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Prix dans la grande distribution : "Nous envisageons de prendre les consommateurs à témoin", menace le président de l'Ania

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Entretien A l'occasion de l'ouverture du salon international de l'alimentation (Sial) qui se déroule du 19 au 23 octobre au Parc des expositions de Paris Nord Villepinte, Jean-Philippe Girard, Président de l’Association Nationale des Industries Alimentaires (Ania) s'inquiète sur les conséquences que pourrait avoir l'alliance des distributeurs sur l'activité des industriels de l'agroalimentaire et sur l'emploi. Il brandit la menace d'une opération de communication à destination des consommateurs visant à leur faire prendre conscience de ce que cachent les prix bas.

Prix dans la grande distribution : Nous envisageons de prendre les consommateurs à témoin, menace le président de l'Ania © Luc Perenom - L'Usine Nouvelle

L'Usine Nouvelle : Le salon international de l’alimentation (Sial) s’ouvre dans un contexte à nouveau tendu pour les industriels, marqué par une vague d’alliances inédite entre les distributeurs. Quelles sont les conséquences selon vous pour le secteur ?

Jean-Philippe Girard : Nous éprouvons de grosses craintes pour notre tissu industriel. Ces annonces interviennent à quelques jours du début des négociations commerciales annuelles entre industriels et distributeurs. Cela risque de renforcer la guerre des prix que se livrent les enseignes et d’avoir de graves répercussions sur les emplois du secteur. Nous allons avoir seulement quatre interlocuteurs pesant 90% du marché. Je ne voudrais pas que la guerre des prix casse le mouvement de nos entreprises, très fragilisées depuis quelques années, en particulier de celles qui se développent avec l’exportation. Aujourd’hui, nous constatons qu’il y a une progression sensible de nos ventes à l’étranger quand il s’agit de produits élaborés issus d’un savoir-faire important. En revanche, les filières qui réalisent peu de transformation voient leurs exportations se tasser.

Quelles sont les marges de manœuvre des industriels ?

Nous espérons arriver à construire une relation de confiance durable avec eux. En cas d’échec, nous envisageons de prendre le consommateur à témoin et lui expliquer ce que cachent les prix bas en termes de pertes d’emplois, de fermetures d’usines... Nous allons attendre la fin des négociations le 1er mai pour réagir et envisager une communication. S’il y avait un constat d’échec de la LME, malgré les aménagements prévus par la loi Hamon début 2014, nous demanderons une nouvelle loi. Pour l’instant, les enseignes veulent calmer le jeu et expliquent que leurs rapprochements ne concernent les achats qu’auprès de 80 entreprises mondiales. Mais je vois mal comment cela ne pourrait pas concerner aussi les autres par ricochet. Tout le tissu de PME notamment.

Où en êtes-vous des contreparties du pacte de responsabilité que chaque branche industrielle doit négocier entre patrons et syndicats de salariés ? L’Ania doit-elle chapeauter les négociations pour toutes ses fédérations ?

Nous nous inscrivons dans la lignée du contrat de filière de l’agroalimentaire négocié il y a un an, avec l’ensemble des acteurs de l’amont et de l’aval, à savoir un engagement à recruter 150 000 jeunes en alternance sur la période 2014-2017, à faire bénéficier 5 000 salariés supplémentaires d’une formation sur l’acquisition des savoirs fondamentaux et à recruter 90 000 personnes en CDI sur la période. Je pense que nous avons intérêt à négocier groupé. Cela n’a pas de sens qu’une fédération discute seule. Si cela ne va pas dans un secteur, il est judicieux que d’autres puissent prendre le relais en terme de main d’œuvre.

Vous organisez pour la première fois des assises de l’agroalimentaire le 21 octobre, au Sial. Quel est le but de cette manifestation ?

A travers ces assises, je souhaite resituer l‘industrie agroalimentaire dans son contexte et ses faiblesses. Nous devons être fiers de nos produits et nos entreprises mais aussi responsables vis-à-vis des consommateurs et ambitieux. Ces trois qualificatifs seront les piliers de cette journée. Le but est de redonner confiance à nos industriels qui ont un peu la tête dans le guidon toute l’année. Nos fédérations, mais aussi nos clients français et internationaux sont invités.

Propos recueillis par Adrien Cahuzac

 

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