PROCÉDÉLES PREMIERS PAS DU "BOIS PERCÉ"Breveté en 1987,le "bois percé" a tardé à tenir toutes ses promesses. La menuiserie, puis le B-TP, commencent à lui faire confiance.

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PROCÉDÉ

LES PREMIERS PAS DU "BOIS PERCÉ"

Breveté en 1987,le "bois percé" a tardé à tenir toutes ses promesses. La menuiserie, puis le B-TP, commencent à lui faire confiance.



C'est en 1987 que Claude Grandclément, scieur à Vaux-lès-Saint-Claude, dans le Jura, dépose le brevet du "bois percé". Un procédé qui consiste à percer selon son axe longitudinal la pièce de bois, rondin brut ou équarri, poteau, poutre ou élément lamellé-collé. L'idée n'est peut-être pas complètement originale. Les Canadiens semblent l'avoir eue il y a longtemps. Mais elle est bonne. La preuve, le fabricant de machines à bois Dubus Industries finit par s'y intéresser. Il développe une machine-outil à deux têtes foreuses pour le perçage de pièces de bois jusqu'à 9mètres de longueur, à la cadence de plusieurs centaines de mètres par jour. L'âge industriel du bois percé peut commencer. Le trou réalisé - son diamètre peut atteindre 15cm - allège la pièce. Premier avantage. "Mais le principal intérêt du bois percé est d'accélérer et d'améliorer le séchage du bois, explique Philippe Tesnière, gérant de la scierie Talbois, à Arc-et-Senans. Un carrelet de chêne de 100millimètres carrés de section, percé d'un trou de 35millimètres, introduit dans le séchoir sans stockage préalable, atteint en deux mois et demi une siccité de 10 à 12%." Une performance bien supérieure au séchage sans perçage, qui, pour le même type de pièce, demande une année de stockage, puis six à sept mois de présence dans le séchoir.

Faire passer des gaines et des câbles

Première scierie à avoir adopté, il y a quatre ans, le procédé de Claude Grandclément, Talbois perce aujourd'hui plus de 250mètres cubes de bois chaque année. "Le bois percé représente déjà le tiers de notre chiffre d'affaires, soit 2,5millions de francs en 1994", indique Philippe Tesnière. Utilisé pour les pieds et les plateaux de table, les poteaux et les mains courantes d'escalier, ou les habillages de cuisine, le bois percé a gagné ses premiers galons en menuiserie. Le séchage des pièces n'est pas la seule application du bois percé. L'idée a germé de profiter des trous pour faire passer des gaines et des câbles. Une solution idéale pour éliminer les anachronismes lors de la restauration de monuments historiques. Mais cette technique offre également la possibilité de précontraindre le bois à l'aide d'un câble ou d'une barre d'acier. C'est le brevet du "bois précontraint" déposé par Jamal Abdoufadl en 1990. La technique s'inspire du béton précontraint, dans lequel une armature d'acier, tendue à l'aide de vérins, ancrée aux extrémités, transmet au béton les contraintes de compression. Première idée d'application, les poutres maîtresses. Premier marché désigné, la restauration des grandes poutres. Chaque année, en effet, plus de 3000poutres de plus de 6mètres sont remplacées en France dans les monuments historiques. Un marché potentiel de plusieurs dizaines de millions de francs. En août 1994, le bois percé précontraint a fait son apparition sur une application où la concurrence entre les matériaux est féroce: les murs antibruit. A la hauteur de Franconville, sur l'autoroute A15, Segex, filiale de la Compagnie générale des eaux, a installé un mur antibruit de 640mètres carrés dont l'originalité est de reposer sur une structure en bois percé précontraint. "Travailler avec le bois percé, souligne-t-on chez Segex, nous a permis de mettre en oeuvre des panneaux de 6mètres de long. Cela permet le franchissement des ouvrages d'art. De plus, le bois percé allège l'infrastructure, et la grande dimension des panneaux accélère la pose du mur." Autre atout du panneau antibruit, permettre l'utilisation des "petits bois", que leurs diamètres, inférieurs à 30cm, destinent traditionnellement à la pâte à papier. Une possibilité de valoriser la ressource locale à laquelle les Pouvoirs publics peuvent se montrer sensibles. Mais la réussite du panneau antibruit à structure en bois percé passe d'abord par les maîtres d'ouvrages et les architectes. Une profession, traditionnellement tournée vers le béton, le bois-béton, les panneaux translucides ou métalliques. Les applications restent peu nombreuses

Reste que le bois percé n'a pas encore tout à fait gagné. Si le panneau antibruit de l'autoroute A15 est la première avancée concrète du bois percé précontraint dans le B-TP, deux chalets prototypes avaient été réalisés en 1991. Une initiative prometteuse: montage et démontage astucieux des structures, souplesse de la cage en acier. Mais sans suite. Le B-TP n'adopte pas rapidement les solutions nouvelles. Le développement du bois percé s'est également heurté aux difficultés qu'a connues la filière bois. Huit ans après le dépôt du brevet, si l'idée a conquis, les applications restent peu nombreuses. Dubus Industries n'a vendu qu'une machine, à Talbois. Le bois percé a jusqu'ici tourné un peu en rond. Les choses semblent enfin vouloir avancer. Claude Grandclément signale deux scieries licenciées récemment, en Suisse et dans l'Ain. Le procédé sortirait-il enfin du bois? Philippe DESFILHES



Un bois solide comme du béton

Envelopper du béton dans du bois et réaliser un plancher mixte bois-béton qui associe les qualités des deux matériaux. L'idée, brevetée en 1992 par Claude Blouet, ne manque pas de force. Son plancher "bois béton" permet de doubler, voire de tripler les charges que supporte une dalle de béton armé seule (essais de flexion 4 points effectués au Centre technique du bois et de l'ameublement). "Le bois dans le système bois-béton augmente la résistance et la rigidité des poutres, explique Claude Blouet. On passe ainsi de 3 à 8 tonnes, en utilisant des poutres en chêne évidées." Une dalle en béton armé vient compléter le dispositif. Ses nervures s'encastrent dans l'évidé des poutres. Résultat, un plafond à la française, des poutres apparentes et tous les avantages du béton armé pour la solidité. Le procédé commence à faire ses preuves et s'avère particulièrement précieux pour la restauration. Un chateau a ainsi été rénové dans l'Oise et un musée dans le Val d'Oise. Sans oublier le marché du neuf que Claude Blouet compte bien développer.

USINE NOUVELLE N°2502

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