur les bonnes pratiques, pour une adhésion annuelle de 5 200 euros.

Avant le départ : priorité à la formation

Ensuite, l'entreprise doit former le candidat au départ. Certaines sensibilisent aussi le conjoint et les enfants, selon leur âge. « 30 % des affaires que nous gérons sont liées à des fautes de comportement. Le but de la formation n'est pas d'effrayer mais de donner les moyens d'éviter 99 % des risques. Ne pas se déclarer à l'hôtel comme ingénieur de telle société par exemple... Et surtout ne jamais oublier que l'on est son premier garde du corps », indique Laurent Combalbert, le directeur du développement de Geos, ancien du Raid et négociateur de renom. La formation doit porter sur les risques criminels, bien sûr, mais aussi culturels. « Des expatriés ont été tabassés, d'autres égorgés, pour avoir eu des aventures avec des jeunes filles locales », relate Sabine David, la directrice générale de Femme Expat communication, une entreprise qui forme et accompagne les femmes expatriées. Au Venezuela, un autre s'est fait lapider pour avoir pris des photos d'un enfant. Les villageois ont cru qu'il oeuvrait pour un trafic d'organes.

Pour convaincre les PME au budget limité, les experts en sûreté proposent des formations interentreprises. Chez Schneider Electric, « les salariés sont informés de tous les aspects de leur expatriation au Centre de mobilité internationale, qui peut les inciter à suivre une formation, et leur remet un classeur contenant l'ensemble des règles de conduite administratives, sécuritaires et culturelles », précise Marc Bochirol, le directeur des ressources humaines division internationale. Comme Legrand, Total, Sanofi-Aventis et d'autres grands groupes, l'équipementier électrique propose par ailleurs à ses expatriés un voyage de reconnaissance.

Bien entendu, une assurance est indispensable. Contrairement aux idées reçues, la garantie « Kidnapping et Extorsion » n'est pas réservée aux seuls grands groupes. « Elle est à la portée des PME, qui n'ont pas toujours de responsable sécurité. Elle couvre les pertes financières, qui incluent notamment le paiement de la rançon, les frais consécutifs à l'incident tels que les salaires, la récompense aux informateurs, les frais de transport et de séjour d'un membre de la famille, mais aussi et surtout les honoraires de l'expert-négociateur qui intervient. Depuis trois ans, certains assureurs, à notre demande, participent aux frais de prévention », expose Marie Ortigosa, chargée de clientèle du courtier Gras Savoye. En France, AIG, Chubb, Lloyd's de Londres, et depuis peu Nassau, garantissent ce risque.

Sur place : la sécurité peut être mutualisée

Afin d'être contacté et évacué en cas de crise, l'expatrié doit, dès son arrivée, s'immatriculer auprès de l'ambassade ou du consulat français. Dans une zone reculée, un téléphone satellite est nécessaire. « Il faut vérifier régulièrement que les passeports, les titres de séjour et les vaccinations de l'expatrié et de sa famille sont à jour. C'est indispensable pour être rapatrié dans un pays voisin », conseille Claude Mulsant, la directrice adjointe du cercle Magellan.

Pour un tarif journalier de 500 à 1 500 euros, l'entreprise peut recourir à un expert pour trouver un logement sécurisé, réaliser un audit de sécurité et élaborer son plan d'évacuation. « Notre officier de sécurité vérifie que toutes les mesures sont respectées sur place et que les expatriés ne font pas de bêtises, comme fumer du haschich ou fabriquer du pastis dans leur baignoire dans les pays musulmans ! », indique Frédéric Bauer, le président de Sécurité sans frontières. Faute de pouvoir s'offrir un officier de sécurité en exclusivité, certaines entreprises se partagent ce service. « Mais la mutualisation ne doit pas excéder quatre clients, de préférence situés à proximité », insiste Xavier Carn. Quant aux PME venues dans le sillage de leurs donneurs d'ordres, elles ont intérêt à se rapprocher d'eux.

Dans tous les cas, l'entreprise doit déterminer au préalable qui fait quoi, avec qui, où et comment. Il faut désigner l'interlocuteur sur place et les personnes à avertir au sein de la cellule de crise au siège. Chez Schneider Electric, le patron pays rédige, sous la direction du groupe, une procédure très pratique avec les consignes à suivre, qu'il soumet à son équipe.

Parallèlement au dispositif de sécurité, l'expatrié a intérêt à se constituer un réseau, à prendre ses marques. Quel que soit l'éloignement, la société doit lui manifester son soutien. « 70 % des échecs de l'expatriation sont dus à des problèmes familiaux. Le DRH doit considérer les angoisses et ne pas négliger les appels à l'aide », recommande Sabine David. A l'inverse, l'entreprise doit se méfier du ressenti des expatriés, qui souvent s'habituent et sous-estiment le risque. « Certains jouent les cow-boys. D'autres minimisent pour éviter de se soumettre à des mesures contraignantes », relate Frédéric Bauer. Malgré les réticences, l'entreprise doit rapatrier la famille quand elle détecte une menace.

En cas de crise : recourir aux spécialistes

Le kidnapping ne concerne pas que les grands groupes. La moitié touche des PME. Dans tous les cas, l'intervention d'un spécialiste s'impose. Le DRH doit bien connaître la profession. « Il doit rencontrer les grands acteurs et évaluer leurs dispositifs. Tous ne sont pas compétents pour intervenir partout », avertit Bertrand Monnet, directeur scientifique de l'Imarisc, l'institut de management des risques criminels de l'Edhec. Selon le pays, l'entreprise peut recourir à la police locale. En Colombie, celle-ci « traite » plus d'une centaine d'enlèvements par an.

Bien entendu, la crise sera d'autant mieux gérée que le manager sur place a été formé. C'est ce que Schneider Electric va faire à compter du second semestre, suite à l'assassinat de deux de ses expatriés partis faire du tourisme au sud de l'Arabie saoudite, le 26 février dernier. « Notre manager a parfaitement géré la situation. Mais cet événement nous a fait prendre conscience de la nécessité d'une bonne préparation. La gestion de l'information, notamment, est cruciale », témoigne Marc Bochirol.

Parallèlement, parce que le retour à la normale peut prendre un certain temps, il convient d'établir un « Business Continuity Plan ». « Cela consiste par exemple à réduire la voilure au niveau des expatriés, à fonctionner avec moins de véhicules... », précise Xavier Carn. Enfin, la crise réglée, l'entreprise doit gérer le stress post-traumatique. Le syndrome du survivant est fréquent. Outre un soutien psychologique, matériel et financier le cas échéant, au collaborateur et à sa famille, la société doit soigner sa communication. « Le fait de réunir tout le personnel pour un debriefing renforce la confiance dans l'entreprise. Cela démontre que la situation a été bien gérée », observe Laurent Combalbert. Bien que sa responsabilité n'ait pas été engagée, Schneider Electric a informé dès le début, et continue à le faire, l'ensemble de ses salariés, dans le monde entier, de l'appui apporté aux familles de ses deux collaborateurs décédés.

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