Prix du carburant : « Allez voir le gouvernement, pas les pétroliers »

L'Union française des industries pétrolières prévient : le carburant va augmenter en 2010, du fait des nouvelles mesures fiscales vertes. Elle espère pouvoir encore amadouer les législateurs sur les certificats d’économie d’énergie.

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 Prix du carburant : « Allez voir le gouvernement, pas les pétroliers »

Taxe carbone, majoration régionale de la TIPP, biocarburants et certificats d’économie d’énergie vont faire sérieusement grimper le prix à la pompe, préviennent les producteurs et les distributeurs d’hydrocarbures. « Si le prix des carburants augmente en janvier, allez voir le gouvernement, pas les pétroliers » a asséné Jean -Louis Schilansky, directeur général de l'Union française des industries pétrolières (UFIP). Ce dernier a insisté sur le fait que les pétroliers ont « peu de marges de manœuvre », et sur la nécessité « d’alerter les consommateurs ». Il a sorti sa calculatrice.

Taxe carbone. Le coût de la taxe carbone est évalué par l’organisation à 4,92 centimes d’euros le litre d’ essence, et 5,41 centimes d’euros le litre de gazole. C’est déjà moins qu’en juillet, lorsque la taxe était pressentie à 32 euros la tonne de CO2 : l’UFIP évaluait à l’époque la hausse de prix à 8 centimes par litre pour le gazole et de 7 centimes pour l'essence.

TIPP. Le programme de loi de finances 2010 donne la possibilité aux régions de majorer la TIPP sur les carburants de 0,73 centime pour l’ essence et 1,35 centime pour le gazole, afin de financer des infrastructures durables mentionnées dans le Grenelle 1.

Biocarburants. Pour remplir les objectifs gouvernementaux, d'ici à 2010, les usines de biocarburants devront couvrir 7% en PCI (équivalent énergie) de la production de carburant. Soit 10,7% en volume pour l’essence (sans plomb 95) et 7,7% en volume pour le gazole. « Impossible à réaliser », estime l’UFIP. « Alors que l’objectif 2009 est de 6,25%, nous n’en sommes qu’à 4,25% pour l’essence ». L’implantation des biocarburants à la pompe se fait de façon plus lente et plus compliquée que prévu. « L’E10 devait être distribué dans 70% des stations services, il n’en couvre que 20%, et seule la moitié des véhicules essence immatriculés en France (ceux immatriculés après 2000) sont compatibles avec l'E10 » note l’UFIP. Du fait de cette non réalisation des objectifs gouvernementaux, des pénalités seront imposées aux pétroliers, qui les répercuteront sur leurs prix. En 2010, les carburants supporteront de ce fait un impact TGAP de 0,5 centime par litre, estime l’organisation.

Certificats d’économie d’énergie. Enfin, l’élargissement du système certificats d’énergie aux producteurs et distributeurs de carburant est encore en discussion. Cela n’empêche pas l’UFIP d’avoir déjà calculé le surcoût que cela pourra lui imputer. En l’état actuel du Grenelle 2, en cours d’examen au Sénat, l'industriel du carburant devra en effet justifier de 144 TWh d’économies d’énergies sur 3 ans, soit 7% de sa consommation énergétique, pour éviter des pénalités. « On n’y arrivera pas », estime Jean-Louis Schilansky. Tout au plus, les distributeurs de carburant pourront-ils réaliser « 15% » de l’obligation à laquelle ils seraient soumis dans le futur système, indique Olivier Gantois, directeur logistique et distribution de l’UFIP. Soumis à une pénalité de 2 centimes d’euros par KWh non économisé, l’UFIP prévoit donc une augmentation de 2 centimes d’euro par litre.

Au final, l’organisation gonfle encore quelque peu les chiffres en incluant la TVA et aboutit à un total d’une augmentation de 8,8 centimes pour l’ essence et 10 centimes pour le gazole au premier janvier 2010. Une augmentation à comparer au prix actuel à la pompe : fin septembre, le litre de super sans plomb SP-95 coûtait 1,22 euro et 1,008 euro pour le gazole. Reste que lors de la flambée du baril de brut à l'été 2008, ces prix étaient respectivement de 1,70 euros pour l'essence et 1,47 euros pour le gazole. Les usagers de véhicules semblent donc avoir plus à craindre d'une envolée des cours du pétrole que de la fiscalité verte française, même si les deux facteurs de hausse ajoutés en période de crise risquent en effet de porter lourdement atteinte à leur porte-monnaie.

comptabilité créative

Pour sûr, l'UFIP a fait des calculs généreux. Celui sur les certificats d’économie d’énergie semble particulièrement audacieux. Sur le plan pédagogique, les qualités de l’argumentaire sont indéniables. « 150 TWh, ce sont 150 millions de kWh, que nous devrions économiser en 3 ans », explique Olivier Gantois. « Or ce sont précisément 150 millions de litres de carburant qui sont distribués en France sur trois ans ». Les pénalités étant de 2 centimes par KWh non économisé, l'ardoise affichera donc logiquement 2 centimes de plus à la pompe, estime l'organisation. Reste que le montant en discussion aujourd’hui au Sénat n’est pas de 150, mais de 144 TWh. Par ailleurs, l’UFIP se dit tout de même capable d’assurer 15% de ses futures obligations d’économie d’énergie. Cela fait donc 15% de pénalités de moins.

Enfin, ce petit 15% pourrait s’avérer être une estimation très pessimiste des moyens qui restent aujourd’hui à la portée des pétroliers pour diminuer leur consommation énergétique. Si toute personne morale peut vendre aux obligés ses certificats d’énergie, comme cela semble s’engager aujourd’hui dans les discussions du Grenelle 2, les pétroliers pourront racheter à la pelle des certificats. Ils valoriseront les procédés innovants d’économie d’énergie que les PME auront développés dans leurs usines. Cela coûtera aux pétroliers, certes, mais moins que leurs pénalités. « Il va beaucoup falloir en acheter aux PME, des certificats, pour atteindre 144 TWh», réagit néanmoins Yves Le Goff, directeur de la communication de l'UFIP. Ce dernier ne voit pas comment la somme d'initiatives de personnes morales dispersées pourrait prétendre économiser un total de 144 TWh, et soutient que si les pétroliers atteignaient ce petit 15%, «ce serait le bout du monde».

Mauvaise foi manifeste ? Le fait est que les pétroliers tentent au moment opportun d’allumer des lanternes rouges, et de peser sur ce qui peut être encore négocié, à l’heure où le Grenelle est presque adopté au Sénat. « Sur la taxe carbone, la TIPP ou les biocarburants, nous n’avons pas de marge de manœuvre », liste Jean-Louis Schilansky. Restent les certificats d’énergie, sur lesquels les pétroliers espèrent jouer. Quant à l’idée de rogner sur les marges plutôt que sur le prix à la pompe, c’est niet. « Il s’agit de mesures destinées à infléchir la consommation » souligne le directeur général de l’UFIP. Le gouvernement fixe aux pétroliers des objectifs impossibles à atteindre ? C’est au consommateur de payer, et d’aller se plaindre auprès du gouvernement. Les routiers et logisticens de l'industrie vont apprécier. Si la facture totale de la fiscalité verte sera salée pour les pétroliers, leur intrepidité à l'heure du lobbying ne manque pas non plus de sel.

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