Prix de l’ingénieur de l’année

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Didier Leroy - Le Manager aux dix leçons.

Prix de l’ingénieur de l’année © Eric Flogny - D.R.

Devant la baie vitrée de son bureau, au siège social de Toyota Motor Europe (TME) près de Bruxelles, en Belgique, trône un casque de chantier blanc. Dessus est écrit : "Do what you believe" ("Réalise ce en quoi tu crois"). C’est l’un des "dix commandements" du management établis par Didier Leroy. "Il ne faut pas travailler en essayant de faire plaisir à quelqu’un ou à son patron, lance avec véhémence le PDG de TME. Il faut agir en croyant en ses actions et pour améliorer les choses dans son entreprise."

Ces maximes, qu’il distille lors de fréquentes rencontres avec des étudiants ingénieurs, s’inspirent directement de son propre parcours. Et comme pour pouvoir s’y référer à tout moment, les "dix commandements" restent à portée de main, sur une feuille A4 posée sur son bureau. "Il faut savoir ce que l’on a envie de faire, avoir un fil rouge. Le mien, c’était le management, confie ce diplômé de l’École supérieure des sciences et technologies de l’ingénieur de Nancy. Quand j’ai postulé chez Renault, à la fin de mes études, j’ai expliqué que je voulais faire de la technique, mais aussi avoir la possibilité de manager des équipes."

Avant d’enfiler le costume de dirigeant, Didier Leroy se fond dans un rôle inédit, appliquant ainsi un autre de ses principes : oser ! Lorsqu’il est embauché à l’usine Renault de Douai (Nord), en 1982, le directeur du site lui propose de passer un an au poste d’opérateur sur la chaîne. Le futur PDG de Toyota y restera finalement presque deux années. Didier Leroy a retiré plusieurs enseignements de cette expérience. Il en a fait une base de sa philosophie de management. "En vivant la vie des opérateurs, vous comprenez quelles sont leurs contraintes, souligne-t-il. C’est aussi à cette époque que j’ai compris combien il était difficile de créer un contexte de motivation dans les entreprises." Cette période revient régulièrement dans ses propos. "En tant que dirigeant, il faut bien entendu avoir une vision de long terme, mais aussi savoir gérer les problèmes de terrain, commente le PDG. Quand un opérateur fait une erreur, des ingénieurs disent souvent qu’il n’avait qu’à faire attention. Mais quand on répète plusieurs centaines de fois la même étape, on peut faire une erreur. Le métier d’un manager est de concevoir le système le plus efficace pour que les gens concernés ne fassent pas d’erreurs."

Son Déclic

"Désireux de comprendre les techniques et le monde dans lequel nous vivons, la formation d’ingénieur m’a semblé la plus adaptée. J’y ai compris que cela me donnait une chance de changer les choses."

Sa connaissance du terrain, c’est justement ce qui a séduit Toyota. En 1998, le constructeur japonais approche Didier Leroy, alors qu’il travaillait en direct avec Carlos Ghosn chez Renault. Toyota lui propose de concevoir sa nouvelle usine à Onnaing, dans le Nord de la France. À la fin des années 1990, le Toyota production system (TPS), inventé par un autre grand ingénieur de la maison, Taiichi ?no, est envié par tous les autres constructeurs automobiles. Didier Leroy accepte de relever le défi. "Les Japonais ne voulaient pas transplanter tel quel leur modèle. Ils voulaient enrichir la philosophie Toyota avec la culture industrielle et managériale européenne", précise l’ancien patron d’Onnaing.

Le challenge industriel est double, car les Japonais n’ont jamais produit de petites voitures à l’étranger. L’usine doit être compétitive aussi bien sur le segment B, très concurrentiel, que sur les coûts de production. Afin de s’imprégner du TPS, Didier Leroy passe plusieurs mois au Japon, puis revient en France pour bâtir le site à partir de rien. La production débute le 31 janvier 2001. L’usine devient une référence. En 2010, Didier Leroy est nommé PDG de Toyota Motor Europe. Passionné d’automobile, il ne rate jamais une occasion de tester les véhicules mis au point par les concurrents. Et il retourne régulièrement à Onnaing. Récemment, devant le Conseil régional du Nord – Pas-de-Calais, il débattait avec ses collègues de Renault et de PSA sur la stratégie des constructeurs. "Je leur ai expliqué que j’avais rejoint Toyota car j’avais un rêve. Je voulais démontrer qu’on pouvait produire en France de manière efficace, avec un management différent", explique-t-il. Douze ans après le lancement de la production, en janvier 2013, le site exportera ses premières voitures, des Yaris hybrides, vers les États-Unis. Une performance.

 

 


 

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