Prix "projet industriel"

Patricia Boulanger - Branchée fibre offshore.

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Prix

Depuis quelques jours, quelque part en Asie, au milieu de l’océan, onze plates-formes pétrolières communiquent grâce à de la fibre optique sous-marine made in Calais ! Grâce aussi à Patricia Boulanger, la directrice de la recherche, du développement et de l’industrialisation des câbles et accessoires d’Alcatel-Lucent Submarine Networks (ASN) et à son équipe. Pour ce projet lancé en septembre 2011, elle a dû relever moult défis. "Nous avions huit mois, raconte la jeune femme. Soit trois fois moins de temps que pour nos projets habituels avec les opérateurs télécoms pour lesquels nous déroulons une méthodologie bien rodée." Cette fois, il a fallu inventer de nouveaux équipements pour hisser les câbles sur les plates-formes et d’autres pour les maintenir entre ces dernières et le fond de l’eau. Il a aussi fallu les améliorer, pour qu’ils supportent une eau à près de 30 °C en surface. "Sans oublier que les bateaux ne peuvent pas trop s’approcher des plates-formes et qu’il faut respecter des centaines de normes de sécurité…" Finalement, le défi est relevé. Il en valait la peine. Sur le secteur concurrentiel des câbliers, convoité aussi par les industriels américains et japonais, le pétrole est une nouvelle voie de développement pour le câble sous-marin jusqu’ici réservé aux télécoms.

À tous points de vue, la réussite du projet a donc de quoi enthousiasmer Patricia Boulanger, qui n’oublie jamais d’y associer son équipe. Presque sa famille. Ingénieur chimiste, elle a intégré la filiale d’Alcatel-Lucent spécialisée dans les câbles sous-marins dès sa sortie de l’École nationale supérieure de chimie de Lille, en 1999. "J’étais prête à quitter le département du Nord où je suis née, mais alors que j’avais postulé chez Air liquide et chez Total, c’est finalement ASN qui m’a recruté, à Calais !"

Son Déclic

"J’ai toujours été une matheuse et aimé expérimenter, en commençant avec les fourmis du jardin ! Mais c’est un ami de mon père qui m’a convaincue d’entrer dans une école d’ingénieurs après le bac, malgré mes craintes."

Depuis 2010, la jeune femme de 36 ans a dirigé seule quelque quarante personnes, dont une dizaine de cadres et une majorité de techniciens. Des hommes, des femmes, des jeunes, des anciens, des spécialistes de la chimie, de la physique… "C’est cette diversité, que j’aime", insiste Patricia Boulanger, avec un débit de parole qui n’a rien à envier à la fibre optique. Et malgré son amour pour la science, elle reconnaît qu’elle n’aurait pas pu rester toute sa vie dans un labo ! Ses dirigeants l’ont bien compris. Depuis quelques jours, en plus de la R&D du site de Calais, ils viennent de lui confier l’industrialisation. "Désormais, une seule et même équipe de 60 personnes va concevoir les produits et leur process de fabrication", explique-t-elle.

Patricia Boulanger est aussi une passionnée de management. Au point de multiplier les formations sur le sujet. En 2010, elle a réorganisé son équipe de R&D après avoir demandé à chaque personne comment il souhaitait travailler et en essayant de faire correspondre desiderata de chacun et objectifs. "J’ai remis chaque personne dans la bonne case", dit-elle, sur le ton de l’autodérision qu’elle aime employer. Et avec sa nouvelle équipe, élargie, elle compte bien procéder de la même façon. En revanche, la gestion, l’organisation, le commercial, le fonctionnement de l’usine, elle les a appris sur le tas. Au contact des plus anciens d’ASN. Elle cite ainsi volontiers cet acheteur anglo-saxon qui l’a accompagnée à la rencontre des fournisseurs du monde entier et lui a fait partager son expérience.

Patricia Boulanger est atypique et le revendique. Pas seulement parce qu’elle est souvent la seule femme dans les réunions et qu’elle adore plaisanter ! Elle a aussi créé une cellule de créativité sur le site de Calais et, à la surprise générale, elle a monté un showroom de tous les produits fabriqués sur le site… "Nous sommes quand même les Ch’tis au cœur de l’internet mondial !"

Les autres nommés :

Sylvain Ballandras,
directeur de recherche au CNRS, accompagné par l’incubateur IEI-FC, pour la création d’une fonderie de composants SAW et RF-MEMS

Denis Marraud,
image processing senior expert chez EADS Innovation Works pour la plate-forme MiRA de réalité augmentée

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