L'Usine Matières premières

Prix des ferrailles: le dialogue est ouvert

Myrtille Delamarche , , ,

Publié le

La filière recyclage exprime son désarroi face à des cours des ferrailles à l'achat qui ne répercutent pas totalement la baisse de valeur qu’ils étaient en droit d’attendre dans un contexte de baisse du prix du minerai de fer. Des discussions sont ouvertes entre la Federec et la FFA sur l'indice des prix des ferrailles.

Les temps sont durs pour la filière filière ferrailles. "La crise a provoqué des baisses de production dans la plupart des usines,à l'exception de l'automobile, ce qui diminue la quantité de chutes à recycler", relève Jean-Pierre Gaudin, vice-président de la Fédération des entreprises du recyclage (Federec). Outre ces baisses de volumes, la filière signale une réduction de ses marges évaluée à un tiers, alors que le minerai de fer et le charbon, matières de base de leurs concurrents des hauts-fourneaux, regagnent en compétitivité. Dans ce contexte, "les entreprises sont spécialement attentives aux fluctuations de prix sur leurs marchés", rappelle Jean-Pierre Gaudin.

Désaccords sur les variations de prix constatées

La Federec a relayé à la Fédération française de l’acier (FFA) les inquiétudes de ses membres concernant le prix d’achat des ferrailles (compilé par l’UCFF et la FFA et publié sur Indices & Cotations sous la référence N1700). "De nombreux contrats liant des entreprises du recyclage à des producteurs de chutes métalliques sont indexés sur cet indice, qui n’a pas reflété l’ampleur des baisses constatées par les professionnels du recyclage depuis le mois de juin dernier", affirme Jean-Pierre Gaudin.

Hugues Mouhout, directeur général délégué du groupe Guy Dauphin Environnement, chiffre "entre 15 et 20 euros par tonne la perte de marge brute pour les entreprises du recyclage". D’autres outils de suivi de ces variations de prix, comme la mercuriale Federec, montrent effectivement des baisses de prix de l’ordre de 40 euros sur l’été 2015 quand les chiffres de la FFA ne baissent que de 23 euros sur la période. D’après nos informations, un audit est en cours à la FFA pour élucider ces différences.

Le dialogue est enfin ouvert

Plusieurs pistes d'explication sont explorées. "Il est apparu dernièrement une certaine hétérogénéité des prix d’achat communiqués à la FFA", affirme la Federec, qui indique avoir eu des échanges à ce propos avec Philippe Darmayan, président de la FFA (et d’ArcelorMittal France). A la FFA, le directeur économie et statistiques Bernard Bertier confirme l’ouverture d’un dialogue avec la Federec. La clé pourrait aussi être à chercher du côté des entreprises acheteuses non-adhérentes de Federec, qui auraient des comportements d’achat différents de ceux des acheteurs traditionnels. "Lorsque le marché présente une dispersion importante, la moyenne ne satisfait personne", rappelle Bernard Bertier.

"D’autre part, le périmètre des sociétés déclarantes ne semble plus suffisant pour refléter très exactement les variations du marché", affirment les recycleurs. Ce panel n'a pourtant pas évolué récemment, affirme la FFA: "Les écarts constatés entre les prix de la série N17 et ceux relevés par les adhérents de Federec ne proviennent ni d’un changement du périmètre des sociétés participant à l’élaboration de l’indice ni à une modification de la méthode de calcul."

Pour se rapprocher du consensus, plusieurs options sont possibles, comme l’élargissement du panel ou un filtrage plus sévère des valeurs extrêmes. "Federec a souhaité que soit fait un effort concernant l’élargissement du périmètre de recueil de données, ce que la FFA a accepté", nous confirme cette dernière. Les deux fédérations ont prévu de discuter du résultat de cet examen début novembre.

Concurrence chinoise

Les difficultés rencontrées par la filière ferrailles ne sont pas liées qu’à la compétitivité de leurs matières à l’achat. Christophe Cornier, PDG du groupe Asco Industries reconnaissait le 12 octobre lors de la Nuit des matières premières CDAF / MPE Media que la disparition progressive du tissu industriel français réduisait les débouchés pour Ascometal : "Nos clients français (les forgerons) disparaissent, et nous subissons la concurrence des Chinois. Or le remplacement de la filière électrique [qui fabrique de l’acier à base de ferrailles recyclées] par la filière intégrée [les hauts-fourneaux] multiplierait par trois les émissions de CO2."

La question de la variation du prix d’achat des ferrailles est donc cruciale pour que les aciéries électriques, plus vertueuses en termes d’émissions, conservent un peu de compétitivité face à la filière intégrée.

Myrtille Delamarche

Réagir à cet article

Testez L'Usine Nouvelle en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

1000 INDICES DE REFERENCE

  • Vous avez besoin de mener une veille sur l'évolution des cours des matières, la conjoncture et les coûts des facteurs de production
  • Vous êtes acheteur ou vendeur de produits indexés sur les prix des matières premières
  • Vous êtes émetteur de déchets valorisables

Suivez en temps réel nos 1000 indices - coût des facteurs de production, prix des métaux, des plastiques, des matières recyclées... - et paramétrez vos alertes personnalisées sur Indices&Cotations.

 

LES DOSSIERS MATIERES

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte