Prix "carrière" - Thierry Pilenko - Scientifique et manager

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Prix

Il a beau être le patron de l’ingénieriste des plus grands projets pétroliers au monde, il accueille ses visiteurs dans un bureau modeste de l’ouest parisien. La pièce est sobrement décorée. "L’important dans mon bureau, c’est de savoir ce qu’il y avait avant, lance Thierry Pilenko. Quand je suis arrivé, un écran indiquait notre cours de Bourse et celui de nos concurrents. Je l’ai fait enlever et installé cela à la place." Le PDG de Technip désigne un imposant morceau de pipeline flexible de dernière génération, l’un des produits les plus high-tech du catalogue du groupe. L’ingénieur se lance alors dans une description technique exaltée…

Thierry Pilenko, 54 ans, est né de parents aviculteurs. Jeune, il trouve ce métier noble mais désire avant tout voyager. Il aime les sciences, particulièrement la géologie et l’astronomie. Plus tard, il se voit bien diriger une équipe. L’École nationale supérieure de géologie de Nancy, puis l’École du pétrole et des moteurs (ex-IFP School), lui fourniront les viatiques nécessaires. Contrairement à ses homologues, Thierry Pilenko ne sort donc pas d’une grande école. "Je suis fier de ma formation, mais je ne suis pas attaché aux écoles d’origine. J’ai pu travailler avec des personnes formées dans des universités en Inde, en Indonésie, en Chine, au Brésil, au Royaume-Uni… dont je n’avais jamais entendu parler. L’école d’origine, c’est presque “irrelevant” ! [non pertinent]"

En 1984, il rejoint sa première entreprise, Schlumberger. Pendant vingt ans, il met au point des systèmes d’interprétation des réservoirs d’hydrocarbures, puis développe des logiciels de simulation. Il s’exaptrie au Venezuela, en Italie (où il rencontre sa femme), au Gabon, au Nigeria, à Dubai, en Indonésie, aux États-Unis… C’est d’ailleurs de Houston qu’il rapporte ses seuls "vices" : une Harley Davidson et des santiags. "Je suis longtemps resté discret au sujet demaHarley. Faire de la moto ne donne pas l’image de quelqu’un focalisé sur la sécurité, ce que je suis pourtant profondément", dit-il en souriant. Peu à peu, ses responsabilités augmentent. "Chez Schlumberger, l’ingénieur a des partenaires dans les ressources humaines et la finance. Cet équilibre entre opérationnel et support permet de former de très bons managers", analyse-t-il.

«J’aimais la science et le voyage et me voyais
mal rester dans un laboratoire toute ma vie.
le métier d’ingénieur me donnait l’opportunité
d’assouvir mes deux passions.»

 

L’un de ses grands souvenirs date de 1988, lorsqu’il est nommé responsable du centre de calcul pour l’Afrique de l’Ouest à Port-Gentil, au Gabon. À peine arrivé, un client lui apporte des mesures pour un puits à analyser durant la nuit… Son interprétation se révèle fausse: à la place du pétrole attendu, du gaz se met à fuir des équipements inadaptés. L’ingénieur se bat alors pour comprendre pourquoi ses outils ne l’ont pas détecté. Il finit par identifier une argile rare qui masquait la lecture des données. "J’ai cru au départ que j’allais perdremon travail. En allant au bout du raisonnement et en comprenant le problème, j’ai réussi à acquérir une très forte crédibilité auprès de mon client… Tout cela en une semaine !"

En 2004, l’américain Veritas lui propose un poste de PDG. C’est sous sa direction que le groupe lance sa première campagne d’exploration "Wide Azimuth", qui offre une lecture du sous-sol sous les couches de sel. C’est sous ces structures que de grandes réserves pétrolifères ont été trouvées au Brésil et dans le golfe du Mexique. Thierry Pilenko refuse de s’attribuer le mérite de ce succès : "En tant qu’ingénieur-manager, il faut créer les conditions de la réussite en encourageant et en soutenant les équipes sur les aspects scientifiques, technologiques, opérationnels, commerciaux… et il faut y croire. J’ai toujours cru qu’il existait des réservoirs sous les couches de sel."

À la tête de Technip depuis 2007, il est loin de sa formation initiale mais suit de près les innovations de son groupe. "La formation d’ingénieur offre une grande ouverture. On peut, à condition de continuer à aimer la science, comprendre des domaines d’ingénierie très variés. C’est grâce à cela que j’ai pu aller de la géologie des réservoirs à la production et à la transformation des hydrocarbures." Il ajoute: "Cette ouverture aide aussi pour les décisions d’investissements. Elle permet de sentir les tendances et d’anticiper les technologies à développer pour y répondre." Une autre force de l’ingénieur-manager qu’il défend tant.

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