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L'Usine de l'Energie

Projets solaires géants au Maroc : "Au moins 35% de sourcing marocain sur Noor 2 et 3", selon Obaid Amrane de Masen

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Publié le

Entretien Alors que l'agence solaire marocaine Masen vient de choisir le saoudien Acwa Power comme attributaire des phases 2 et 3 du projet solaire thermique géant Noor situé à Ouarzazate, L'Usine Nouvelle a rencontré Obaid Amrane, membre du directoire de l'Agence marocaine pour l' énergie solaire (Masen) . Il détaille les projets et perspectives de ces projets notamment en matière de sourcing local. Et annonce l'entrée en service de la centrale Noor 1 au dernier trimestre 2015.

Projets solaires géants au Maroc : Au moins 35% de sourcing marocain sur Noor 2 et 3, selon Obaid Amrane de Masen
Obaid Amrane, membre du directoire de l'Agence marocaine pour l'énergie solaire (Masen)
© masen

Les entreprises citées

Près de 2,6 milliards de dollars. C'est le montant prévu pour les deux nouvelles centrales Noor 2 et Noor 3 du plan solaire thermique marocain situé à Ouarzazate dans le sud du royaume. La réalisation et l'exploitation de ces projets, pilotés par l'Agence marocaine pour l'énergie solaire (Masen) viennent d'être attribuées sur appel d'offres au groupe saoudien Acwa Power déjà vainqueur du projet Noor 1, associé à l'ingénieriste espagnol Sener. Devant Edf, Gdf-Suez ou Abengoa. Ces trois projets doivent totaliser une puissance de 500 MW, dont 160 MW pour Noor1 (480 hectares de miroirs cylindro-paraboliques). Noor 2 sera du même type alors que Noor 3 sera constitué de miroirs plans (héliostats) et d'une tour. Pour L'Usine Nouvelle, Obaid Amrane, membre du directoire de Masen, rencontré à Paris, fait le point sur ces projets et leurs enjeux dans un pays qui s'est fixé pour objectif 42% de ses capacités électriques en renouvelables à l'horizon 2020.

Masen vient d’attribuer les tranches 2 et 3 des futures centrales solaires Noor situés à Ouarzazate. Ces projets mobilisent des milliards d'euros, pourquoi le Maroc s'est-il engagé dans la voie du solaire thermique Noor à Ouarzazate ?
Pour une raison simple. Le Maroc est convaincu de pouvoir transformer sa dépendance énergétique actuelle en opportunité de croissance. Cela en investissant autour des atouts dont il dispose en matière d'énergies renouvelables, à savoir les ressources éoliennes et solaires pour ce qui concerne Masen. De plus le solaire thermique reste un secteur naissant disposant de belles perspectives. Le Maroc s'y positionne sur des segments à valeur ajoutée. Comme vous le savez, il a déjà réussi à le faire dans des domaines un peu plus compliqués que sont l'automobile et l'aéronautique.

Quels sont les objectifs de plan solaire alors que le pays fait la course aux capacités électriques et est notamment en train de construire plusieurs grosses centrales à charbon ?
Votre question renvoie aux options stratégiques retenues par le Maroc dans la détermination de son mix énergétique. Notre pays voit ses besoins électriques croître en moyenne de 6 à 8% par an, soit pratiquement un doublement par décade. Cela suppose aussi un doublement des capacités de production. Vous avez d'un côté une demande et de l'autre une très faible autonomie énergétique du pays. Le solaire est une partie de la réponse.

Mais dans le solaire thermique, le Maroc dépend de technologies qu'il doit importer pour l'essentiel...
Détrompez-vous. Parmi les technologies solaires existantes, vous avez deux grandes familles, le photovoltaïque et le thermique notamment CSP (Concentrated solar power) qui est une technologie peu élaborée par comparaison au silicium. Au final, une centrale CSP cela ressemble à une centrale thermique classique où le brûleur est remplacé par un champ de miroir. Ce procédé existe en fait depuis le début du siècle dernier. Technologiquement, il ne s'agit pas de solutions inaccessibles.

