Profits record : Gare à la démagogie !

Les amalgames un peu rapides sur les profits records de plusieurs grands acteurs industriels peuvent conduire tout droit à la démagogie. De quoi parle-t-on ? De l'ampleur des profits des stars du CAC 40 ou de leur destination ? La question du partage de l

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Total, Arcelor, Schneider, L'Oréal, Snecma... La rafale de bons résultats - souvent historiques - affichés la semaine dernière par plusieurs grands groupes industriels n'a pas manqué de susciter les commentaires des responsables politiques et syndicaux. Face à des profits record, il est de bonne guerre de mettre sur la table la question du pouvoir d'achat des salariés. Plusieurs syndicats ont saisi la balle au bond pour exiger l'ouverture rapide de négociations salariales dans le privé comme dans le public. Et, outre le temps de travail et l'emploi, la CGT, FO ou la CFTC font de la hausse des salaires, une revendication de la journée de grève et de manifestations à laquelle ils appellent le 10 mars. Une posture dans l'ordre des choses. Mais attention ! Les amalgames un peu rapides sur les profits records de quelques acteurs industriels peuvent conduire tout droit à la démagogie. Tout comme les propos de circonstances ou les formules choc. " Quand on voit les résultats financiers du CAC 40, on se dit qu'aujourd'hui c'est le jackpot pour les actionnaires et les fonds de tiroir pour les salariés ", s'est exclamé Jean-Claude Mailly (FO), réclamant la convocation rapide de la commission nationale de la négociation collective.
Plus surprenante, la manière dont le Premier ministre, lui même, s'est saisi du sujet : " Quand j'entends sur les radios comme ce matin le profit fait par un certain nombre d'entreprises, je me dis vraiment que ces entreprises, si elles veulent continuer à faire du profit, il faut qu'elles le partagent ".
De quoi est-il question ? Des résultats de Total ? Certes, le pétrolier français a vu en 2004 son bénéfice progresser de 23 % pour atteindre 9,04 milliards d'euros, un record dans l'histoire des entreprises nationales. Encore faut-il se souvenir que dans le même temps, le prix du baril de brent a augmenté de 33 % pour atteindre une moyenne de 38,30 dollars le baril. De même, la hausse des prix de vente de l'acier n'aura pas peu contribué au bénéfice net historique enregistré l'an dernier par Arcelor (2,3 milliards d'euros, soit neuf fois plus qu'en 2003). Or, ce qui nourrit la performance des uns fait la contre-performances des autres. Nombre d'entreprises ont à déplorer l'impact du coût des matières premières sur leur rentabilité. Notamment les mécaniciens ou encore les entreprises de l'électroménager (lire notre article page10).
Evidemment, ce n'est pas parce que plusieurs grands industriels ont profité d'un effet d'aubaine pour dégager des profits records que l'industrie a les moyens de s'offrir une augmentation générale des salaires ! Au Cevipof, Elie Cohen, observateur avisé de l'économie française, n'a pas manqué de le rappeler la semaine dernière, préférant préconiser une augmentation de l'intéressement des salariés. Ce en quoi il rejoint le Premier ministre, prônant non sans lyrisme " un retour aux sources du gaullisme ", c'est à dire un développement de la participation. " Je ferai des propositions prochainement ", a-t-il assuré, le 18 février. Au bout du compte, pour le Premier ministre, ce n'est pas tant l'ampleur des profits des stars du CAC 40 qui fait débat que leur destination. Ainsi posée la question du partage des richesses entre salariés et actionnaires mérite mieux que les amalgames et les formules choc.
Par Jean-Louis Marrou, rédacteur en chef

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