D'ailleurs, les intervenants sur ce marché sont surtout des intégrateurs, pas des entreprises de technologies. Si vous prenez le chemin parcouru par l'Espagne en matière de solaire thermique, avant de s’y lancer, elle n'était guère en meilleure posture que le Maroc aujourd’hui. Et pourtant, l’Espagne compte aujourd'hui parmi les acteurs les plus importants au monde.

Obaïd Amrane, ingénieur d'Etat est aussi Inspecteur des finances. Après une carrière dans la haute fonction publique, il a rejoint le groupe bancaire BPCE (Caisse d'épargne) pour ses activités marocaines. Il est depuis 2010 membre du directoire de Masen, l'agence solaire qui gère les grands projets en la matière, notamment ceux emblématique d'Ouarzazate.

Pour le Maroc, l'éolien ne parait-il pas plus rentable ?
Oui, certes. Mais, l’éolien reste intermittent. Vous avez besoin de surcapacité pour alimenter et réguler le réseau. Il en est de même pour le photovoltaïque. Vous devez avoir un backup ou des capacités additionnelles qu'il faut introduire dans le calcul de rentabilité. Vous n'êtes plus alors dans la meilleure allocation du capital. C'est un investissement supplémentaire dont il faut tenir compte. Nos choix sur Noor 2 et 3 recourrent au stockage thermique, en fait de l’énergie électrique. Dans les énergies renouvelables, selon nous, ramené au réseau, la technologie la plus intéressante est aujourd'hui le thermique. Elle offre une électricité à plus grande valeur et est en outre autonome par rapport au réseau.

Pourquoi ?

Grâce au stockage. Nous avons 3 heures de stockage sur Noor 1 et le stockage proposé sur Noor 2 et 3, par le futur développeur pour optimiser la centrale est porté à 7, voire 8 heures. Autant vous dire que la justification de cette technologie est d'abord dans ce stockage. Certes, il aurait été simple pour le Maroc d’opter pour 20 000 mégawatts d'éolien. La ressource en vent existe mais si vous n’avez pas l’utilité de l’électricité durant les pics elle est perdue.

Sur les grands projets de solaire thermique, de l'avis même des bailleurs de fonds comme la Banque mondiale, il y a un risque élevé à la fois économique et technologique car peu de pays disposent d'un réel retour d'expérience. N'est-ce pas un risque important pour vous?

Ecoutez, dans tous les projets, vous avez des professionnels de la technologie utilisée. Il vous appartient d'analyser et de repérer le risque que vous pouvez porter ou pas. Que ce soit pour un train à grande vitesse, une centrale solaire ou une centrale à gaz, le risque est en l’espèce porté par l'industriel lui-même, c’est-à-dire l’attributaire du contrat sur Noor 2 et 3. La structuration même du projet prend en considération ces aspects-là. Pour rappel, le financement de 2,6 milliards de dollars est, pour l’essentiel, apporté par des bailleurs de fonds internationaux [Kfw, Banque mondiale, Afd, BAD... NDR]. Ces bailleurs de fonds ne sont pas des enfants de chœur. S'ils n'avaient pas la certitude que ce genre de projets peut être réalisé, croyez-moi, ils n'accorderaient pas les financements !

Quel est le risque porté par Masen et l'Etat marocain sur les projets Noor ?
Nous agissons dans le cadre d'un partenariat public-privé adapté (PPP) au secteur de l'énergie. Nous achetons l'électricité fournie par l'exploitant des parcs [Acwa NDR] à un prix fixe. Tous les risques liés à l'exploitation, au développement, à la construction, à la technologie sont portés par celui qui mettra en œuvre le projet selon un schema de producteur indépendant (IPP). Par conséquent, l'Etat marocain n'est pas exposé.

Et vis-à-vis de l'Office de l'électricité (Onee) ?
Il n’y a pas non plus de risques nous concernant. Nous avons un contrat de vente d'électricité qui est intégré au plan de charge et au plan d'équipement de l'Onee. Ça veut dire que les centrales de Masen sont programmées en fonction de la variation attendue de la demande. Nous avons un prix garanti par projet.

"positionner les PME marocaines sur d'autres marchés similaires au Maroc ou à l'étranger"

Sujet sensible au Maroc, avez-vous fixé un objectif de localisation concernant le sourcing, ce qui est une grande attente des industriels marocains?
C’est un sujet important pour nous. Concernant cet aspect, il faut que la localisation au Maroc se fasse d'une manière compétitive et qu'elle n'ait pas un impact négatif sur le prix du kilowatt heure.

Les miroirs et les tubes utilisés dans les technologies CSP coûtent chers et le Maroc ne les fabrique pas, y avait-il d'autres solutions ?
La question n'est pas de tout fabriquer au Maroc mais de localiser au moins une part de ces composants. C'est aussi une question d'opportunité. Il faut regarder le problème d'un point de vue global. Pour en revenir à votre question, sur la phase Noor 3, le projet retenu est celui d'une tour solaire. Nous n'aurons pas besoin de tubes et les miroirs utilisés pour cette technologie sont moins complexes à produire que les miroirs paraboliques. Ce n’est pas inenvisageable au Maroc.

Concrètement, quels objectifs avez vous fixé en matière d’achats au Maroc sur les projets à venir Noor 2 et 3?
Pour la centrale Noor I qui est presque achevée, nous avons jugé qu'un taux de 30% de sourcing local en valeur (achats de composants et de services) était largement accessible. C'est ce qui a été réclamé dans le cahier des charges d’ailleurs. Et ce taux de 30% va être réalisé.

Et sur les deux autres centrales à venir Noor 2 et 3 ?
Nous avons fixé dans le cahier des charges le taux à 35%. C'est l'engagement d'Acwa. En parallèle, nous conduisons des mesures pour renforcement les capacités des entreprises marocaines. Toutes les entreprises de services et les industriels marocains sont concernés.

A savoir ?
La spécificité de solaire thermique, c'est qu'il englobe de l'ingénierie, de la métallurgie, des matériaux de construction, des chaudronniers, des électroniciens et j'en passe. Tous ces métiers doivent travailler ensemble. Pour cela, Masen a impulsé la création d’un « cluster » solaire. Il faut non seulement répondre aux besoins du plan solaire que nous conduisons mais aussi positionner les PME marocaines sur d'autres marchés similaires au Maroc ou à l'étranger.

Vous pensez à quoi par exemple ?
Aussi bien aux applications solaires qu'à celles relatives aux énergies renouvelables en général ou au-delà des activités d’intégration. L'énergie en elle-même devient un intrant. Des services et des produits liés au pompage solaire, à la vapeur industrielle, au froid comme au chaud sont très recherchés en Afrique notamment. Tous ce savoir-faire peut intéresser d'autres pays mais aussi d’autres industries au Maroc.

Selon vous, les compétences sur ces projets sont transposables à d'autres domaines ?
Oui. En Afrique par exemple, vous avez des villages isolés en matière électrique. Et il n y a pas forcément une réponse à ces besoins exprimés car ils ne correspondent pas aux prestations standards fournies par les grandes sociétés internationales. C'est un relais de croissance potentiel pour les entrepreneurs ou industriels marocains qui en se positionnant sur ces marchés pourraient créer de la richesse et de l'emploi. Les chiffres avancés par les institutions mondiales en la matière atteignent plusieurs centaines de milliards de dirhams (1000 dirhams = 92 euros). Ces marchés existent d'abord en Afrique mais aussi au Moyen-Orient ou même en Europe.

Sur la centrale Noor I, la date de démarrage promise pour l'été 2015 par Mustapha Bakkoury,  président du directoire de Masen est-elle indicative ?
Pour Noor I, a été annoncée la date du dernier trimestre de 2015. Aujourd'hui, le champ solaire est pratiquement achevé. La turbine arrive. Les travaux avancent à une bonne allure. Les premiers électrons solaires de Noor I seront donc disponibles dès l'automne 2015.

Propos recueillis par Pierre-Olivier Rouaud

 


Nouvelle tranche en vue
Masen, depuis cet entretien, s'apprête selon la presse marocaine a lancer prochainement un appel d'offres pour un nouveau projet solaire à Ouarzazate. Appelé Noor 4, celui ci fera appel à la technologie photvoltaïque. Pour une puissance de l'ordre de 50 MW.

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